mardi 3 novembre 2026

Le Serpent

 =


Le Serpent (1972) d’Henri Verneuil


A Orly, le colonel Vlassov, super agent du K.G.B., s’apprête à prendre l’avion pour Moscou lorsqu’il se réfugie auprès de la police française pour demander l’asile politique à l’ambassade des Etats-Unis.

Transféré au siège de la CIA, à Washington, il subit tous les tests d’usage pour s’assurer de la sincérité de sa demande d’asile. Un mois plus tard, il fournit à Davies, le directeur de la CIA, la liste complète des agents européens travaillant à la solde des soviétiques.

Davies se rend en Europe. Il arrive en Allemagne au moment où l’un des « traîtres » dénoncés vient de se suicider. Le lendemain, un autre agent allemand meurt « accidentellement ». A chaque fois, un mystérieux agent dont on ne voit que l’étui à cigarettes portant un monogramme qui représente un serpent, rôde dans les parages.

Arrivé en Angleterre, Davies confie à Philipp Doyle, numéro deux de l’Intelligence Service, le nom de deux agents anglais dénoncé par Vlassov. Doyle, qui est « le serpent », répète ces noms à Berthon, directeur du deuxième bureau, alors qu’ils assistent tous deux aux funérailles de l’un des « espions » allemands.

En fait, Berthon est lui-même sur la liste de Vlassov et, peu de temps après, les deux espions britanniques s’enfuient pour Moscou.

Evidemment, Berthon est soupçonné de les avoir prévenus et Boyle le pousse à s’enfuir lui aussi ; Berthon refuse et Boyle tente de le faire tuer.

Comprenant que Vlassov et Boyle ont monté toute cette histoire, Davies échangera Vlassov contre un pilote américain tombé « de l’autre côté du rideau de fer ».

Henri Verneuil, tout le monde le sait, est arménien et, comme tout Arménien exilé, il est à la fois anti-Russe, antisoviétique, anticommuniste... et très pro-Américain.

Ce qui aurait pu être un sympathique film d’espionnage de consommation courante devient alors un pensum propagandiste assez répugnant à la gloire de l’Oncle Sam et, ce qui est plus grave, de la CIA, dont les bureaux sont « reconstitués » à Billancourt et qui nous est présenté dans un style qui se veut documentaire et qui n’est que pompeux, le tout en version américaine avec traduction simultanée assez pénible.

De plus, Henry Fonda semble assez neurasthénique alors que Yul Brynner joue tellement faux qu’on sait depuis le début qu’il est en mission pour le K.G.B. Farley Granger joue les « utilités fugitives » et Virna Lisi est excessivement mauvaise dans un rôle ridicule de vamp de bazar. Quant à Dirk Bogarde, qui devrait être le prototype du British de carte postale, il est tellement mal dirigé qu’en fait de gentleman, on ne voit qu’une tarlouse guindée.

Côté français, c’est pire : passons sur Robert Party et Guy Tréjean qui sont sans doute les pires acteurs de leurs générations et qu’on n’engage, probablement, que lorsque tous les autres ont refusé le rôle. Michel Bouquet les rejoint allègrement ici : il faut dire qu’il incarne un personnage invraisemblable et ridicule dont il était impossible de tirer quoi que ce soit d’intéressant. Seul Philippe Noiret tire son épingle du jeu, ainsi que Marie Dubois qui ne fait pourtant qu’une brève apparition.

Et dans tout cela, il n’y a pas une once d’humour, volontaire s’entend : car si l’on est de bonne humeur, on peut rire beaucoup des invraisemblances et des maladresses d’un scénario mal fichu qui a, comme l’interprétation, la finesse d’un char soviétique, ce qui est le comble dans un film d’espionnage… antisoviétique !

Que ce soit l’effet sonore TRES appuyé sur le serpent de l’étui à cigarettes, Dirk Bogarde prenant une cigarette dudit étui uniquement « pour qu’on sache bien que c’est lui le serpent », puisqu’il n’allume pas la cigarette ou les cintres fabriqués dans le même alliage que les ailes du dernier supersonique soviétique (ultra-secret, bien entendu !), tout est stupide, appuyé, surjoué et mis en scène platement.

C’est encore plus invraisemblable que du James Bond et plus bête que du Tintin, en moins distrayant dans les deux cas. Car on s’ennuie ferme. L’américanophilie de Verneuil peut amuser un moment, mais elle agace très vite : pour parler des Etats-Unis, il n’est question que de « Liberté » et de « Paradis ».

La musique de Morricone n’est présente qu’au générique de fin et le compositeur italien reprend la partition de Il était une fois dans l’Ouest au carbone. On ne lui demandait d’ailleurs pas autre chose dans ces années-là.

Pour l’anecdote, on retiendra la dernière réplique de Yul Brynner à propos des cigarettes américaines (« Je les regretterai ! ») : l’acteur devait mourir douze ans après d’un cancer du poumon.

Bref, ce navet, on l’aura compris, est le très exact opposé, dans les films d’espionnage du chef d’œuvre de John Huston La Lettre du Kremlin.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire