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Coup de chaud (2015) de Raphaël Jacoulot
Ce petit village du Lot et Garonne a deux gros
problèmes.
Le
premier, c’est la sècheresse qui sévit depuis plusieurs semaines et risque bien
de ruiner les champs de maïs de la région.
Le
deuxième, c’est Josef Bousou, fils d’un ferrailleur tzigane. Josef est
typiquement ce qu’on appelle l’idiot du village. Il n’a aucune autre activité
que d’empoisonner l’existence déjà difficile des habitants du coin.
Aussi,
dès qu’une malversation a lieu (vol d’une pompe à eau qui devait sauver les
paysans, attouchements sexuels, réels ou supposés, sur une jeune fille), c’est
Josef qui est accusé.
Daniel
Huot-Marchand, le maire, essaie de calmer le jeu, mais il ne peut empêcher la
grogne qui monte contre ce bouc émissaire, loin d’être le seul responsable de
tout ce qu’on lui attribue.
En
général, lorsqu’un film se situe « en milieu rural » (comme on dit à
Paris) et qu’il y a un « idiot du village », tout le monde
(antipathique) l’utilise comme bouc émissaire alors qu’il s’agit presque
toujours d’un « idiot gentil », un crétin bonnasse, bon comme une
pâte.
Josef, ici, est bel et bien l’idiot du
village et il sert bel et bien de tête de turc. Mais la grande nouveauté, c’est
qu’il n’est pas sympathique, potentiellement dangereux et souvent responsable
de ce qu’on lui impute. Souvent, mais pas toujours !
Et puis, Josef est issu d’une famille
rom et leur maison, leur cour surtout, ressemble à un terrain vague ou à une
décharge, en plein centre du village.
De détail en détail, à force de coups
de canif dans le règlement du scénaristiquement correct qui veut qu’une famille
rom dont le fils est un peu neuneu sont des gentils martyrisés par une
population raciste et haineuse et relégués dans une masure géographiquement
éloigné du centre du village, Coup de
chaud marque sa différence sans complètement tourner le dos à ces
« idées reçues ».
Par cela même, le film fait montre
d’une grande finesse et d’une grande intelligence.
La « résolution » de
« l’énigme criminelle » est, à ce point de vue assez décevante, peu
crédible, mais surtout, très peu importante, car on voit bien que ce qui
intéresse Jacoulot, c’est l’ambiance qu’il plante avec une maestria assez
bluffante. Il sait jouer de la sécheresse et de la chaleur du jour, comme il
jouait de la neige et du froid de la nuit dans Avant l’aube (2010) son film
précédent. Comme dans cet excellent film, le (grand) talent du réalisateur est
parfaitement relayé par un casting impeccable et des personnages qu’on retrouve
d’un film à l’autre, mais avec juste ce qu’il faut de différence.
A Bacri, en patron d’hôtel qui va
s’avérer assez veule, succède Darroussin, en maire trop compréhensif pour
régler les problèmes « comme il
faudrait ». A Sylvie Testud, fliquette d’apparence déjantée à la
Colombo, succède le personnage de Diane (Carole Franck) et son acharnement à
charger Josef, aveugle au point d’oublier ce qu’elle sait déjà, à savoir que sa
ruine et celle des autres paysans
intéressent « certaines personnes » dont Josef serait bien en peine
d’être le complice.
Si on y ajoute Grégory Gatebois,
Camille Figuerco et la grande (et trop rare) Isabelle Sadoyan, on a le casting
idéal qu’il faut, bien sûr, couronner par Karim Leklou, stupéfiant en Josef et,
il faut bien le dire, anti-Jacques Villeret dans L’Eté en pente douce auquel Coup
de chaud fait vaguement penser tout en se situant quelques coudées
au-dessus. Sans oublier, dans le rôle assez court de Josiane, la mère du
neuneu, Serra Yilmaz, actrice d’origine turque qu’on espère revoir bientôt.
Coup
de chaud pourrait bien être la
révélation du mois, voire du trimestre.