Kratkaia instruktsia po osvobogdeniu (Краткая инструкция по освобождению) (Manuel de libération) d’Alexandre Kuznetsov (2016)
Les hôpitaux psychiatriques russes ont une réputation dont, le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas très bonne. En plus des récalcitrants au régime, on y enferme des jeunes, plutôt des jeunes femmes, qui ont fugué ou se sont rebellées.
Elles ont souvent été « placées » là par leurs propres parents : elles sont enfermées, ne peuvent pas travailler et perdent même leurs droits de citoyennes.
C’est pourquoi certaines ont entamé un combat contre l’état pour recouvrer leurs droits.
La Russie n’a jamais été une grande démocratie : des Boyards du Moyen-Age aux apparatchiks de l’Union Soviétique et des Romanov à Poutine, il s’est toujours avéré quasi-impossible de prolonger les ouvertures démocratiques que certaines périodes de transition (comme la Perestroïka de Gorbatchev, dernière de ces périodes en date) pouvait offrir au pays.
Les hôpitaux psychiatriques russes ont eux aussi une réputation exécrable. Ils servaient déjà de « prisons de substitution » à l’époque des Romanov, mais c’est au sein de l’Union soviétique qu’ils acquirent leur triste notoriété.
Ici, on ne nous montre pas des ex-opposants politiques sous anxiolytiques et aux regards de légumes, mais de toutes jeunes filles qui ne se sont opposés qu’à leurs parents. Elles sont placées dans ces « institutions » jusqu’à leurs majorités… ou sine die !
Non seulement elles sont enfermées, mais elles sont complètement privées de leurs droits civiques, ne pourront jamais travailler, se marier ou avoir des enfants.
Le documentaire s’attache à deux de ces filles, Yulia et Katia, qui vont revendiquer leur libération. Une des deux l’obtiendra.
Le film est très classique dans sa facture. Il fait ce que les documentaires font de mieux (quand ils le font !) : s’accrocher à un simple regard fut-il de plaisir, de dégoût, de peur ou de désespoir.



