The Company Men (2010) de John Wells
Bobby Walker est, jusqu’à la caricature, le cadre supérieur américain type : maison somptueuse, Porsche neuve, inscription à l’année au Golf local le plus chic, arrogance…
Mais pour contenter les actionnaires et arrondir leurs dividendes, la société de transports pour laquelle Bob travaille doit « dégraisser ». Quelques cadres sont « sacqués ».
Bobby est inscrit à une agence d’aide à la recherche d’emploi et il est absolument sûr que le cadre brillant qu’il est trouvera du travail « chez la concurrence » et qu’il reprendra sa clientèle.
Il dédaigne l’offre de son beau-frère Jack qui se donne beaucoup de mal à faire vivre sa petite boîte de B.T.P.
Nous sommes ici en présence d’un blockbuster hollywoodien : alors, bien sûr, la pauvreté soudaine de Bobby Walker se limite à abandonner sa belle maison (une catastrophe !), son abonnement au golf (un déchirement !), sa Porsche (un arrachement !) et l’oblige, lui et sa famille, à retourner vivre chez ses parents (une honte !).
Bref, tout ça est très relatif. Pas de soupe populaire, pas de « homeless », aucun signe de ce « misérabilisme » qui représente, malheureusement des personnes et des situations bien réelles, ce qu’on appelle « le quart-monde ». Et tout le monde sait que le quart-monde qui peuple « la plus grande démocratie du monde » qui est également la « première puissance mondiale », que ce quart-monde américain donc, est celui au sein duquel on trouve l’une des plus noires misères possibles dans un pays industrialisé et l’Inde, la Chine et le Brésil sont des pays industrialisés.
De plus, le film se termine bien puisque Bobby Walker retrouve du travail grâce à l’ex-bras droit de l’ex-patron, viré lui aussi, qui monte sa propre boîte. Et Bobby Walker retrouve toute son arrogance et cette morgue qui donne sérieusement envie de le baffer. On peut donc considérer que ce sale petit con n’a rien compris.
Et on a bien l’impression que cette arrogance du style « Allez, au boulot ! » est totalement assumée au premier degré par le scénario et la réalisation.
Rien à redire au niveau de l’interprétation : Tommy Lee Jones, Chris Cooper, Kevin Costner, Eammon Walker (ces deux derniers un peu empâtés depuis qu’on ne les avait vus) et surtout Ben Affleck sont parfaits.
Et parmi tous ces licenciés, il y a tout de même un suicide, mais le film reste un produit aseptisé manquant un peu de méchanceté et qui se laisse regarder sans déplaisir jusqu’à ce que ce happy end, à la fois invraisemblable et convenu, ne laisse une mauvaise impression.











