mardi 26 mai 2026

Le Silence des autres


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El Silencio de Otros (Le Silence des autres) d’Almudena Carracedo et Robert Bahar (2018)

À la suite des élections, la seconde République Espagnole est proclamée le 14 avril 1931. Cinq ans plus tard, de nouvelles élections portent le Fronte Popular au pouvoir. Mais le 17 juillet 1936, les militaires menés par la général Francisco Franco entre en rébellion et, au terme de trois ans de guerre civile, ils remettent la monarchie sur le trône avec l’aide de Mussolini et Hitler.

Franco restera au pouvoir du 1er avril 1939 au 20 novembre 1975, date de sa mort. Il se fera nommé « Caudillo » (chef de guerre en espagnol).

La dictature franquiste est responsable de 200 000 morts sur la période de 1939 à 1959.

Dans toute l’Espagne, il y a des fosses communes et les descendants des victimes du franquisme exigent de « récupérer leurs morts ».

Mais les lois d’amnistie votés par la majorité du Parti Populaire (rien à voir avec le Front du même nom !) à l’égard des nervis franquistes ne facilitent pas les choses.

Et c’est une juge argentine qui va porter plainte au nom de citoyens espagnols ou argentins d’origine espagnole, fils et filles de suppliciés du franquisme.

La force des ganaches qui ont asservis des populations civiles pendant un temps plus ou moins long (7 ans pour l’Argentine, 16 ans pour le Chili, mais 36 ans pour l’Espagne), c’est qu’elles ont suffisamment de complices, toujours au pouvoir après le retour de la démocratie, pour se faire voter des lois d’amnistie.

Mais lorsque certains de ces crimes relèvent (et c’est souvent le cas !) du crime contre l’humanité, une loi d’amnistie nationale ne peut rien contre des lois internationales et leur imprescriptibilité.

C’est pourquoi la juge argentine Servini a pu attaquer l’Espagne au nom de plaintes portées en Argentine par des victimes ou des descendants de victimes du franquisme.

C’est cette plainte qui relança le débat sur les crimes de la période et, par voie de conséquence, qui fut à l’origine de ce passionnant documentaire produit par Pedro Almodovar.

Sans pathos, sans esprit revanchard, il nous montre les victimes et leur chagrin, un chagrin ancien, mais qui visiblement ne s’éteindra qu’avec ceux qui l’éprouvent !

Et même au-delà, comme dans le cas de María Martín, cette très vieille dame (qui décédera au cours du tournage) qui vient fleurir une bretelle d’autoroute qui a été construite sur un des nombreux charniers franquistes dans lequel a été jeté la dépouille de sa mère.

La force de ce film, c’est que lui aussi demande justice au nom de toutes ces victimes qu’une loi inique (la loi d’amnistie de 1977) a privé de tout recours. Il leur laisse la parole, ce que personne n’a jamais voulu faire.

Tels que, tous ces témoignages bouleversants (encore un mot galvaudé et qui, pour une fois, ne l’est pas !) se succèdent en un montage d’une intelligence et d’une sensibilité rares.

lundi 25 mai 2026

Colonia


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Colonia (2015) de Florian Gallenberger

Nous sommes en septembre 1973. Lena est hôtesse de l’air d’une compagnie qui fait le voyage Allemagne-Chili.

Grâce à son travail, Lena rejoint son compagnon Daniel, également Allemand, qui est étudiant à Santiago.

Le jeune homme participe à toutes les manifestations de soutien au pouvoir menacé de Salvadore Allende. Il est dessinateur et auteur de beaucoup des affiches qu’on trouve dans les facultés.

Mais un matin, le 11 septembre, l’armée dirigée par le général Pinochet prend le pouvoir et les opposants sont arrêtés.

Daniel est enlevé et Lena enquête pour le retrouver. Elle apprend qu’il est détenu dans le nord du pays, à la Colonia Dignidad, une secte transformée en camp de concentration au service du nouveau pouvoir et dirigée par un gourou allemand, Paul Schäfer.

Une fois de plus, nous sommes dans un film « basé sur des faits réels ». Mais le scénario est complètement invraisemblable.

De plus, cette production franco-luxemburgo-allemande a été presqu’intégralement tournée… en anglais. Seuls quelques soldats parlent espagnol pendant le putsch de sinistre mémoire.

Voilà donc un film qui parle du putsch de Pinochet, commandité par les Etats-Unis et d’un camp de concentration, tenu par un ex-SS devenu pasteur luthérien, recherché en Allemagne pour faits de pédophilie et devenu homme de main du pouvoir militaire, bref, une histoire passionnante, et ce film ne s’intéresse qu’à une romance nunuche.

D’ailleurs, le film occulte complètement le passé de Paul Schäfer comme brancardier de la Waffen SS.

La Colonia Dignidad ne date pas du coup d’état de 1973. Elle a été créée en 1961 par des « expatriés » allemands, des Allemands arrivés au Chili (comme beaucoup d’autres en Argentine) à la fin des années quarante, on ne sait pas trop pourquoi !...

La secte est, officiellement, une colonie agricole. Elle est très protégée par le pouvoir et Schäfer, nostalgique du 3ème Reich, y règne en maître absolu.

Après le coup d’état, la Colonia Dignidad deviendra également un centre de torture, une usine d’armement et une école d’entrainement.

En mars 1977, Amnesty International publie une enquête très complète, mais l’antenne allemande de la colonie (eh oui, il en existait une !) obtient d’un juge l’interdiction de diffusion.

La colonie a continué ses activités encore trente ans. Elle est devenue un centre touristique en 2007 sous le nom de Villa Bavaria (toujours l’Allemagne !).

La Colonia Dignidad a fait l’objet d’un livre en français paru en 2004. Parmi les « titres de gloire » de la Colonie, on mentionne même le passage du sinistrement célèbre Mengele. On comprend donc que le fait que tout cela ne puisse servir que de toile de fond à une histoire sentimentale « so romantic » peut agacer.

La mise en scène est très efficace, sans génie excessif. Le suspense des dernières séquences est remarquable.

En résumé et compte-tenu des réserves émises (sous exploitation de la réalité politique de l’époque et emploi de la langue anglaise), le film se laisse voir, même s’il est très inférieur à ce qu’on aurait pu en attendre.

Emma Watson est excellente et Daniel Brühl est plutôt meilleur que d’habitude. Michael Nykvist interprète Schäfer et il est tout à fait remarquable.

Mais celle qui m’a réellement impressionné, c’est Richenda Carey, superbe dans le rôle de Gisela, la garde-chiourme tortionnaire-victime de Schäfer. En plus de son extraordinaire talent, c’est sa ressemblance troublante avec notre regrettée Bernadette Lafont qui m’a troublé.

Ni déshonorant, ni remarquable, Colonia se laisse voir.

samedi 23 mai 2026

Silent Running

 


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Silent Running (1971) de Douglas Trumbull


Sur un vaisseau interstellaire, Freeman Lowell est chargé de l’entretien de gigantesques forêts plantées dans quatre serres après la disparition de toute végétation sur terre.

Mais les autorités décident de faire sauter les quatre serres. Les trois compagnons de voyage de Lowell s’exécutent, mais il ne peut s’y résoudre. Il tue ses trois collègues et, pour s’éloigner des autres vaisseaux, il se dirige vers Saturne.

Ainsi isolé, il se retrouve seul avec trois robots pour diriger son vaisseau et sauver sa forêt.

Une preuve de plus, s’il en était besoin, que les meilleures intentions ne font pas toujours (et font même rarement) les meilleurs films.

Certes Silent Running contient de jolis moments, notamment dans les rapports entre Lowell et ses robots Riri, Fifi et Loulou (sic !). Et la dernière demi-heure est parfois émouvante.

Mais trop, c’est trop ! Avec ces « adorables petits lapins posés sur leurs petits culs », ses petits robots qui finissent par ressembler à des lapins (bien, qu’en fait, ils soient les frères aînés des robots de Star Wars), son écologie abstraite (très années 70) et les chansons de Joan Baez, la mièvrerie post-soixante-huitarde de ce machin relègue E.T. au niveau du cynisme des Rapaces de Von Stroheim ou de La Soif du mal de Welles.

jeudi 21 mai 2026

Cold in July


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Cold in July (2014) de Jim Mickle

Richard Dane est réveillé par sa femme qui vient d’entendre un bruit dans leur maison.

Il surprend un cambrioleur et le tue.

Considéré comme un héros dans la petite ville texane qui est la sienne, Richard sympathise avec Ray Price, le flic chargé de l’enquête. Celui-ci lui apprend que le cambrioleur était Freddy Russell, un jeune voyou dont le père vient de sortir de prison.

Et ce père menace Richard et sa famille.

Price annonce à Richard que Russell a été arrêté au Mexique, mais Richard s’aperçoit que l’homme qu’il a tué n’est pas Freddy Russell.

Présenté comme ça, on se dit que ça peut être un bon polar, faute d’être un chef d’œuvre.

Malheureusement, ça ne parvient jamais à décoller et ça finit par ressembler à un mauvais téléfilm, le rythme en moins.

Le scénario est truffé d’invraisemblances (à commencer par l’implication de ce bon gentil bourgeois dans une histoire qui le dépasse), la réalisation est poussive et le casting  (Michael C. Hall, Don Johnson et Sam Shepard) se contente du minimum syndical avec quelques poussées cabotinesque.

On s’ennuie un peu et, heureusement, on a tout oublié à peine sorti de la salle.

dimanche 17 mai 2026

The Silver Cord

 


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The Silver Cord (1933) de John Cromwell

Un jeune marié amène son épouse pour la première fois dîner chez sa mère, alors que son jeune frère est, lui, accompagné d’une jeune fille qu’il veut épouser. Mais leur mère, possessive à l’excès, n’accepte pas de perdre ses fils. Doucereuse, mielleuse et retors, la vieille ne fera qu’une bouchée de la jeune fille, mais aura un peu plus de mal avec l’épouse de son fils aîné.

Classique jusqu’à la platitude, The Silver Cord souffre indéniablement de son origine théâtrale, comme de son interprétation théâtrale.

Laura Hope Crews, dont on se souvient des adorables anglaises qu’elle portait dans le rôle de la tante Pittypat d’Autant en emporte le vent, se tire à merveille d’un rôle difficile. Le reste de la distribution est plus convenue : bien que les talents de Joel Mac Crea, Irene Dune et Frances Dee ne soient pas en cause, ils en font trop, ou pas assez. On comprend bien qu’ils n’ont pas été dirigés du tout. Avec un peu plus de finesse et une direction plus musclée, le film eut pu être, sinon un chef d’œuvre, du moins un film attachant. C’est dommage !

 

 

 

 

Noix de coco


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The Cocoanuts (Noix de coco) de Robert Florey et Joseph Santley (1929)


Monsieur Hammer tient un hôtel à Cocoanut Grove en Floride. L’hôtel est au bord de la faillite et Hammer ne paie plus ses employés depuis longtemps.

Sa principale cliente est madame Potter, une veuve très riche accompagnée de sa fille Polly, amoureuse de Bob Adams, architecte sans client et contraint d’être concierge de l’hôtel.

Pénélope, avec l’aide de Yates, amoureux éconduit de Polly, vole un collier de grande valeur dont madame Potter est propriétaire. Adams est accusé.

Une idée reçue veut que l’humour verbal vieillisse bien ; ce film en est un démenti flagrant.

La logorrhée « grouchienne » est rendue encore plus indigeste dans ce premier film des Marx par la technique sonore, brouillonne et balbutiante. Les dialogues sont pénibles, les gags lourds, l’interprétation insupportable et la mise en scène inexistante.

Si on ajoute à cela des numéraux musicaux miteux, encombrants et barbants (le « musical » n’a jamais été une spécialité de la Paramount) qui évoquent plus une fête de fin d’année dans un hospice que la reprise d’une pièce de Broadway, on aura compris que ce premier film des Marx n’est pas à classer parmi leurs réussites.

samedi 16 mai 2026

Simone Barbès ou la vertu


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Simone Barbès ou la vertu (1980) de Marie-Claude Treilhou


Simone Barbès est ouvreuse dans un cinéma porno du quartier Montparnasse. Elle y passe donc toute la soirée avec sa collègue Martine, puis se rend dans une boîte de lesbiennes où elle va chercher son amie.

C’est le type même de la fausse bonne idée de scénario. La scénariste-réalisatrice ne sort pas de ce qui n’aurait pu être qu’un très banal court-métrage. Pour faire bonne mesure, elle nous inflige une interminable deuxième partie dans sa boîte de lesbiennes, puis une troisième sur la solitude d’un croupier dragueur entre deux âges.

A la lecture du générique de fin où on décèle la participation d’une partie d’un certain gotha de la profession, on s’explique le ton plus qu’indulgent qu’adoptèrent les critiques lors de la sortie de ce petit produit crapoteux, lourdingue et mal fichu.

vendredi 15 mai 2026

Coco

 


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Coco (2017) de Lee Unkrich et Adrian Molina

L’arrière-grand-père de Miguel était musicien. Et c’est à cause de la musique qu’il a quitté sa femme et sa fille Coco.

Du coup, la musique est totalement prohibée dans la famille qui devient après le départ de l’indigne musicien une famille de chausseurs.

Mais trois générations plus tard, Miguel ne veut pas s’occuper de chaussures. Il n’aime que la musique, mais n’ose pas l’avouer à sa famille.

Le parent dont il est le plus proche, celle qu’il aime et à qui il se confie, c’est son arrière-grand-mère, Coco qui fut la petite fille du musicien et qui espère toujours que son papa va revenir.

Mais Coco est une très vieille dame et n’a plus toute sa tête.

Nous sommes la veille du jour des morts, « El Dias des los muertos », le jour où l’on doit rendre hommage à ses morts en affichant leurs photos.

Et en voulant rendre hommage à son « dieu » Ernesto de la Cruz, comédien-chanteur aujourd’hui décédé, Miguel se retrouve propulsé dans le « royaume des morts ».

Le thème musical générique de la  Compagnie Disney, If you Wish Upon a Star nous met déjà dans l’ambiance « mexicaine » telle que la perçoivent les Américains, sur un rythme très « latino ».

Alors bien sûr, ce Mexique-là, c’est le folklore mexicain « à l’américaine », comme le Parisien avec baguette et béret, l’Italien qui parle avec les mains et drague avec une mandoline ou l’Espagnol au caractère sanguin avec castagnettes.

Mais il faut reconnaître que, pour une fois, il s’inspire du folklore pour mettre en avant et, signe des temps, avec beaucoup de respect, une institution du Mexique, le jour des morts.

On est très loin du passage à la moulinette disneyenne des contes célèbres (Blanche-Neige, Cendrillon…) et/ou philosophiques (Peter Pan, Pinocchio…) la représentation du royaume des morts est pleine d’invention, drôle et émouvante.

Il y a une idée par plan et c’est probablement un film à revoir, car on doit rater pas mal de choses.

C’est un film qui éblouit, qui surprend, qui émeut et qui amuse.

Un bien beau film qui a inauguré mon année 2018 cinématographiquement et j’en suis bien heureux.

J’espère que c’est de bon augure.

Tous en scène (2016)


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Sing (Tous en scène) de Garthe Jennings (2016)

Buster Moon, koala par nature et directeur de théâtre par profession, dirige comme il peut la belle salle qu’il a réussi à acheter à force de travail.

Mais sa principale occupation consiste à fuir les créanciers avec l’aide sa dévouée - mais peu vive ! – secrétaire, Miss Crawley (un lézard).

Dans l’impossibilité de monter un nouveau spectacle, il décide de réunir ce qui lui reste (environ 1000 dollars) pour organiser un concours de chant.

Mais suite à une « mauvaise manipulation » de Miss Crawly (et de son œil de verre !) lors de l’impression d’un flyer, le concours se retrouve doté de 100 000 dollars que Buster ne possède naturellement pas.

Et l’audition attire bien sûr des centaines de personnes.

Il y avait bien longtemps que je n’avais pas ri d’un bout à l’autre d’un film.

Pourtant, méfiant au vu des comptes-rendus dithyrambiques que tout le monde m’en avait faits, j’étais circonspect !

Et puis – « Vox populi, vox dei », il arrive que ce soit vrai ! – je dois dire qu’on est happé, dès le générique, et que ça ne vous lâche plus jusqu’à la fin.

Evidemment, c’est une comédie musicale et, comme l’a dit un critique, ça joue magnifiquement avec les codes de la comédie musicale.

Un gorille sentimental « crooner », un porc épique « crooneuse » elle aussi, une éléphante grande chanteuse maladroite et timide, un rat qui fricote avec la mafia et une truie ménagère, remarquable chanteuse et danseuse, la galerie habituelle des chanteurs-danseurs est ici particulièrement riche.

Et puis, il y a les autres : le groupe des petites chanteuses japonaises envahissantes, le gang des gorilles braqueurs qui opèrent avec des masques de chats désespérément minuscules et surtout, la désopilante lézarde Miss Crawly, la secrétaire au grand cœur et à l’œil de verre.

Comme l’a dit un critique, tout ça est mené « d’un train d’enfer [et sans] aucun coup de mou ».

On est entre Les Producteurs de Mel Brooks et 42ème rue de Lloyd Bacon et Busby Berkeley.

Et certaines scènes (comme celle de Rosita, la truie-mère de famille, surdouée du chant et de la danse, dans une chorégraphie « qui déchire » de Bamboleo) font franchement décoller.

Alors oui, vraiment, Sing, en français Tous en scène, est tout à fait digne, sans le valoir quand même, de son homonyme (en V.F.) signé, excusez du peu, Vincente Minnelli et intitulé (en V.O.) The Band Wagon.

La Toile d’araignée


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The Cobweb (La Toile d’araignée) de Vincente Minnelli (1955)

Le docteur Mac Iver, qui dirige une clinique psychiatrique, néglige sa femme. De plus, ses méthodes un peu trop « modernes » d’aborder la psychiatrie ne lui font pas que des amis au sein d’une institution plutôt conservatrice.

Les rideaux de la bibliothèque doivent être changés : la psychiatre Meg Rhinehart à l’idée de faire réaliser ces rideaux d’après les dessins de l’un des malades, le jeune Stevie. Miss Inch qui voit là une remise en cause de ses prérogatives d’intendante, commande un creps bon marché, alors que Karen Mac Iver, que déteste Miss Inch et qui est considérée comme une mondaine écervelée, décide de prendre l’affaire en main en choisissant elle-même le tissu des rideaux.

Toutes les tensions, toutes les passions, vont se cristalliser dans cette histoire de rideaux et provoquer des drames.

La carrière de Minnelli est constituée de films de trois genres très précis : comédies musicales, comédies de mœurs et mélodrames. Ces genres, on peut dire qu’il les a abordés avec un bonheur inégal.

La Toile d’araignée se situe chronologiquement entre Brigadoon, que j’ai l’extrême faiblesse de considérer comme un monstrueux navet niais et grotesque, et Kismet, unanimement décrié. Si l’on considère en regardant plus loin dans la filmo du réalisateur que Brigadoon fut précédé de l’indigeste Roulotte du plaisir, comédie qu’un certain nombre de thuriféraires minnellien s’acharne à vouloir « réhabiliter » (en pure perte jusqu’à présent) et que Kismet fut suivi de Thé et sympathie et de La Vie passionnée de Vincent Van Gogh, deux films que je n’apprécie pas du tout (doux euphémisme !!!), on comprendra que, au moins de mon point de vue, nous ne sommes pas au cœur de la période la plus brillante de l’auteur inspiré de Tous en scène et de La Femme modèle, deux chefs d’œuvres qui « encadrent » dans la chronologie les ratages précités.

Mais La Toile d’araignée, sans être un très grand film, reste plus qu’honorable. Bien sûr, une fois de plus, la psychiatrie est passée à la moulinette hollywoodienne et cette histoire de rideaux tient de la grosse ficelle scénaristique (Karen Mac Iver, persuadée que son mari la trompe, installe rageusement « ses » rideaux dans la bibliothèque quand d’autres épouses bafouées casseraient la vaisselle !). Mais le résultat se tient relativement et l’ensemble est assez représentatif de la « griffe Minnelli » dans l’utilisation inspiré du cinémascope et dans le choix des couleurs, notamment.

Les personnages seraient caricaturaux à souhait si l’on ne sentait en permanence chez eux ces fêlures qui les rendent tous attendrissants. Miss Inch, l’intendante sèche, vieille fille portant perruque, souffre d’une solitude qu’elle brandit comme un étendard (« Un homme doit apprendre à se défendre seul », dit-elle à Devanal avant d’ajouter « C’est ce que je fais depuis quarante huit ans ! »). Devanal plonge dans la veulerie et l’alcoolisme mondain pour oublier sa déchéance. Meg, quant à elle, se noie dans le travail pour oublier son chagrin et le sentiment de culpabilité qui l’habite depuis qu’elle a survécu à l’accident qui a coûté la vie à son fils et à son mari. Stewart Mac Iver fuit sa femme plus qu’il ne la délaisse et Karen ne voit plus la vie qu’à travers ses propres malheurs ce qui lui fait provoquer des catastrophes pour ceux qui sont plus malheureux qu’elle.

Tout est calibré, prévisible et assez standard, jusqu’à la partition dramatique et terriblement efficace de Leonard Rosenmann, mais la force de Minnelli rend le film très prenant. Il faut bien dire qu’il est aidé par une distribution sans faille : Lilian Gish, Charles Boyer, Lauren Bacall, Richard Widmark, Gloria Grahame, mais aussi les jeunes John Kerr et Susan Strasberg, sans oublier l’excellent Oscar Levant donnent vie à tous ces personnages, tous ces laissés pour compte qu’un simple changement de rideaux va plonger dans le drame.

jeudi 14 mai 2026

Monsieur


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Sir (Monsieur) de Rohana Gera (2018)

Ratna est issue d’une caste inférieure d’un village des environs de Bombay.

Et c’est à Bombay qu’elle travaille pour nourrir sa famille. Elle est servante chez Ashwin, jeune homme riche, issu d’une bonne famille très marqué par sa vie aux États-Unis où il a fait ses études.

Ratna et Ashwin vont ainsi cohabiter.

Ratna, parallèlement, suit des cours pour devenir couturière et changer de vie.

C’est un conte de fées, mais à l’indienne.

Car dans le pays le plus inégalitaire du monde, les bergères n’épousent pas les princes et les bonnes n’épousent pas leur patron.

Ratna fait partie d’une caste très « inférieure », c’est, du moins, ce qu’il paraît, car je n’ai jamais trop compris ces histoires de caste à l’indienne. La seule chose que je sais, c’est que ce pays qui attire et a toujours attiré les babas du monde entier est en réalité aussi crasseux moralement et socialement qu’il peut l’être pour les touristes qui semblent toujours trouver ça très excitant.

Ratna et Ashwin sont tous les deux trop intelligents et leur intelligence leur dit, et leur dit très fort, que rien n’est possible entre eux.

Et le film est aussi intelligent qu’eux.

La mise en scène de Rohena Gera est fluide et élégante. D’ailleurs, c’est un film élégant qui montre des choses très inélégantes.

Et le casting est tout à fait « assorti » à cette élégance : Tillotama Shome et Vivek Gomber portent le film et les autres comédiens sont parfaits.

Même le happy end est élégant.

lundi 11 mai 2026

La Clinique de l’amour


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La Clinique de l’amour (2012) d’Artus de Penguern

 David Marshal a fondé la clinique Marshal, il y a quelques décennies. Mais il est vieux et envisage de passer la main à ses fils John et Michael.

John est un brillant chirurgien honnête et travailleur, mais il est timide avec les femmes et n’ose avouer son amour à Priscilla, la jeune et jolie infirmière qui vient d’être engagée.

A l’inverse, Michael est un être dilettante menteur, voleur et coureur de femmes. Il va profiter de la timidité de son frère pour séduire Priscilla et l’épouser.

Par dépit, John s’exile pour aller soigner les pauvres et les animaux (!) en Alaska.

Mais Michael ne tarde pas à se lasser de sa jeune et vertueuse épouse et il est séduit par une nouvelle infirmière, la ravageuse Samantha Bitch.

En réalité, Samantha Bitch travaille pour l’ignoble Jonathan Stork qui veut mettre la main pour la clinique Marshal. Et séduire Michael fait partie des plans de Samantha.

Nous sommes ici dans le domaine du « Soap Opera », ce feuilleton américain « cheap » où les intrigues les plus invraisemblables se chevauchent, s’enchevêtrent, basés sur des coups de théâtre et des drames de famille.

L’un des plus anciens « Soap » est produit par William Joseph et Lee Philip Bell et diffusé tous les midis sur TF1 depuis plus de 20 ans. Il s’agit de The Young and the Restless (Les Feux de l’amour) et le premier épisode a été tourné en 1973. Certains des comédiens qui sont encore dans le soap étaient dans ce premier épisode !

C’est donc une parodie de ce genre insipide qu’Artus de Penguern a décidé d’écrire et de tourner. Malheureusement, comme souvent dans ce genre de parodies, il a un peu trop chargé la mule et si certains gags comme le numéro musical final des mamans (avec ours !) sont effectivement très drôle, l’ensemble se traîne un peu malgré l’excellence de l’interprétation.

C’est dommage, car le début du film était très prometteur, mais la parodie s’essouffle assez rapidement.

mardi 5 mai 2026

Sitcom


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Sitcom (1998) de François Ozon


Dans une jolie maison de banlieue, vit une famille bourgeoise : le père, la mère, deux enfants et une bonne qu’on vient d’engager, sans oublier un invité quasi permanent, David, le petit ami de la fille, Sophie.

Un soir, le père rapporte un rat de laboratoire dans une cage. Le rat est mis dans la chambre de Nicolas, le fils.

Celui-ci, lors du dîner, déclare cérémonieusement qu’il est homosexuel.

Après le dîner, Sophie joue avec le rat. Puis, elle monte à l’étage et se jette par la fenêtre.

François Ozon avait, à l’époque du film, la réputation d’un trublion et dans notre temps  « politiquement correct », les trublions ont quelque chose de « réjouissant », comme on dit à Télérama.

Mais son « brûlot » a l’efficacité d’un pétard mouillé. On rit un petit quart d’heure et puis on est vite agacé devant ce court-métrage interminablement étiré. En tant que court, il n’eut été que passable ; en tant que long, il est franchement inintéressant. Evelyne Dandry, dans le rôle de la mère est très bien. Les autres font consciencieusement leur métier.

lundi 4 mai 2026

Les Employés modèles

 


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Clerks (Les Employés modèles) de Kevin Smith (1994)


Sorte de film à sketches très courts, sans continuité, écrit à la va-comme-j'te-pousse (si tant est qu'il ait été écrit). C'est amusant dix petites minutes…

A la sortie de cette pochade, toute la critique française est tombée en arrêt (ça lui arrive souvent !) devant ce petit film fauché et mal fagoté et c'est probablement ça qui a plu à nos critiques hexagonaux : lorsque c'est américain et mal fichu, ça fait « indé » et c'est pour eux un gage de qualité. Il est plus que probable qu'une telle production réalisée chez nous n'eut suscité que de vagues regards de commisération.

Le scénario est inexistant : c'est une série de saynètes qui se veulent comiques et certaines le sont. Il n'est pratiquement question de fesses, mais c'est ce qui plait, alors…!

De plus, pour faire vraiment production indépendante, c'est tourné en 16 millimètres et noir et blanc. C'est tout juste assez crapoteux pour rester "convenable" et, au bout du compte, c'est ce qui agace le plus.

dimanche 3 mai 2026

Skyfall


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Skyfall (2012) de Sam Mendès

 James Bond, en plein cœur d’Istanbul, tente de sauver un de ses collègues gravement blessé après s’être fait volé un disque dur sur lequel figure la liste des noms de tous les agents du MI6 infiltrés dans les organisations terroristes du monde entier.

A la suite d’une course poursuite à travers la ville qui se termine sur le toit d’un train, Bond est atteint par une balle de sa co-équipière que M l’a obligée à tirer.

Bond, déclaré mort, se refait une santé sous les tropiques, mais il apprend que le MI6 est en très mauvaise posture depuis « sa mort » et surtout, depuis que le nom des agents infiltrés permet aux terroristes de les identifier et de les exécuter.

L’ordinateur de M est piraté et elle comprend alors que c’est à elle que s’adresse le hacker qu’un seul homme peut contrer, l’agent 007 déclaré décédé.

Ian Fleming fut recruté en 1939 par le contre-espionnage britannique et il mena pendant la guerre quelques opérations d’envergure comme la capture par les Britanniques de Rudolf Hess, « dauphin » désigné d’Hitler, que le même Fleming attira en Angleterre en 1941.

Après la guerre, il abandonna le monde de l’espionnage, mais il décida d’écrire des romans sur cet univers précisément. Il inventa un personnage dont le caractère ressemblait à celui d’un « agent secret » de ses amis, Wilfried Dunderdale.

Il lisait le livre d’un ornithologue américain, James Bond, lorsqu’il inventa son personnage et il lui donna tout naturellement son nom. Puis, il lui inventa une biographie qu’il exposa dans Au service secret de sa majesté.

Or, on n’avait jamais vu cette biographie au cinéma. On peut situer le moment où James Bond « devient un être humain » (avec un passé) à la prise de rôle de Daniel Craig qui raconte un « James Bond débutant » qui tue ses deux premières victimes (condition sine qua non pour obtenir le double zéro au MI6). Ici, on va plus loin : James Bond emmène M dans la maison de son enfance, ce manoir nommé… Skyfall où ils se rendent très symboliquement avec la mythique Aston Martin de l’agent secret dans laquelle est M fait une allusion humoristique au fameux siège éjectable qui était la grande attraction de la voiture lorsqu’elle fut « présenté » au public en 1964 dans Goldfinger.

C’est dire tout le côté freudien que les producteurs Michael G. Wilson et son épouse, Barbara Broccoli, fille de l’un des deux « papas » cinématographiques de Bond et, de ce fait, « sœur » ou « demi-sœur » de l’agent secret, ont voulu donner à ce 23ème épisode qui arrive pour fêter les cinquante ans au cinéma du héros.

Comme son premier interprète à l’écran, James Bond est Ecossais d’origine, fils de Sir Andrew Bond of Glencoe alors que sa mère est Suisse, Vaudoise très exactement, et nommée Monique Delacroix. La famille serait d’origine noble et les armes familiales porteraient la devise « Orles non suffit » (« Le Monde ne suffit pas » qui sera le titre d’un des James Bond, période Pierce Brosnan, qui ne figure pas dans le peloton de tête de la série au niveau qualitatif !).

Cette biographie nous est ici partiellement révélée puisque le dernier quart du film se passe dans cette maison que James Bond « n’a jamais aimé » d’après une de ses répliques et on voit la tombe de ses parents, ainsi que Kincade, sorte de « butler » ayant connu notre héros très jeune et resté fidèle à la famille.

Si on ajoute un méchant TRÈS méchant, Raul Silva, sorte de double malfaisant de James Bond et attiré sexuellement par lui et que ce même Silva se considère un peu comme un frère de Bond alors que les deux agents auraient M comme mère (que le méchant veut détruire ; « tuer la mère »), nous sommes vraiment de plain pied dans une sorte de psychanalyse qui, du moins je persiste à le croire, ne se prend pas trop au sérieux. Et quoiqu’en dise certains critiques, c’est ce qui donne un certain cachet à ce 23ème opus.

Si on y ajoute des scènes de poursuite assez décoiffantes (la séquence pré-générique à Istanbul, le métro de Londres, Skyfall…), on a les meilleurs ingrédients des meilleurs Bond avec les petits plus dont je parle plus haut.

Le film a enregistré la plus forte sortie, en terme d’audience, de toute l’histoire des James Bond au cinéma.

Et on a même eu droit à ce débat terrible : Skyfall est-il le meilleur des 23 James Bond ?

Nonobstant ma passion de jeunesse pour les premiers films de la série (les Sean Connery ; je déteste Roger Moore !) qui sont pour moi, Opération Tonnerre excepté, de véritables films-cultes, je pencherai plutôt pour lui accorder la palme à cette petite réserve près que je peux comprendre qu’on y soit hermétique : depuis la prise de rôle de Daniel Craig, les James Bond semblent ne s’adresser qu’aux Happy Few, rejetant le reste du public dans l’enfer « non-Bondien ». Mais il faut bien reconnaître que dans deux films sur les trois (nous oublierons pudiquement le nullissime Quantum of Solace !) le ravalement de la franchise James Bond a globalement été payant.

Comme souvent dans les rôles de méchant, le personnage de Raul Silva est un tout petit peu chargé par Javier Bardem, mais ça reste supportable.

Béatrice Marlohe est une James Bond girl aussi belle que fugitive : on ne la voit guère plus de dix minutes sur les deux heures et demi de film. Notre compatriote à la voix suave doit être la sixième James Bond girl française si je ne m’abuse, après Claudine Auger (Opération tonnerre), Corinne Cléry (Moonraker), Carole Bouquet (Rien que pour vos yeux), Sophie Marceau (Le Monde ne suffit pas) et Eva Green (Casino Royale).

Dans le rôle de Kincade, c’est un interprète d’Hercule Poirot qui s’y colle : Albert Finney, grand comédien atypique, cinq fois nommé aux oscars, refusa à la fois le grand honneur d’être le successeur de Laurence Olivier du Britain’s National Theater, alors que ce dernier l’avait lui-même désigné et de poursuivre la série des Hercule Poirot alors qu’il avait remporter un considérable succès avec Le Crime de l’Orient-Express.

Son duo avec Judi dench est un grand moment du film. Judi Dench abandonne ici le rôle de M pour passer le relais à Ralph Fiennes ; nous regretterons cette prestigieuse vieille dame, mais, pour la remplacer, on aurait pu tomber plus mal !

Car malgré ce retour aux sources et ce recours à la psychanalyse qui auraient pu marquer une apothéose de la série, ce 23ème James Bond ne sera visiblement pas le dernier, puisque Daniel Craig a déjà signé pour deux James Bond supplémentaires, alors que son contrat arrivait à échéance avec Skyfall.

Mais entre l’explosion du MI6, l’intervention d’une rame de métro comme arme de destruction massive et la fin apocalyptique de la demeure ancestrale des Bond, il sera difficile de faire mieux la prochaine fois !

Néanmoins, God Save James Bond !

samedi 2 mai 2026

Cléopâtre (De Mille)


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Cleopatra (Cléopâtre) de Cecil B. de Mille (1934)


Le premier ministre du roi Ptolémée XIII abandonne la sœur de celui-ci, Cléopâtre, en plein désert. Mais la reine parvient à regagner son palais d’Alexandrie et c’est enroulée dans un tapis qu’elle est présentée à Jules César, venu en Egypte régler, précisément, le délicat problème de la succession au trône.

Cléopâtre séduit le général romain ce qui lui permet d’évincer définitivement son frère. Quelques mois plus tard, juste après l’arrivée de Cléopâtre à Rome, César est assassiné par une conjuration de sénateurs inquiets à l’idée que César puisse se faire couronner roi ou empereur de Rome.

Les héritiers de César sont Octave et Marc-Antoine. Ce dernier, à son tour, est séduit par la reine d’Egypte.

La tragédie de la reine d’Egypte devient ici une charmante revue genre « Cléopâtre chez Ziegfeld ». Claudette Colbert est parfaite, mais si mal entourée qu’elle ne peut sauver le film à elle seule.

Rien à voir avec le chef d’œuvre de Mankiewicz.

 

 

 

vendredi 1 mai 2026

Le Skylab

 


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Le Skylab (2011) de Julie Delpy

 Dans l’Eurostar qui la ramène à Paris avec son mari et ses deux enfants, Albertine se souvient de l’anniversaire de sa grand-mère qui fêtait ses 67 ans en ce beau mois de juillet 1979.

Les relations ne sont pas toujours évidentes entre ses parents Jean et Anna, gauchistes, ex-soixante-huitards (on ne disait pas encore « babas » à l’époque), hippies, acteurs de rue et les oncles et tantes plutôt militaires dans la coloniale, tendance à droite de l’extrême-droite, du moins pour deux d’entre eux.

Il y a aussi ses deux grands–mères et son grand-oncle Hubert qui n’a plus toute sa tête.

Encore un « film choral », ces fameuses « comédies dramatiques » qui réunissent une nombreuse famille autour d’un évènement : il y a eu l’enterrement (Ceux qui m’aiment prendront le train), le mariage (Pièce montée et son modèle américain Un mariage), les vacances (Les Petits mouchoirs) … La liste est très loin d’être exhaustive.

 Ici, nous sommes à l’anniversaire de la « Mamie » (Bernadette Lafont). Il fait beau (malgré deux averses) et toute la famille est réunie. C’est le propre du genre. Mais Julie Delpy réussit (un peu) à le renouveler.

Il y a toujours les engueulades (autour de la politique) entre frères, beaux-frères et belles sœurs (qui vont de l’extrême droite à l’extrême gauche), arbitrées par les crises d’hystérie de la mamie qui menace de mourir s’ils n’arrêtent pas immédiatement, mais il y a quelques petits plus, principalement dans le comportement des enfants avec le petit cousin facétieux qui raconte des histoires de cul et que le sujet préoccupe beaucoup comme il préoccupe Albertine (la scène des poupées Barbie est hilarante) ou le « grand » cousin (Vincent Lacoste), frère du précédent, boutonneux de 17 ans, « qui s’la pête » avec son paquet de Rothmans glissé dans son maillot de bain : le personnage est très caricatural, mais tout à fait authentique et tellement drôle…

Et puis, il y a les cadavres dans le placard : le tonton facho, perdu et dépressif depuis qu’il n’a plus personne à torturer, la tante qui veut bien que la gauche passe « à condition qu’on ne touche pas à [SA] peine de mort » dont la suppression « entraînerait l’anarchie ».

Tout ça est délicieusement (à peine) exagéré et prétexte à de savoureux numéros d’acteurs : Bernadette Lafont, la grand-mère volontaire, Emmanuelle Riva, la grand-mère un peu perdue, Aure Atika, la tante « de droite », Valérie Bonneton, l’épouse du fasciste dépressif, elle-même pas très bien, bègue et dépassée et Noémie Lvovsky, la tante un peu naïve et très attachante (et très dépassée, elle aussi !) sont toutes remarquables.

Les rôles des hommes sont moins intéressants, ce qui rend les comédiens également moins intéressants. Quant à Julie Delpy elle-même et Eric Elmosnino, ils forment un couple de « babas » assez convenus. C’est Albert Delpy, le papa de Julie, qui incarne l’oncle Hubert, doux dingue de service, qui s’en sort le mieux.

Bref, tout est très convenu, mais un convenu qui peut surprendre et n’est pas déplaisant.