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The Cobweb (La Toile d’araignée) de Vincente Minnelli (1955)
Le docteur Mac Iver, qui dirige une clinique psychiatrique, néglige sa femme. De plus, ses méthodes un peu trop « modernes » d’aborder la psychiatrie ne lui font pas que des amis au sein d’une institution plutôt conservatrice.
Les rideaux de la bibliothèque doivent être changés : la psychiatre Meg Rhinehart à l’idée de faire réaliser ces rideaux d’après les dessins de l’un des malades, le jeune Stevie. Miss Inch qui voit là une remise en cause de ses prérogatives d’intendante, commande un creps bon marché, alors que Karen Mac Iver, que déteste Miss Inch et qui est considérée comme une mondaine écervelée, décide de prendre l’affaire en main en choisissant elle-même le tissu des rideaux.
Toutes les tensions, toutes les passions, vont se cristalliser dans cette histoire de rideaux et provoquer des drames.
La carrière de Minnelli est constituée de films de trois genres très précis : comédies musicales, comédies de mœurs et mélodrames. Ces genres, on peut dire qu’il les a abordés avec un bonheur inégal.
La Toile d’araignée se situe chronologiquement entre Brigadoon, que j’ai l’extrême faiblesse de considérer comme un monstrueux navet niais et grotesque, et Kismet, unanimement décrié. Si l’on considère en regardant plus loin dans la filmo du réalisateur que Brigadoon fut précédé de l’indigeste Roulotte du plaisir, comédie qu’un certain nombre de thuriféraires minnellien s’acharne à vouloir « réhabiliter » (en pure perte jusqu’à présent) et que Kismet fut suivi de Thé et sympathie et de La Vie passionnée de Vincent Van Gogh, deux films que je n’apprécie pas du tout (doux euphémisme !!!), on comprendra que, au moins de mon point de vue, nous ne sommes pas au cœur de la période la plus brillante de l’auteur inspiré de Tous en scène et de La Femme modèle, deux chefs d’œuvres qui « encadrent » dans la chronologie les ratages précités.
Mais La Toile d’araignée, sans être un très grand film, reste plus qu’honorable. Bien sûr, une fois de plus, la psychiatrie est passée à la moulinette hollywoodienne et cette histoire de rideaux tient de la grosse ficelle scénaristique (Karen Mac Iver, persuadée que son mari la trompe, installe rageusement « ses » rideaux dans la bibliothèque quand d’autres épouses bafouées casseraient la vaisselle !). Mais le résultat se tient relativement et l’ensemble est assez représentatif de la « griffe Minnelli » dans l’utilisation inspiré du cinémascope et dans le choix des couleurs, notamment.
Les personnages seraient caricaturaux à souhait si l’on ne sentait en permanence chez eux ces fêlures qui les rendent tous attendrissants. Miss Inch, l’intendante sèche, vieille fille portant perruque, souffre d’une solitude qu’elle brandit comme un étendard (« Un homme doit apprendre à se défendre seul », dit-elle à Devanal avant d’ajouter « C’est ce que je fais depuis quarante huit ans ! »). Devanal plonge dans la veulerie et l’alcoolisme mondain pour oublier sa déchéance. Meg, quant à elle, se noie dans le travail pour oublier son chagrin et le sentiment de culpabilité qui l’habite depuis qu’elle a survécu à l’accident qui a coûté la vie à son fils et à son mari. Stewart Mac Iver fuit sa femme plus qu’il ne la délaisse et Karen ne voit plus la vie qu’à travers ses propres malheurs ce qui lui fait provoquer des catastrophes pour ceux qui sont plus malheureux qu’elle.
Tout est calibré, prévisible et assez standard, jusqu’à la partition dramatique et terriblement efficace de Leonard Rosenmann, mais la force de Minnelli rend le film très prenant. Il faut bien dire qu’il est aidé par une distribution sans faille : Lilian Gish, Charles Boyer, Lauren Bacall, Richard Widmark, Gloria Grahame, mais aussi les jeunes John Kerr et Susan Strasberg, sans oublier l’excellent Oscar Levant donnent vie à tous ces personnages, tous ces laissés pour compte qu’un simple changement de rideaux va plonger dans le drame.
















