mardi 29 septembre 2026

Le Sexe faible


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Le Sexe faible (1933) de Robert Siodmak


Madame Leroy-Gomez cherche à tous prix à jeter son fils Jimmy dans les bras de la riche Dorothy. Cette mère très attentionnée n’est pas peu fière d’avoir réussi à arranger de très profitables unions pour ses deux autres fils. Mais elle a quelques soucis avec Jimmy, le petit dernier qui s’est amouraché d’une jeune fille pauvre.

 

De plus, il faut déjouer les manœuvres des gigolos (généralement sud-américains). Heureusement pour madame Leroy-Gomez, le fidèle maître d’hôtel Antoine, veillera à assurer le « bonheur » de tout ce petit monde.

Il y a toujours eu des gigolos, mais ce sont ces comédies « à téléphones blancs » qui en ont faits des personnages propres à amuser les foules, du fait d’un retournement de situations dû à l’émancipation féminine où l’on remplaçait l’homme riche à qui un père peu scrupuleux « fourguait » sa fille par de riches veuves américaines (l’émancipation n’allait tout de même pas jusqu’à mettre en scène des femmes d’affaires ou des femmes chefs d’entreprise !), « courtisées » par des mères(-maquerelles) de pantins gominés, réduits à l’état d’objet de concupiscence et amoureux de jeunes filles pauvres ou d’aventurières.

D’ailleurs, une vieille comtesse vaguement russe se substitue ici au vieux libidineux de service, épris de chair fraîche. Et l’assez mauvaise adaptation de Kosterlitz (futur Henry Koster)  et d’Edouard Bourdet (l’auteur de la pièce originale) va plutôt dans le sens d’un plus grand conformisme. Lorsqu’Antoine à la fin de la pièce décide de rentrer chez lui à pieds, il a une réplique méprisante : « J’ai besoin de changer d’air ! ». Or, l’allusion à l’atmosphère nauséabonde tient moins de la dénonciation que d’une critique roublarde qui se complait tout de même dans le… nauséabond.

Et cette réplique même semble étrangement « stérilisé » dans le film, peut-être à cause de l’interprétation « plate » de Victor Boucher, acteur très justement brocardé de nos jours, mais inexplicablement fameux à l’époque.

Côté interprétation d’ailleurs, tout est assez décevant : de l’assez mauvaise Betty Stockfeld à la sublime Marguerite Moréno, en passant par Pierre Brasseur, Mireille Balin, José Noguero, Suzanne Dantès et bien d’autres, tout le monde est ennuyeux, sauf peut-être la volcanique Jeanne Cheirel, la maman qui veut « assurer le bonheur de ses petits ». Il est à noter que cette madame Leroy-Gomez a également une fille qui semble très bien réussir en travaillant, ce qui faisait beaucoup rire, sans doute, dans les années trente.

Car c’est là que le bât blesse : tout cela sent terriblement la naphtaline. Si on apprécie encore les pièces de boulevard de Flers et Caillavet, certes plus anciennes et beaucoup moins « caustiques », c’est tout simplement qu’elles sont bien troussées et franchement drôles. Chez Bourdet, sorti d’une critique de mœurs assez conventionnelle, on s’amuse moins.

Corinna, Corinna


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Corinna, Corinna (1994) de Jessie Nelson

Singer, un jeune compositeur, vient de perdre sa femme. Il se retrouve seul avec sa fille Molly. Celle-ci n’a plus prononcé un mot depuis la mort de sa mère.

Il engage Corinna pour s’occuper de Molly. Cette nounou noire extravagante permet à la petite fille de retrouver la parole et le sourire.

Bientôt, Corinna deviendra indispensable à la petite fille et à son papa.

Les années trente à Hollywood savaient habilement mélanger la comédie et le mélo. Le genre a eu ses lettres de noblesse.

Mais rien de tout ça, ici. L’histoire d’amour entre le bon maître blanc et la « pov’négwesse » est politiquement correct jusqu’au gluant.

D’ailleurs, tout est gluant : la sale gamine, vaguement autiste, puis qui ne l’est plus, Woopi Goldberg qui fait son numéro habituel sans son efficacité coutumière et Ray Liotta, aussi transparent et inconsistant que le bleu de ses yeux.

Seule la présence trop brève de Don Ameche dont ce fut le dernier rôle, pourrait être émouvante, mais on n’a pas spécialement envie de s’attendrir après une brasse de plus de 100 minutes dans ce sirop d’érable.

dimanche 27 septembre 2026

Shaft, les nuits rouges de Harlem

 


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Shaft (Shaft, les nuits rouges de Harlem) de Gordon Parks (1971)

 John Shaft est détective privé à New York ; il a des rapports heurtés, mais somme toute pas trop mauvais, avec les flics du coin.

 

Un caïd de la mafia noire fait appel à ses services : sa fille vient d’être enlevée et il soupçonne les « activistes noirs » (genre « Black Panthers ») d’avoir fait le coup.

Bouh ! C’est pas beau de vieillir !

Shaft fut le film-phare de la « Blaxploitation » ; il faut dire que c’est le premier film du courant en question produit par un grand studio (feue la M.G.M., en l’occurrence).

Pressenti pour le rôle-titre, Isaac Hayes composa la partition célébrissime dont on ne sait trop si elle dut son succès à la vague « Soul » où si elle fut précisément la créatrice de cette vague.

Mais c’est justement le style Soul qui a assez mal vieilli, même si des vieux croutons dans mon genre ont un gros coup de nostalgie lorsqu’ils entendent The Temptations ou… Isaac Hayes.

La musique a cependant moins vieilli que le reste du film. Montrer un polar où gentils et méchants étaient noirs était probablement une révolution à l’époque qui faisait passer l’indigence du scénario et la médiocrité de l’interprétation (Richard Roundtree, en tête).

Mais maintenant, ça ne passe plus. C’est tout simplement imbuvable !

samedi 26 septembre 2026

Cornered


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Cornered (1945) d’Edward Dmytryk


Gérard, pilote canadien, est libéré d’un camp de prisonniers en Allemagne. Il est démobilisé en Angleterre, mais au lieu de rentrer au Canada, il se rend clandestinement en France pour éclaircir les circonstances du décès de sa femme, une résistante française qui fut dénoncée aux allemands et assassinée. Son beau-père lui révèle que le dénonciateur serait un certain Jarnac qui passe pour mort, ce que personne ne croit.

 

La piste de ce Jarnac conduit Gérard en Suisse, puis à Buenos Aires où se trouve madame Jarnac. Gérard ne tarde pas à se rendre compte qu’il gêne non seulement les nazis et les ex-collaborateurs, mais également ceux qui tentent de les traquer.

Toujours le fameux syndrome du Grand sommeil : on complique l’histoire pour lui donner une patine plus obscure et la rendre plus difficile à déchiffrer. Mais une fois de plus, l’élève ne peut rivaliser avec le maître et le film n’approche à aucun moment le chef d’œuvre de Hawks.

Il ne peut d’ailleurs pas plus rivaliser avec Adieu ma jolie dû au même Dmytryk avec le même Powell réalisé un an avant celui-ci.

Reste un polar agréable et bien réalisé, malgré un relatif académisme qu’on ne trouvait heureusement pas dans le film précédent. Il y a cependant quelques audaces fugitives ici ou là, mais tout cela reste bien convenu.

Et puis ce pauvre ex-pilote n’a pas le charisme de Philip Marlowe, même incarné par le même comédien.

jeudi 24 septembre 2026

Shahada


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Shahada (2009) de Burhan Gurbani

 Dans une boîte de nuit de Berlin, Maryam, jeune allemande d’origine turque, avorte dans les toilettes.

Sammi travaille dans une conserverie. Il est Nigérien et musulman. Il a une aventure passionnelle avec son collègue Daniel, mais son entourage, et tout particulièrement sa mère, l’exhorte à suivre les préceptes de sa religion.

Ismaël, un jeune officier de police, abandonne sa femme (allemande) et son fils pour vivre un grand amour avec Leyla, une jeune clandestine musulmane très pratiquante.

La « Shahada » (« témoignage de foi » en arabe) est le premier pilier de l’Islam : « Il n’y a d’autre dieu que Dieu et Mahomet est son prophète ».

Pourtant, nous ne sommes ni dans un film religieux, ni dans un film qui raconterait une recherche ou une rencontre avec une quelconque spiritualité.

Shahada est un témoignage sur une rencontre, certes, mais avec une religion (et non une spiritualité) et, dans les trois cas cette rencontre s’avérera brève : la crise mystique de Maryam tient beaucoup du délire qui pourrait être dû à une forte fièvre, consécutive à son avortement « sauvage » et le bref rapprochement que tente Ismaël avec la religion se fait par Leyla interposée. Seul Sammi se pose réellement des questions sur sa foi, mais comme il s’agit d’homosexualité (sujet sensible dans la religion en général et dans la religion musulmane en particulier), on est en droit de poser qu’il est victime du prosélytisme « anti-pédé » très en vogue chez les Mollahs.

Au niveau du scénario, on est tout de même un peu gêné : le titre renvoie à l’essence même de la croyance musulmane, mais Sammi et Maryam semble plus vouloir se montrer plus musulman que les autres « comme ceux qui ont quelque chose à cacher ». Quant à Ismaël, il ne semble à aucun moment succomber au prosélytisme de Leyla.

J’ai toute forme de religion en horreur, mais si je suis à même de comprendre qu’on puisse s’interroger sur une croyance ou dans le cadre d’une recherche spirituelle, je vomis tout particulièrement la bigoterie.

Or, Maryam, Leyla et la mère de Sammi sombrent dans la bigoterie et il s’agit de trois femmes. Le père de Maryam, pourtant Immam, représente la tolérance et la « vraie religion ». Et c’est un homme. Je ne pense pas que Gurbani ait voulu réellement faire un film sexiste, mais on y pense tout de même.

Bien sûr, il y a le personnage de Sinan, tout à la fois crétin prêt à en découdre avec tout ce qui n’est pas musulman, personnage creux qui pourrait provoquer des drames avec de simples racontars et surtout, géniteur de l’avorton de Maryam et, par là même, responsable de son délire mystique.

Mais on sent bien que tout cela n’est pas très maîtrisé au niveau du scénario.

En revanche, la maîtrise de la réalisation dans ce qui est tout de même le premier long métrage d’un réalisateur allemand d’origine afghane de trente ans laisse assez admiratif.

La mise en scène et la direction d’acteurs sont d’autant plus remarquables que tout est filmé en longue focale et gros plans. La précision, tant de la réalisation que de l’interprétation sont stupéfiants.

Un excellent film donc, malgré quelques erreurs scénaristiques qu’on oublie vite quand on repense à l’œuvre dans sa globalité.

Contracorriente


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Contracorriente (2009) de Javier Fuentes-Leon

 Miguel est un jeune pêcheur de Capo Blanco, un petit village de la côte nord du Pérou. Il est très catholique et pratique « la consécration des morts » : il bénit les morts en présence de leurs proches, puis, seul, il les emporte en haute mer et les immerge, comme on fait des marins morts en mer.

Miguel est marié à Mariela qui est enceinte de huit mois.

Mais il a une liaison, à l’insu de tous, avec Santiago, un peintre venu s’installer à Capo Blanco depuis quelques années et considéré avec méfiance voire avec hostilité par la population en raison de ses « mœurs » que tout le monde soupçonne d’être « spéciales ».

Peu de temps après, Santiago se noie et son fantôme revient pour demander à Miguel de délivrer son cadavre prisonnier de plantes sous-marine pour qu’il puisse connaître le repos. Miguel trouve le cadavre, mais fait en sorte qu’il soit toujours prisonnier pour que le fantôme de son amant reste avec lui.

Sur le coup, on aime, sans plus, cette histoire d’amour ou plutôt d’amours et de fantôme, de catholicisme et d’homosexualité. Et puis, il y a quelque chose qui reste.

D’abord, il y a l’ambiance : le Pérou n’est pas le pays le plus exploité au cinéma et, pour nous, c’est plutôt la Cordillère des Andes, le lama et le brave gardien de lamas avec son poncho multicolore assorti à son drôle de petit bonnet, sans, bien sûr, oublier sa flûte de Pan avec laquelle il nous bassine à longueur de journée en nous jouant El Condor pasa.

Ici, les Péruviens ne sont pas montagnards, mais marins et même pêcheurs.

La présence envahissante de l’église catholique, comme dans tous les pays d’Amérique du Sud, est un obstacle de plus (et même le principal) qui fera des amours de Miguel et Santiago l’hamartia sans laquelle il n’y aurait pas de film.

Car on a peur pour Miguel. On ne craint pas qu’il ne puisse pas vivre son amour : on sait qu’il ne pourra pas ! Mais on a peur que cet amour ne soit découvert, puisque nous sommes tous conditionnés, malgré notre « évidente évolution » et surtout dans ce domaine précis (je parle pour moi, bien sûr !).

Là où le scénario est très fort, c’est que cette vérité « qu’il faut cacher », elle va être mie à jour par celle qui nous est présentée comme une sale gamine perverse, la petite garce de service, qui va s’avérer, en fait, être le catalyseur, l’empêcheuse de tourner en rond du film et la conscience de Miguel, car c’est elle qui lui apprendra que le corps de Santiago a été retrouvé et elle ajoutera : « J’ai voulu te le dire parce que personne ne te le dira. »

Et notre vision change à ce moment-là. Celle de Miguel aussi. Cette simple remarque d’Isaura le fait s’assumer complètement.

Et à partir de là, tout se met en place, même (et surtout), à posteriori.

Les apparitions de Santiago prennent tout leurs sens et l’attitude intransigeante de « la majorité silencieuse » n’a plus ni sens, ni la moindre importance.

Seule la solitude de Mariela, sa douleur de femme bafouée nous atteint encore en même temps qu’elle atteint Miguel.

Sur le même genre de sujet (mort de l’amant en moins), Roberto Castòn, réalisateur basque, avait réalisé Ander en 2009 que j’avais préféré.

Mais je ne renie pas pour autant ce film remarquable qu’est Contracorriente et je salue au passage l’ensemble du casting au jeu à la fois naturaliste et juste, ce qui est rare.

 

vendredi 18 septembre 2026

Les Comédiens (Pabst)


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Komödianten (Les Comédiens) de Georg Wilhelm Pabst (1941)


Karolin Neuber défend depuis des années le théâtre allemand. Elle cherche à améliorer le sort des comédiens en fondant une vraie troupe. Philine, l'une de ses comédiennes, est amoureuse et aimée du petit fils de la duchesse Amalia de Wissembourg, la protectrice de Karolin. Mais la duchesse ne veut pas entendre parler d'une union "contre nature" et chasse Karolin qui a eu l'audace de s'opposer à elle pour défendre Philine.

Pabst avait quitté l'Allemagne pour des raisons professionnelles en cette fatale année 1933. Personne ne comprit pourquoi il revint dans son pays natal en 1940[1], alors qu'il ne devait probablement pas être en odeur de sainteté auprès du régime nazi.

Pendant les années noires, il tournera deux films : celui-ci en 1941 et Paracelse en 1943. Or, ces deux films, par leurs sujets, exhale le parfum nauséabond et frelaté du nationalisme allemand.

Et si l'idéologie n'apparaît qu'en filigrane dans Paracelse, elle est beaucoup plus évidente dans cette biographie de Karolin Neuber, considérée comme la fondatrice du théâtre allemand.

Les comédiens de la Neuberin sont, en définitive, plus allemands que comédiens et la sublime héroïne allemande sacrifie son amour à la gloire du théâtre allemand. D'ailleurs, tout le film, historiquement situé au XVIIIème siècle exalte un certain romantisme allemand dont le troisième Reich se voulait l'héritier.

Si l'on ajoute à cela des répliques du genre : « Les lâches n'ont pas d'avenir ! » et les méchants coups de pattes dans les scènes situées à Saint Petersbourg où les Russes sont tous présentés comme des paysans tarés, on comprend pourquoi ce film est aussi peu diffusé que ceux de Steinhof ou d'Harlan.

Pourtant, certaines scènes retiennent l'attention, comme celle d'une beuverie « russe » dans laquelle Pabst semble retrouver le grand style baroque qui avait fait sa gloire, ou encore celle de la mort de la Neuberin dans laquelle Käte Dorsch est tout simplement superbe.

Mais Les Comédiens se regarde comme une pièce de musée et comme le témoignage historique d'un cinéma national « apprivoisant » un immense talent au profit de la (répugnante) idéologie dominante.



[1] En réalité, renseignement pris, Pabst est retourné en Autriche pour voir sa mère avant de partir pour les États-Unis en 1939. Il avait un passeport français et comme la guerre a été déclaré entretemps, il est resté coincé dans « le grand Reich »

Chantage à Soho


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The Shakedown (Chantage à Soho) de John Lemont (1959)


Angi Cortona vient d’être libéré de prison où il avait écopé de cinq ans pour proxénétisme. Il veut se venger de Gellar qui a repris ses « affaires ». Mais il réalise qu’il est seul et qu’il ne peut abattre Gellar.

 

Il récupère un pauvre photographe alcoolique, Jessel, et lui offre un studio qui lui servira de couverture. La véritable activité de Jessel consiste à faire venir des messieurs honorables et riches et de prendre des photos compromettantes pour les revendre à l’intéressé.

C’est de la série B plutôt plaisante, à l’époque où la télévision était trop pauvre pour faire du téléfilm. Le jeu des comédiens (parmi lesquels Hazel Court qui faisait là ses premières armes avant d’émarger chez Corman aux Etats-Unis) est théâtral et la réalisation est plan-plan.

Ça ressemble beaucoup à nos Cinq dernières minutes nationales en un peu moins lourd.

jeudi 10 septembre 2026

Les Convois de la honte

 


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Les Convois de la honte (2009) de Raphaël Delpard

Entre 1940 et 1944, la Société Nationale des Chemins de fer Français assura le transport de 76000 Juifs, 20000 Tziganes et 38000 résistants français vers l’est, vers les camps d’extermination pour les uns et vers les camps de concentration pour les autres, sans compter des milliers de jeunes français qui partirent pour l’Allemagne dans le cadre du Service du Travail Obligatoire.

Lorsqu’eut lieu le premier festival de Cannes en 1946, le grand prix revint à René Clément pour La Bataille du rail, un film qui glorifiait « l’attitude héroïque » de la S.N.C.F. Et tout le monde était content : la France avait résisté, l’Etat français de Vichy était « nul et non avenu » (Charles de Gaulle dixit) et les trains qui avaient emporté près de 150000 hommes, femmes et enfants vers la mort s’étaient remplis et conduits tout seul.

Malheureusement, cette fable semble difficilement crédible quelques années plus tard. Certes, quelques cheminots se sont engagés dans la Résistance, mais ce fut à titre personnel et contre la direction de la S.N.C.F. qui mit tout son zèle à collaborer avec l’occupant. « Un peuple grandit de ses erreurs, jamais de ses mensonges », c’est ce que nous montre Raphaël Delpard dans cet excellent documentaire qui est clair, ne se répète pas (ce qui est plutôt rare dans les documentaires actuels).

On peut être plus réservé quant aux reconstitutions. En revanche, les extraits de films ont été très soigneusement choisis. Et Les Convois de la honte a très probablement plus de vertus pédagogiques qu’un film récent très contesté, mais jouissant vraisemblablement d’un appui occulte.

Shakespeare in Love


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Shakespeare in Love (1998) de John Madden


A Londres en 1599, il y a deux théâtres : le « Théâtre du Rideau » dirigé par l’acteur Burbage et le « Rose » dirigé par Philip Henslowe. Ils se font naturellement la guerre en s’arrachant les nouvelles pièces des auteurs à la mode comme Christopher Marlowe et William Shakespeare.

Ce dernier a promis à Henslowe sa dernière pièce qui permettrait au Rose de sortir du marasme où l’a plongé une longue fermeture (pour cause de peste). Cette pièce, Shakespeare n’en a que le titre « Roméo et Ethel, la fille du pirate », car le dramaturge commence à se poser pas mal de questions sur son existence et ces questions l’empêche d’écrire.

Lors d’une représentation au « Rideau », il rencontre Viola de Lesseps qui se passionne pour tout ce qu’il a écrit.

Grand spectacle, énormes moyens, ambition démesurée et très gros succès public ne font pas toujours de très bons films : c’est pourtant le cas ici.

Il faut dire que tout est réuni : réalisation, scénario, interprétation et ambiance générale. L’interprétation est superbe avec un couple jeune beau, talentueux et magnifique, Joseph Fiennes et Gwynneth Paltrow. La réalisation est inspirée, superbe et élégante. Entièrement baigné d’une lumière dorée, le film passionne de bout en bout, grâce à cette ambiance chaude qu’il distille.

Viola sera Roméo, puis Juliette, pour inspirer finalement à l’homme qui l’aime le personnage principal de La Nuit des rois. Les glissements successifs ménagent de très jolis duos au cours desquels le grand William sera successivement Juliette, puis Roméo. Ce qui demeure, c’est l’amour de Shakespeare et Viola.

Une très grande réussite.

samedi 5 septembre 2026

Convoi exceptionnel

 


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Convoi exceptionnel (2019) de Bertrand Blier

Taupin, au milieu d’un flot de voiture pousse un caddie vide.

Foster l’interpelle en lui faisant remarquer qu’ils doivent aller tuer tout de suite un certain Le Réveillé. Taupin ne comprend pas au nom de quoi et Foster lui apprend que c’est au nom du scénario.

Mais on n’a pas donné à Taupin le scénario. Les deux hommes essaient de voler le scénario d’un passant, mais ils échouent.

Ils sont donc tous les deux sur le scénario possédé par Foster.

Il y a 40 ans, un « quidam » (Michel Serrault) rencontrait Alphonse Tram (Gérard Depardieu) sur le quai désert de la station du (alors très récent) RER A « La Défense – Grande Arche ». Les deux hommes s’engueulaient à propos du couteau qu’Alphonse Tram possédait. Plus tard, Alphonse Tram sortait de la station RER de la banlieue où il habitait et, dans un couloir, il voyait le « quidam » en train de mourir avec son couteau dans le ventre.

C’était le début d’un film qui ne fit pas un succès foudroyant à l’époque, mais subjugua tous ceux qui s’étaient aventurés à aller le voir.

Depuis Buffet froid est devenu un film-culte, comme Tenue de soirée ou d’autres dont on se souvient moins comme Un, deux, trois… soleil, Merci la vie ! ou Notre histoire.

Bertrand Blier était le roi du scénario déjanté, hors norme, et ce qu’il apportait au cinéma français était unique.

Malheureusement, lorsqu’on écrit un truc dans le style des « cadavres exquis » chers aux surréalistes, ça peut donner des choses extraordinaires, pétillantes, éblouissantes… ou rien. Et ici, c’est rien !

Du coup, Blier se repose sur son (prestigieux) casting : Gérard Depardieu et Christian Clavier, et dans des rôles secondaires Farida Rahonadj, Alex Lutz et Audrey Dana, puis dans de très courtes apparitions Sylvie Testud, Louis-Do de Lencquesaing, Guy Marchand, Bouli Lanners jusqu’à celle dont la courte apparition est tout-de-même marquée par un « tunnel », Alexandra Lamy.

Et ils sont tous excellents !

Signe des temps et surtout, du temps qui passe : Blier (Bertrand) glisse, en guise d’hommage à la carrière de son immense papa Blier (Bernard) un clin d’œil en faisant chanter par Farida Rahouadj Danse avec moi, chanson de Francis Lopez et André Hornez que chantait Suzy Delair dans Quai des orfèvres d’Henri-Georges Clouzot dont les deux grands rôles masculins étaient interprétés par Louis Jouvet et… Bernard Blier.

Mais les « produits » ont beau être de très grande qualité, la tambouille de Blier ne prend plus.

Ça radote, ça piétine ! Blier fait du sous-Blier !

Lorsqu’on devient la propre caricature de ce qu’on a été, il vaut mieux arrêter.

vendredi 4 septembre 2026

Au-delà des montagnes

 


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Shan he guren (Au-delà des montagnes) de Jia Zhang-ke (2015)

En 1999, dans la petite ville de Fenyang de la province du Shanxi, au centre de la Chine, Tao est quasiment fiancée à son ami d’enfance Liangzi, mais elle est également courtisée par Zhang Jinsheng, son autre ami d’enfance.

Liangzi est ouvrier dans une mine alors que Zhang Shinseng, hâbleur et extraverti, veut avant tout faire fortune. Il rachète la mine où travaille Liangzi et le met dehors. Puis, il épouse Tao.

Quinze ans plus tard, le couple a divorcé et la garde de leur fils (que Zhang a finement baptisé Dollar) a été confiée à son père.

Dans Le Destin fabuleux de Désirée Clary, Sacha Guitry, qui s’amusait beaucoup à élaborer les génériques de ses films, plaçait le générique au milieu du film, très exactement entre deux époques de la biographie que « le maître » consacre au « grand amour » de Napoléon.

Et c’est entre deux des trois époques évoquées dans ce film-ci (la première et la deuxième) qu’intervient le générique, très succinct il est vrai, puisqu’il s’agît juste du titre du film.

Toute la première partie est donc une séquence pré-générique, mais ce n’est pas qu’à cause du générique qu’elle est perçue comme excessivement longue, c’est aussi parce qu’elle est… dilatée.

On se doute, dès le départ que Tao va lâcher Lianzi, le brave garçon, pour Zhang, le saligaud, crétin bourré de fric qui n’est étouffé, ni par les scrupules, ni par une intelligence excessive.

Aussi, les 40 minutes de cette première partie semblent-elles un peu trop longues.

Heureusement, elle est balayée par la deuxième partie (2014), la plus réussie et la plus passionnante sur les déboires d’une mère et de son fils, devenus étrangers l’un à l’autre.

Et dans la troisième partie, l’enfant, devenu adulte sera un étranger à la fois pour sa mère qu’il a oubliée et pour son père qui le renie, ce voyou plein de fric mais trop bête pour s’exprimer en Anglais en Australie (ce qui fait partie des invraisemblances que d’aucuns ont soulignées).

Le casting est éblouissant : Zhao Tao est Tao, Jing Dong Liang est Liangzi et Yi Zhang est particulièrement remarquable dans le rôle de Zhang Jinsheng, arriviste braillard qui devient ce pauvre taré méprisé par tous, riche, mais raté, ainsi que Sylvia Chang qui est Mia, la prof de chinois de Dollar (qui deviendra son premier amour…), sans oublier les deux interprètes de Dollar, le petit garçon qui n’est même pas mentionné au générique et Zijan Dong, Dollar adulte.

Le film sacrifie à la mode qui n’est pas désagréable (quand elle est justifiée, ce qu’elle est ici…) et qui semble venir du fameux Grand Budapest Hôtel d’Anderson : la première partie (1999) est au format standard, la deuxième (2014) est au format panoramique américain de 1,85 et la troisième (2015) est en scope.

Moins réussi que A Touch of Sin, Au-delà des montagnes nous offre tout de même de bien beaux moments.

La Consolation


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La Consolation (2016) de Cyril Mennegun

Enfant abandonné très jeune par une mère trop jeune, Daniel recherche celle-ci et finit par la trouver.

Mais il apprend son récent décès en même temps.

Il part assister aux funérailles et rencontre Françoise qui était la compagne de sa mère biologique.

Il y a sept ans, Cyril Mennegun avait réalisé Louise Wimmer, un très beau film sur la précarité qui sonnait juste et nous avait fait découvrir Corinne Masiero.

Le seul point commun entre les deux films, d’ailleurs, c’est elle.

Mais en dehors du réalisateur et de l’interprète, il n’y a rien de commun.

Un critique parle « d’austérité radicale », moi je parlerais plutôt d’« ennui abyssale ».

Même Corinne Masiero est atone. Quant à Alexandre Guansé, dans le rôle de Daniel, il semble avoir un certain talent pour le piano (mais on n’en est pas vraiment sûr, car il joue du piano « muet », dans des scènes aussi interminables que dénuées du moindre intérêt !) : qu’il s’attache au clavier et laisse tomber le métier d’acteur. Il est moins expressif qu’un tabouret de piano !

Woman at War

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Kona fer í stríð  (Woman at War) de Benedikt Erlingsson (2018)

Dans la campagne islandaise, une femme provoque un gigantesque court-circuit sur une ligne de haute tension.

La femme, c’est Halia, une cinquantenaire qui a décidé de ruiner l’industrie locale de l’aluminium.

Mais Halia veut adopter un enfant et elle doit aller en Ukraine chercher une petite fille qu’elle considère déjà comme sa fille.

Pour l’aider, elle a sa sœur jumelle Äsa et un « cousin putatif » Sveinbjörn.

Une fois n’est pas coutume : c’est mon entourage qui m’a survendu ce film.

Certes, Halia (comme sa sœur jumelle) est un personnage très sympathique, ainsi que son cousin putatif qui va s’avérer un complice sûr.

Mais après la scène d’ouverture, brillantissime, j’ai trouvé tout le reste poussif.

L’idée de faire jouer « la musique du film » en direct à l’image est certes drôle, mais s’avère extrêmement pénible au bout de trois ou quatre séquences.

Un film vite vu, pas déshonorant, aussitôt oublié !

dimanche 23 août 2026

The Shanghai Gesture

 


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The Shanghai Gesture (1941) de Josef Von Sternberg


Shanghai est une cité interlope et cosmopolite où règne le vice et la corruption. Miss Pomeroy, une toute jeune femme qui n’a rien d’une ingénue, est « sauvée » de la police par le docteur Omar qui l’emmène dans la maison de jeu de Mother Gin Sling.

Une autre jeune femme, d’allure plus bourgeoise, vient s’encanailler dans la même maison. Elle prétend se nommer Poppy Smith, mais elle est en réalité la fille de Guy Charteris qui représente un groupement d’intérêt qui a tout intérêt à faire fermer le cercle de jeu de Mother Gin Sling.

Celle-ci va s’employer à dominer Poppy par le jeu et par la drogue pour atteindre son père.

Délaissant les rondeurs tendres et généreuses de la douce Belle Watling de Autant en emporte le vent, la grandiose (et hélas méconnue) Ona Munson se glisse avec maestria dans les somptueux costumes de l’anguleuse et démoniaque Mother Gin Sling, rôle taillé sur mesure par Sternberg pour Marlene Dietrich.

Malheureusement, Ona Munson est plutôt mal entourée : Gene Tierney est grotesque, Victor Mature pitoyable et Walter Huston anémique. Entre la jeune bourgeoise seule, le séduisant docteur qui a le charme d’un lavabo et l’homme puissant et intègre qui s’avèrera un pourri de première, on patauge dans le lieu commun dans ce scénario insipide et sans surprise qui dénonce « l’enfer » (très hollywoodien, donc pas mal édulcoré) de ces cités de perdition qui répugnent et fascinent les Américains.

Le Congrès


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The Congress (Le Congrès) d’Ari Folman (2013)

La comédienne américaine Robin Wright n’a plus la côte de popularité qu’elle avait.

Le patron de la Miramount lui propose alors de la « scanner » pour qu’elle puisse tourner dans tous les films où on la désire, sans qu’elle ait besoin d’être là.

Elle doit disparaître pendant 20 ans et revenir comme invitée d’honneur du congrès Miramount-Nagasaki.

Je ne suis pas toujours du même avis que les critiques (c’est peu dire !).

Mais une grande majorité d’entre eux ont estimé que la première partie du film (la partie « filmée ») était une réussite alors que la deuxième (la partie « animation ») était un ratage confus et prétentieux.

Comme souvent, j’ai dormi pendant la projection et, principalement, pendant cette première partie.

En revanche, je n’ai pas du tout dormi pendant le salmigondis prétentieux que représente la deuxième partie « animation ».

C’est esthétiquement tout à fait quelconque. Quant au scénario, on dirait la cogitation conjointe d’un Yann Moix et d’un Francis Lalanne, filmé par un Claude Lelouch.

Non, je n’ai pas dormi pendant cette deuxième partie… Mais croyez bien que je le regrette !

samedi 22 août 2026

La Forme de l’eau


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The Shape of Water (La Forme de l’eau) de Guillermo del Toro (2017)

Elisa Esposito est femme de ménage dans un laboratoire ultra-secret. Nous sommes encore en pleine guerre froide, en 1963.

Depuis des années, elle est muette. Elle a deux amis : Giles, son vieux voisin, un graphiste homosexuel aussi seul qu’elle et sa collègue Zelda.

Un jour, on apporte un étrange caisson dans le labo où elle travaille.

Un officier brutal, Richard Strickland, accompagne ce caisson qui contient une créature étrange, capturée en Amérique du sud et qui était vénérée par les Indiens.

Bien sûr, la créature fait penser (et c’est volontaire) à L’Étrange créature du lac noir de Jack Arnold en 1954.

Le problème c’est que c’est le seul (très vague) intérêt du film. On a appris que Del Toro avait six ans quand il avait découvert le film d’Arnold.

Mais en 1954, L’Étrange créature du lac noir était une série B et c’est en tant que série B qu’on l’aimait. Traduit en série A, plus de soixante ans plus tard, sorti avec tambours, trompettes et oscar (en fait le plus prestigieux des oscars, celui du meilleur film !), on voit surtout une grosse production survendu et sans grand intérêt.

De plus, le film est passablement ennuyeux et traine en longueur.

Une femme muette tombe amoureuse d’une créature étrange (comme l’indique le titre français du film original), car c’est le seul être qui peut tomber amoureux d’elle.

Pour meubler sa coquille vide, Del Toro nous donne un agent de l’armée plus con que la moyenne, un vieil homme graphiste, artiste raté et homosexuel très triste et revenu de tout et une collègue-amie mal mariée à un sinistre crétin qui va s’avérer, en plus, passablement salaud.

Ils sont respectivement interprétés par Michael Shannon, Richard Jenkins et la grande Olivia Spencer qui nous a laissé les souvenirs de ses grandes interprétations dans Les Figures de l’ombre ou La Couleur des sentiments entre autres. Et ils sont tous parfaits comme est parfaite Sally Hawkins dans le rôle d’Elisa Esposito.

Mais faire de ce truc l’oscar du meilleur film !... Décidément, Hollywood ne s’arrange pas !