lundi 27 juillet 2026

Compliance


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Compliance (2012) de Graig Zobel

 Dans le fast-food dont Sandra est gérante, le vendredi soir est le moment le plus chargé de la semaine.

Alors que la soirée vient juste de commencer, Sandra reçoit un coup de téléphone d’un certain inspecteur Daniels qui prétend qu’une cliente est venue porter plainte : on lui aurait volé de l’argent dans son sac et l’auteur du forfait serait une employée de caisse.

Sandra se demande de qui il peut s’agir et cite le nom de Becky. L’inspecteur Daniels répond qu’il s’agirait bien d’une certaine Rebecca.

Il exige de parler à Becky et prétend que si l’argent est retrouvé avant sa propre intervention, les suites seront moins dommageables pour la jeune femme.

Il commence par demander à Sandra de pratiquer une fouille au corps sur la pauvre Becky qui nie en bloc avoir volé la moindre somme d’argent.

Lorsque le film fut présenté au festival du cinéma américain de Deauville, quelques spectateurs quittèrent la salle. Non que le film fût mauvais : Compliance est plutôt bien écrit et bien filmé, mais également anxiogène et manipulateur.

Et c’est bien là le problème ! Car Zobel est finalement aussi manipulateur avec nous, les spectateurs, que « l’inspecteur Daniels » peut l’être avec tous ses interlocuteurs sauf un, le petit ami de Becky qui refuse de rentrer dans le jeu. On soupçonne d’ailleurs que c’est lui qui appelle la police, la vraie pour que ça s’arrête.

Celui que nous continuerons d’appeler « Daniels » oppose son autorité à toute forme de résistance : « Je suis l’inspecteur Daniels. Appelez-moi monsieur ou officier » est la formule qu’il utilise chaque fois qu’il a un nouvel interlocuteur. D’emblée, l’interlocuteur en question « se place sous son autorité ».

De la même manière, Zobel oppose le sacro-saint « Cette histoire est tirée de faits réels » à toute velléité de doute.

Une fois de plus, on peut se poser la question de savoir, comme disent les paranos, « ce qu’on nous cache ».

Les fast-food (et c’est valable pour l’Europe puisque le concept de fast-food nous vient des Etats-Unis qui nous l’ont imposé en « package » avec leurs méthodes managériales pour le moins… contestable pour ne pas dire dégueulasses !), les fast-foods, donc, ne sont pas des entreprises qui se soucient du bien-être de leurs employés. Le rythme de travail y est assez frénétique pour ne pas dire hystérique et ne fait de place ni pour les états d’âme, ni, ce qui est plus gênant, pour les revendications. Bref, ce n’est pas le genre d’endroits où on prend le temps de penser.

Mais de là à oublier les droits les plus élémentaires du citoyen américain habituellement tellement attaché à la « Constitution of the United States of America » et surtout, à oublier que le poste de police se trouve à 800 mètres du restaurant paraît quand même un peu excessif, malgré la mention « basée sur des faits réels ».

Enfin, il serait trop facilement rassurant de « [feindre] de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays » (comme le dit Jean Cayrol dans Nuit et brouillard d’Alain Resnais, phrase qui est immédiatement suivi de celle qui conclut le film : « … et qui ne pensons pas à regarder autour de nous et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin »). Certes, nous sommes aux Etats-Unis et, qui plus est, dans un état plutôt « bouseux » l’Ohio.

Mais l’expérience de Stanley Milgram au début des années soixante nous a prouvé que tout cela n’était effectivement pas « d’un seul temps et d’un seul pays ». Cette expérience, du reste, fut reprise dans d’autres époques et d’autres pays, dont le nôtre : une chaîne de télévision nationale (France 2) diffusa le mercredi 17 mars 2010 (donc ici et presque maintenant) un reportage au cours duquel l’expérience Milgram était reproduite.

Rappelons que cette expérience consiste à prendre un sujet et à lui faire poser des questions à un autre sujet : si le « candidat » se trompe dans sa réponse, le « professeur » doit lui envoyer une décharge électrique allant de 15 à 650 volts. Aucun des cobayes ne dépassa les 450 volts : mais si le « candidat » (en réalité un comédien qui crie pour simuler la décharge qu’il est censé avoir reçue) avait été réel, il y aurait probablement eu des morts !

Cette expérience a été longuement expliquée dans l’un des bons films d’Henri Verneuil I comme Icare.

Toutefois, il est bien précisé que le « professeur » est plus implacable s’il n’y a pas de contact physique avec le « candidat », et surtout, bien sûr, lorsque les deux « sujets » ne sont pas dans la même pièce.

Mais dans le cas du film de Zobel, il y a bel et bien « contact » entre la victime (qui ici est réelle) et son tortionnaire « contraint », puisque le contact ira jusqu’au viol.

On apprend à la fin que « l’inspecteur Daniels » est, en réalité, un vendeur par téléphone ; vous savez, ces gens qui vous appellent et qui sont parfaitement formés à la vente forcée, ce genre de personnes qui vendraient des chaussures à un cul-de-jatte. Sans être particulièrement intelligent (mais peut-être l’est-il…), il peut se contenter d’utiliser ses « trucs » habituels pour rendre incontestable son autorité que personne, au demeurant, ne semble remettre en cause.

Et le spectateur se retrouve à penser : « Si c’était de la fiction, ce serait très mauvais, mais puisque c’est vrai !... » Ce qui se rapproche de la Sandra du film : « Jamais je ne ferai une chose pareille, mais puisque c’est un flic, un détenteur de l’autorité, donc de la vérité, qui me le demande… ! »

Compliance reste, malgré l’arrière plan nauséabond à plusieurs niveaux, un bon film intelligent dont l’ensemble du casting est superbe, sans effet de manche. Mais c’est une des choses les plus dérangeantes que j’ai vues depuis de longues années, j’oserai même dire… depuis Salo de Pasolini, à un niveau moindre tout de même.

Broadway Therapy


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She’s Funny that way (Broadway Therapy) de Peter Bogdanovitch (2015)

Arnold Albertson est un metteur en scène de Broadway. Avant que sa femme Delta Simmons n’arrive à New-York pour commencer les répétitions de la pièce de Joshua Fleet dont elle est l’interprète principale et dont Arnold est le metteur en scène, pour ne pas passer sa soirée seul, il décide d’appeler Vicky, comme il le fait chaque fois qu’il est seul à New-York.

Vicky est une maquerelle d’Escort Girls et elle lui envoie une call girl qui voudrait laisser tomber la prostitution pour devenir comédienne sous son vrai nom, Izzy Paterson.

Après avoir passé la nuit avec Izzy, Arnold retrouve Delta et Joshua.

Izzy se présente pour le premier rôle secondaire. Lorsqu’elle s’aperçoit que le metteur en scène est Arnold, elle voudrait partir, mais Delta et Josh, impressionnés par sa prestation, la retiennent, au grand dam d’Arnold.

Avant d’être réalisateur, Peter Bogdanovitch est historien du cinéma et, comme tous les historiens du cinéma, lorsqu’il réalise un film, il se croit obligé de fourrer des références un peu partout.

En 1971, j’avais vu The Last Picture Show (La Dernière séance) qui, comme l’indique son titre, se référait directement au cinéma. J’avais bien aimé le film, mais je n’en ai pas le moindre souvenir, si ce n’est que je l’avais vu au Studio Raspail, une salle que j’affectionnais particulièrement.

L’année suivante, je me souviens parfaitement, en revanche, de What’s Up Doc ? (On s’fait la valise docteur ?), hommage (et un peu remake aussi) de Bringing Up Baby (L’Impossible monsieur Bébé) dans lequel on pouvait voir Ryan O’Neal et Barbra Streisand plus drôles qu’ils ne l’ont jamais été.

Depuis, je n’avais plus rien vu et c’est sur le seul nom de Bogdanovitch que je me suis déplacé.

Soyons clair, c’est un peu une déception. Ça se veut du Woody Allen, mais c’est épais, ça louche sur Feydeau, mais c’est poussif. Rien à voir donc, ni avec l’un, ni avec l’autre.

Restent les péripéties drolatiques occasionnés par les relations entre les personnages : Arnold veut tromper sa femme avec une call girl qui se fait draguer par l’auteur de la pièce qu’il met en scène, auteur qui est, lui-même, le petit ami de la psy de la call girl et le fils d’un vieux détective privé chargé par un vieux client de ladite call girl de la surveiller.

Ce n’est pas déplaisant, on rit un peu, c’est assez pataud et c’est vite oublié.

C’est assez bien joué : Jennifer Aniston, descendue par la critique, est, en ce qui me concerne, la meilleure du film en psy complètement allumée et idiote, elle est même assez inoubliable, contrairement au reste du film.

Onen Wilson, « piqué » chez Woody Allen, est toujours aussi mou de veau.

dimanche 26 juillet 2026

Les Complexés

 


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I Complessi (Les Complexés)

de Dino Risi, Franco Rossi et Luigi Filippo d’Amico (1965)

Una Giornata decisiva (Une journée décisive) de Dino Risi - Raganelli participe à une journée organisée chez le patron de la société où il travaille. Il a décidé de déclarer sa flamme à la belle Gabriella. Il commence par se mettre à côté d’elle dans le car.

Il Complesso della schiava nubiana (Le Complexe de l’esclave nubienne) de Franco Rossi - Le professeur Gildo Beozi est l’austère père d’une famille déjà nombreuse (4 ans de mariage et son quatrième enfant sur le point de naître) et un très scrupuleux rapporteur des finances du marché commun. Il fait vivre sa famille à son rythme et dans des principes moraux très rigides. Mais une lettre lui apprend que sa femme a, quelques temps avant leur mariage, tourné un film de style « Peplum rose » dans lequel on entrevoit les seins de la très vertueuse épouse du très vertueux professeur.

Guglielmo « il dentone » (Guglielmo « les dents longues ») de Luigi Filippo d’Amico - Lors d’un concours qui décidera du prochain présentateur du journal télévisé du soir, il ne reste que douze candidats dont onze pistonnés et un candidat particulièrement brillant, mais doté d’une dentition quelque peu « excessive ».

C’était la grande époque à la fois des comédies italiennes et des films à sketches. Dans un cas comme dans l’autre, il y a eu des chefs d’œuvres.

Ce n’est vraiment pas le cas ici : le premier sketch est calamiteux, le deuxième banal et très lourd et le troisième, vaguement intéressant.

Une Journée décisive est tiré d’un sujet qu’ils se sont mis à trois à écrire (Ruggero Maccari, Ettore Scola et Marcello Fondato) et c’est Risi qui réalisa. C’est tout de même beaucoup pour cette petite chose grotesque : selon l’humeur, on peut la résumer ainsi : un abruti particulièrement lâche n’a pas le courage de défendre la femme dont il est censé être amoureux, ni celui de repousser les avances « matrimoniales » de la vieille fille de l’entreprise. C’est crapoteux, lourd et d’un cynisme putassier et nauséabond.

Le sujet et le scénario du Complexe de l’esclave nubienne est d’Age et Scarpelli. Il est réalisé par Franco Rossi et bien supérieur au sketch de Risi. Moins étiré et surtout moins outré, il aurait pu être bon.

Guglielmo il Dentone, écrit par Rodolfo Sonego et Alberto Sordi, est réalisé par Luigi Filippo d’Amico. C’est le plus réussi des trois sketches, mais lui aussi est trop caricatural.

On l’aura compris, malgré l’interprétation de Nino Manfredi, Ugo Tognazzi et Alberto Sordi, ces Complexés n’arrivent pas à la cheville des trois classiques du genre, tous trois de Dino Risi : Les Monstres, Les Nouveaux monstres et, encore moins, de Vedo nudo (Une poule un train et quelques monstres), ce chef d’œuvre d’humour qu’aucune chaîne n’a eu la bonne idée de passer depuis plus de vingt ans.

samedi 25 juillet 2026

Shokuzai – celles qui voulaient oublier

 


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Shokuzai (贖罪) 2 (Shokuzai – celles qui voulaient oublier)

de Kioshi Kurosawa (2012)

 Quinze ans après le meurtre d’Emili, Akiko et Yuka ont décidé de ne plus y repenser, car elles sont sûres que c’est ainsi qu’elles échappent à la malédiction d’Asako, la mère d’Emili.

Mais elles n’y échapperont pas.

Et, curieusement, c’est Yuka qui mettra Asako sur la piste du meurtrier de sa fille, un homme qu’elle a bien connu.

La première partie du film est construite sur le même modèle que la deuxième partie du film précédent.

On y voit ce que sont devenues Akiko et Yuka, celles qui voulaient oublier.

Mais cette partie de l’histoire est trop vite expédiée au profit de l’explication : on y apprend qui est l’assassin et quels sont ses rapports avec Asako et Emili.

C’était bien Emili qui était visée et elle n’a pas été choisie au hasard.

Malheureusement, ces révélations en forme de coups de théâtre à répétition alourdissent le propos et on ne retrouve pas tout à fait dans Shokuzai 2 la rigueur qui faisait le charme du premier opus.

dimanche 19 juillet 2026

Shokuzai – celles qui voulaient se souvenir


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Shokuzai (贖罪) 1 (Shokuzai – celles qui voulaient se souvenir)

de Kiyoshi Kurosawa (2012)

 Quatre fillettes inséparables adoptent Emili, une nouvelle venue dans leur école.

Alors que les cinq gamines jouent ensemble, un inconnu qui prétend avoir perdu son chemin demande à Emili de l’accompagner.

Un peu plus tard, les quatre amies découvrent le cadavre d’Emili.

Asako, la mère d’Emili, conjure les quatre amies de dénoncer le coupable qu’elles ont vu, mais les petites, traumatisées, ne peuvent se rappeler le visage du tueur.

Asako les condamne à subir toute leur vie une pénitence pour avoir manqué à leur devoir vis-à-vis d’Emili.

Quinze années passent.

Sae, qui cherche à se souvenir, est courtisé par un jeune homme riche qui veut l’épouser.

Dés le premier plan, on est pris dans cette sorte de « tourmente zen » : car pas un cri n’est poussé, pas une seule crise d’hystérie.

Mais les quatre gamines sont bel et bien maudites, en éternelle pénitence.

Asako va venir les hanter comme si elle était le fantôme de sa gamine. Et on se prend même à se demander si ce fantôme n’est pas plutôt un fantasme des petites filles devenues jeunes femmes, une hallucination provoquée par le traumatisme et la mauvaise conscience qu’Asako a su leur insuffler pour venger sa fille.

Dans cette première partie, c’est ce qu’on ressent et c’est ce qui en fait le prix.

Sae et Maki, les deux filles « qui veulent se souvenir » vont pouvoir ainsi, au nom de leurs mauvaises consciences, accomplir (pour le coup sans mauvaise conscience aucune !) des crimes autrement plus graves que celui de ne pas se souvenir du visage d’un assassin !

Sans effet, sans cri, sans tape-à-l’œil, la mise en scène de Kurosawa est aussi implacable que le désir de vengeance d’Asako dans cette première partie qui ne dit pas tout de l’histoire.

Et, curieusement, c’est ce mystère non résolu qui donne au film toute sa valeur.

dimanche 12 juillet 2026

Sous surveillance

 


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The Company You Keep (Sous surveillance) de Robert Redford (2012)

 A la fin des années soixante, alors que la guerre du Vietnam faisait rage, de nombreux groupes de jeunes Américains opposés à cette guerre revendiquèrent une série d’actions plus ou moins violentes pour obliger le gouvernement à se retirer du conflit.

Parmi ces groupes, il y avait le Weather Underground.

Quarante trois ans plus tard, Sharon Solarz, une des membres du groupe, est arrêtée.

Ben Shepard, un jeune journaliste de Washington, commence à enquêter pour retrouver les autres membres du groupe. Il commence par s’intéresser à Jim Grant, l’avocat auquel Sharon Solarz a fait appel pour la défendre.

Très agréable à voir malgré une lenteur un peu plombante, le film de Redford ne laisse aucun souvenir, si ce n’est la beauté stupéfiante de la toujours grande Julie Christie.

D’ailleurs, une des grandes réussites du film, c’est le casting : Shia Labœuf, Redford lui-même, Julie Christie donc, Susan Sarandon (qu’on voit à peine), Stanley Tucci, Nick Nolte et Chris Cooper.

Les vieilles gloires jouent les ex-idéalistes désabusés et c’est une autre réussite du film qui, du coup, rate un peu le côté polar. C’est dommage !

Rendez-vous

 


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The Shop Around the Corner (Rendez-vous) d’Ernst Lubitsch (1940)


Dans un quartier populaire de Budapest, juste après un carrefour, se tient la boutique Matuschek et Cie, une maroquinerie où les six employés se bousculent plus que les clients. Le premier vendeur est Kralik.

Depuis quelques temps, il entretient une correspondance avec une jeune fille qu’il n’a jamais vue. Cependant, cette correspondance commence à prendre un ton plus passionné. Kralik s’en ouvre à son collègue et ami Pisovitch.

Klara Novak se présente à la boutique pour obtenir un emploi de vendeuse qu’elle réussit à arracher après avoir vendu une boîte à cigarettes « qui joue Les Yeux noirs chaque fois qu’on l’ouvre », objet réputé invendable par tout le monde dans le magasin.

Six mois plus tard, le stock de boîtes trône toujours, invendu, dans la vitrine. Kralik et Klara se chamaillent sans arrêt et monsieur Matuschek bat froid à Kralik.

Kralik essaie d’avoir une explication sur ce changement d’attitude, mais son patron l’éconduit.

Alors qu’il a donné rendez-vous à sa mystérieuse correspondante, Kralik a la très mauvaise surprise de voir son patron décider que la vitrine du magasin sera refaite le soir-même et il est obligé de rester ainsi que Klara qui, elle aussi, avait un rendez-vous.

Le générique commence par les premiers accords d’ Hotchi Tchornia, chanson tzigane que les Etats-uniens attribuent à tous les pays situés à l’est du Danube.

Cette chanson est celle que « joue » la boîte à cigarettes qu’on imagine d’un goût douteux. Et cette boîte est le fil rouge de tout le film, objet de litige, catalyseur des différentes attitudes des vendeurs face à monsieur Matuschek et à ses fameux « J’aimerais que vous me disiez ce que vous en pensez. Sincèrement. » qui provoque la fuite de Pirovitch, le jugement sévère de Kralik et le numéro de flagornerie de Vadas. C’est aussi ce qui fera engager Klara Novak.

Le premier argument est l’infidélité de madame Matuschek (personnage absent du film comme de la pièce), mais cet argument est résolu à la moitié du film. Le second est la correspondance entre Klara et Kralik.

Comme toujours chez Lubitsch, les situations sont exposées sans cet insistance si typique du cinéma hollywoodien (et pas seulement hollywoodien). Rien n’est laissé au hasard et cependant, tout est montré en finesse par petites touches (la « Lubitsch Touch » ?).

Que dire de la direction d’acteurs ? Comment évoquer la perfection ? James Stewart, Frank Morgan, Felix Bressart et William Tracy (l’inénarrable Pepi) sont d’une justesse qui devrait servir d’exemple. Joseph Schildkraut abonné aux rôles de méchants un peu précieux, fait partie des grands seconds rôles de la M.G.M. de l’époque (il était le duc d’Orléans dans la Marie-Antoinette de Woody S. Van Dyke).

Quant à Margaret Sullavan, elle joue son rôle sans aucun naturel avec une voix légèrement rauque qu’on imagine plutôt chez une star « glamorous ». Et on apprend pourquoi dans la dernière séquence du film, réalisant, du même coup, qu’au niveau des comédiens, c’est elle qui emporte le morceau.

Faire croire pendant tout un film qu’une comédienne est médiocre pour montrer à la fin que c’est elle qui domine la distribution, c’est peut-être aussi ça la « Lubitsch Touch ».

vendredi 10 juillet 2026

The Company Men


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The Company Men (2010) de John Wells

 Bobby Walker est, jusqu’à la caricature, le cadre supérieur américain type : maison somptueuse, Porsche neuve, inscription à l’année au Golf local le plus chic, arrogance…

Mais pour contenter les actionnaires et arrondir leurs dividendes, la société de transports pour laquelle Bob travaille doit « dégraisser ». Quelques cadres sont « sacqués ».

Bobby est inscrit à une agence d’aide à la recherche d’emploi et il est absolument sûr que le cadre brillant qu’il est trouvera du travail « chez la concurrence » et qu’il reprendra sa clientèle.

Il dédaigne l’offre de son beau-frère Jack qui se donne beaucoup de mal à faire vivre sa petite boîte de B.T.P.

Nous sommes ici en présence d’un blockbuster hollywoodien : alors, bien sûr, la pauvreté soudaine de Bobby Walker se limite à abandonner sa belle maison (une catastrophe !), son abonnement au golf (un déchirement !), sa Porsche  (un arrachement !) et l’oblige, lui et sa famille, à retourner vivre chez ses parents (une honte !).

Bref, tout ça est très relatif. Pas de soupe populaire, pas de « homeless », aucun signe de ce « misérabilisme » qui représente, malheureusement des personnes et des situations bien réelles, ce qu’on appelle « le quart-monde ». Et tout le monde sait que le quart-monde qui peuple « la plus grande démocratie du monde » qui est également la « première puissance mondiale », que ce quart-monde américain donc, est celui au sein duquel on trouve l’une des plus noires misères possibles dans un pays industrialisé et l’Inde, la Chine et le Brésil sont des pays industrialisés.

De plus, le film se termine bien puisque Bobby Walker retrouve du travail grâce à l’ex-bras droit de l’ex-patron, viré lui aussi, qui monte sa propre boîte. Et Bobby Walker retrouve toute son arrogance et cette morgue qui donne sérieusement envie de le baffer. On peut donc considérer que ce sale petit con n’a rien compris.

Et on a bien l’impression que cette arrogance du style « Allez, au boulot ! » est totalement assumée au premier degré par le scénario et la réalisation.

Rien à redire au niveau de l’interprétation : Tommy Lee Jones, Chris Cooper, Kevin Costner, Eammon Walker (ces deux derniers un peu empâtés depuis qu’on ne les avait vus) et surtout Ben Affleck sont parfaits.

Et parmi tous ces licenciés, il y a tout de même un suicide, mais le film reste un produit aseptisé manquant un peu de méchanceté et qui se laisse regarder sans déplaisir jusqu’à ce que ce happy end, à la fois invraisemblable et convenu, ne laisse une mauvaise impression.

mercredi 8 juillet 2026

Trap Street


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Shuiyin Jie (Trap Street) (2013) deVivian Qu

 Qiuming Li est géomètre. Il fait des relevés topographiques des rues avec son collègue Sheng Zheng.

Un jour, il remarque une belle jeune femme qui disparaît dans une rue adjacente.

Il est subjugué et va tout faire pour la retrouver.

Mais lorsqu’il la retrouve, elle oublie dans sa voiture une clef USB qui va valoir beaucoup d’ennui à Li.

Il y a quelques décennies, le sujet aurait pu être la base d’un thriller palpitant : un jeune géomètre tombe amoureux fou d’une jeune fille qu’il a croisée, mais la jeune fille travaille dans un milieu « sensible » et le jeune amoureux se piège lui-même et se retrouve soupçonné d’espionnage.

Dans une « démocratie » du type Chine Populaire, on peut imaginer que tout cela peut vous mener loin !

Malheureusement, Vivian Qu filme comme on filme aujourd’hui (Quelle horreur ! Je commence à avoir des discours de vieux con !), en délitant l’action et en la plombant de plans qui se veulent sur-signifiants et ne sont qu’exagérément étirés, même si on peut reconnaître à la jeune cinéaste un certain savoir faire.

Mais l’intérêt tombe rapidement devant ces longs plans inutiles, voire incongrus (certains plans de coupes sont entièrement indépendants du contexte) et il y a même des séquences entières dont on se demande si elles n’ont pas été prises d’un autre film et montées là par erreur.