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Spectre (007 Spectre) de Sam Mendès (2015)
James Bond est à Mexico. Il tue un mafieux italien qui s’apprêtait à commettre un attentat visant un premier ministre en visite.
Mais cette mission ne lui a pas été commandée par M ou, tout au moins, par le M actuel, mais bien par l’ancienne M qu’on a vu mourir dans la maison d’enfance de James Bond (« Skyfall »).
Sa mission-héritage l’obligeant à assister aux funérailles de sa victime, Bond se rend à Rome alors que son patron est en train de se battre contre C, nouveau patron du MI5 qui veut une fusion des MI5 et MI6 et la disparition pure et simple des double 0.
Pendant ce temps, James Bond, par l’intermédiaire de la veuve du truand italien qu’il a tué, apprend l’existence d’une organisation criminelle internationale très puissante et très dangereuse.
En apparence, il a changé de nom, il a un visage et il n’a plus de chat persan.
Dans James Bond 007 contre docteur No, l’opus 1 de la série, le méchant était ce fameux docteur No, interprété par Joseph Wiseman qui expliquait à James Bond qu’il était « Spectre n° 2 », c’est-à-dire une sorte de vice-président d’une organisation criminelle SPECTRE (SPecial Executive for Counter Intelligence, Terrorism, Revenge, Extortion devenu en français ou bien « Société Privée d’Etudes Combinant, Terrorisme, Revanche, Extorsion » dans les sous-titres ou bien « SPécialiste En Contre-Espionnage, acte de Terrorisme, Représailles et Extorsion » dans la V.F., « les quatre pierres angulaires du pouvoir » selon ledit Docteur No.
A partir du deuxième James Bond, Bons baisers de Russie, le spectre n° 1 apparaît, mais il n’a encore ni identité, ni visage. Il a juste une voix suave et un chat persan blanc qu’il caresse pendant qu’il ordonne des choses monstrueuses, souvent des assassinats. Il sera le véritable adversaire de James Bond pendant six des sept premiers James Bond, c’est-à-dire ceux dans lesquels 007 est incarné par Sean Connery et par George Lazenby, à l’exception de Goldfinger qui est le seul méchant qui ne fait pas partie du SPECTRE.
Ce n° 1 se verra attribué un patronyme et un visage dans l’opus 5, On ne vit que deux fois : c’est même lui qui prononce la formule éponyme. Le visage changera à chaque fois : ce sera celui de Donald Pleasance (On ne vit que deux fois), de Telly Savalas (Au service secret de sa majesté) et de Charles Gray (Les Diamants sont éternels). Mais l’identité reste la même, celle d’Ernst Stavro Blofeld, ennemi acharné de James Bond dont il a assassiné l’épouse. Mais lorsque Sean Connery disparaîtra de la « franchise EON » des James Bond, Blofeld et le Spectre disparaîtront également[1].
Pourquoi donc l’héritière Broccoli et Michael G. Wilson ont-ils décidé de faire réapparaître Blofeld et son organisation, le SPECTRE, 44 ans et 17 films après que James Bond l’a secoué comme une salade à l’intérieur d’une capsule sous-marine grâce à laquelle le criminel comptait « échapper à la justice » ? Et pourquoi dans ces conditions et avec tout cet attirail psychanalytique un peu… concon ?
Depuis que les deux époux-producteurs ont décidé que leur personnage, s’il voulait survivre devait « changer », ils ont multiplié les ruptures avec le « James Bond d’avant ». Engagement de Daniel Craig (en lieu et place de Pierce Brosnan) un James Bond blond aux yeux bleus, physiquement et psychiquement moins invulnérable, moins machiste : il peut tomber amoureux (Vesper Lynd dans Casino Royale) et même sembler sexuellement ambigu (que s’est-il donc passé il y a bien longtemps avec Raoul Silva, le méchant de Skyfall ?).
C’est justement dans Skyfall que ce James Bond, qui a un passé et qui a même eu des parents, nous est révélé et que cette machine à tuer acquiert un nouveau « grade » : il devient humain.
Mais il n’y a décidément rien à faire avec les producteurs américains : quand un « truc » marche, ils ne peuvent pas s’arrêter en se disant cinq secondes que c’est l’effet de surprise et « d’unicité » du « truc » en question qui en a fait le succès et ils se croient obligés de remettre le couvert.
Ici, malgré l’épaisseur du clin d’œil, on nous invente un lien quasi-familial entre James Bond et ce Franz Oberhauser qui se fera un devoir d’expliquer ce lien à James Bond qui, jusque-là, ne semblait pas avoir fait le rapprochement !... On peut faire preuve de négligence quand on écrit un scénario, mais un détail qui fait passer votre héros pour un crétin amnésique peut s’avérer fatal.
Or cet Oberhauser a survécu à une avalanche dans laquelle son père et lui-même sont censés avoir perdu la vie : en fait, le fils a tué son propre père parce qu’il lui préférait un garçon que la famille avait adopté et qui était… (roulement de tambour, je vous le donne en mille !) James Bond.
Du coup, Franz Oberhauser prend un pseudonyme, celui d’Ernst Stavro Blofeld. Dans la scène un peu lourde au cours de laquelle il explique tout ça, le chat persan blanc fait son entrée. La boucle est bouclée !
Alors certes, on ne s’ennuie pas ! Les nouveaux Q et M sont très efficaces. La durée du film est légèrement excessive (2h30), mais c’est devenu habituel depuis… Skyfall, même s’il vaudrait mieux que ça ne devienne pas une habitude récurrente, comme la plongée dans le passé de James Bond, d’ailleurs.
L’ouverture avec James Bond en cible sur le thème de Monty Norman fait son grand retour et pour la première fois depuis le début de « l’ére Craig ».
Il se trouve que cette année, est sorti le 5ème numéro de la franchise Mission Impossible, The Rogue Nation et on ne peut s’empêcher de repérer certaines « ressemblances scénaristiques » : les deux héros jouent, apparemment au grand dam de leurs hiérarchies respectives les « francs-tireurs » alors que les unités à laquelle ils appartiennent sont menacées de disparition par une tutelle soucieuse de faire des économies ou obéissant à des motifs beaucoup moins avouables. Dans les deux cas, l’indiscipline tant celle d’Ethan Hawke que celle de James Bond, pourrait bien servir de prétexte à leur éviction définitive.
Lequel des deux scénarios fut-il écrit en premier, je n’en sais rien, mais on peut se poser la question de savoir s’il n’y a pas eu espionnage entre Sony (Columbia) et Paramount. N’oublions pas que Sony a subi une cyberattaque qui a rendu public pas mal des « secrets » qui ont entouré l’écriture et la réalisation du dernier James Bond.
Toujours est-il que Rogue Nation, si on doit comparer, est quand même assez supérieur à Spectre.
Pourtant, le James Bond commence sur des chapeaux de roue avec ce long plan-séquence à Mexico, particulièrement brillant (les plans-séquences sont toujours brillants, à moins d’être complètement ratés…). On a su grâce (ou à cause) de cette affaire de cyberattaque qu’une séquence devait se situer à Mexico, mais qu’aucun des adversaires « méchants » de 007 ne devait être mexicain, moyennant quoi l’administration mexicaine s’est fendu de 14.000.000 $ (injecté dans le budget du film dont le total se monte à la bagatelle de 245.000.000 $, alors que Skyfall n’avait coûté, selon les estimations, « que » 100.000.000 $ ou 200.000.000 $, ou quelque chose entre les deux).
Monica Bellucci est décorative et Léa Seydoux, un tout petit peu plus. Après sa lamentable contre-performance dans le minable Big Eyes de Burton, Christoph Waltz s’en tire plutôt bien. Mais encore une fois et même si les aficionados de James Bond (dont je suis) ne s’ennuie pas, il serait peut-être temps d’arrêter l’introspection psychanalytique de « 007 ».
[1] Petite erreur de ma part : Blofeld réapparaît au tout début de Rien que pour vos yeux : il est précipité dans un puits par un hélicoptère piloté par… devinez qui !








