****
The Shop Around the Corner (Rendez-vous) d’Ernst Lubitsch (1940)
Dans un quartier populaire
de Budapest, juste après un carrefour, se tient la boutique Matuschek et Cie,
une maroquinerie où les six employés se bousculent plus que les clients. Le
premier vendeur est Kralik.
Depuis
quelques temps, il entretient une correspondance avec une jeune fille qu’il n’a
jamais vue. Cependant, cette correspondance commence à prendre un ton plus
passionné. Kralik s’en ouvre à son collègue et ami Pisovitch.
Klara
Novak se présente à la boutique pour obtenir un emploi de vendeuse qu’elle
réussit à arracher après avoir vendu une boîte à cigarettes « qui joue Les Yeux noirs chaque fois qu’on l’ouvre », objet réputé
invendable par tout le monde dans le magasin.
Six mois
plus tard, le stock de boîtes trône toujours, invendu, dans la vitrine. Kralik
et Klara se chamaillent sans arrêt et monsieur Matuschek bat froid à Kralik.
Kralik
essaie d’avoir une explication sur ce changement d’attitude, mais son patron
l’éconduit.
Alors qu’il a donné
rendez-vous à sa mystérieuse correspondante, Kralik a la très mauvaise surprise
de voir son patron décider que la vitrine du magasin sera refaite le soir-même
et il est obligé de rester ainsi que Klara qui, elle aussi, avait un rendez-vous.
Le générique commence par
les premiers accords d’ Hotchi
Tchornia, chanson tzigane que les Etats-uniens attribuent à tous les pays
situés à l’est du Danube.
Cette chanson
est celle que « joue » la boîte à cigarettes qu’on imagine d’un goût
douteux. Et cette boîte est le fil rouge de tout le film, objet de litige,
catalyseur des différentes attitudes des vendeurs face à monsieur Matuschek et
à ses fameux « J’aimerais que vous me disiez ce que vous en pensez.
Sincèrement. » qui provoque la fuite de Pirovitch, le jugement sévère
de Kralik et le numéro de flagornerie de Vadas. C’est aussi ce qui fera engager
Klara Novak.
Le premier
argument est l’infidélité de madame Matuschek (personnage absent du film comme
de la pièce), mais cet argument est résolu à la moitié du film. Le second est
la correspondance entre Klara et Kralik.
Comme
toujours chez Lubitsch, les situations sont exposées sans cet insistance si
typique du cinéma hollywoodien (et pas seulement hollywoodien). Rien n’est
laissé au hasard et cependant, tout est montré en finesse par petites touches
(la « Lubitsch Touch » ?).
Que dire de
la direction d’acteurs ? Comment évoquer la perfection ? James
Stewart, Frank Morgan, Felix Bressart et William Tracy (l’inénarrable Pepi)
sont d’une justesse qui devrait servir d’exemple. Joseph Schildkraut abonné aux
rôles de méchants un peu précieux, fait partie des grands seconds rôles de la M.G.M. de l’époque (il était
le duc d’Orléans dans la Marie-Antoinette de Woody S. Van Dyke).
Quant à
Margaret Sullavan, elle joue son rôle sans aucun naturel avec une voix
légèrement rauque qu’on imagine plutôt chez une star « glamorous ».
Et on apprend pourquoi dans la dernière séquence du film, réalisant, du même
coup, qu’au niveau des comédiens, c’est elle qui emporte le morceau.
Faire croire
pendant tout un film qu’une comédienne est médiocre pour montrer à la fin que
c’est elle qui domine la distribution, c’est peut-être aussi ça la
« Lubitsch Touch ».