mardi 3 novembre 2026

Le Serpent

 =


Le Serpent (1972) d’Henri Verneuil


A Orly, le colonel Vlassov, super agent du K.G.B., s’apprête à prendre l’avion pour Moscou lorsqu’il se réfugie auprès de la police française pour demander l’asile politique à l’ambassade des Etats-Unis.

Transféré au siège de la CIA, à Washington, il subit tous les tests d’usage pour s’assurer de la sincérité de sa demande d’asile. Un mois plus tard, il fournit à Davies, le directeur de la CIA, la liste complète des agents européens travaillant à la solde des soviétiques.

Davies se rend en Europe. Il arrive en Allemagne au moment où l’un des « traîtres » dénoncés vient de se suicider. Le lendemain, un autre agent allemand meurt « accidentellement ». A chaque fois, un mystérieux agent dont on ne voit que l’étui à cigarettes portant un monogramme qui représente un serpent, rôde dans les parages.

Arrivé en Angleterre, Davies confie à Philipp Doyle, numéro deux de l’Intelligence Service, le nom de deux agents anglais dénoncé par Vlassov. Doyle, qui est « le serpent », répète ces noms à Berthon, directeur du deuxième bureau, alors qu’ils assistent tous deux aux funérailles de l’un des « espions » allemands.

En fait, Berthon est lui-même sur la liste de Vlassov et, peu de temps après, les deux espions britanniques s’enfuient pour Moscou.

Evidemment, Berthon est soupçonné de les avoir prévenus et Boyle le pousse à s’enfuir lui aussi ; Berthon refuse et Boyle tente de le faire tuer.

Comprenant que Vlassov et Boyle ont monté toute cette histoire, Davies échangera Vlassov contre un pilote américain tombé « de l’autre côté du rideau de fer ».

Henri Verneuil, tout le monde le sait, est arménien et, comme tout Arménien exilé, il est à la fois anti-Russe, antisoviétique, anticommuniste... et très pro-Américain.

Ce qui aurait pu être un sympathique film d’espionnage de consommation courante devient alors un pensum propagandiste assez répugnant à la gloire de l’Oncle Sam et, ce qui est plus grave, de la CIA, dont les bureaux sont « reconstitués » à Billancourt et qui nous est présenté dans un style qui se veut documentaire et qui n’est que pompeux, le tout en version américaine avec traduction simultanée assez pénible.

De plus, Henry Fonda semble assez neurasthénique alors que Yul Brynner joue tellement faux qu’on sait depuis le début qu’il est en mission pour le K.G.B. Farley Granger joue les « utilités fugitives » et Virna Lisi est excessivement mauvaise dans un rôle ridicule de vamp de bazar. Quant à Dirk Bogarde, qui devrait être le prototype du British de carte postale, il est tellement mal dirigé qu’en fait de gentleman, on ne voit qu’une tarlouse guindée.

Côté français, c’est pire : passons sur Robert Party et Guy Tréjean qui sont sans doute les pires acteurs de leurs générations et qu’on n’engage, probablement, que lorsque tous les autres ont refusé le rôle. Michel Bouquet les rejoint allègrement ici : il faut dire qu’il incarne un personnage invraisemblable et ridicule dont il était impossible de tirer quoi que ce soit d’intéressant. Seul Philippe Noiret tire son épingle du jeu, ainsi que Marie Dubois qui ne fait pourtant qu’une brève apparition.

Et dans tout cela, il n’y a pas une once d’humour, volontaire s’entend : car si l’on est de bonne humeur, on peut rire beaucoup des invraisemblances et des maladresses d’un scénario mal fichu qui a, comme l’interprétation, la finesse d’un char soviétique, ce qui est le comble dans un film d’espionnage… antisoviétique !

Que ce soit l’effet sonore TRES appuyé sur le serpent de l’étui à cigarettes, Dirk Bogarde prenant une cigarette dudit étui uniquement « pour qu’on sache bien que c’est lui le serpent », puisqu’il n’allume pas la cigarette ou les cintres fabriqués dans le même alliage que les ailes du dernier supersonique soviétique (ultra-secret, bien entendu !), tout est stupide, appuyé, surjoué et mis en scène platement.

C’est encore plus invraisemblable que du James Bond et plus bête que du Tintin, en moins distrayant dans les deux cas. Car on s’ennuie ferme. L’américanophilie de Verneuil peut amuser un moment, mais elle agace très vite : pour parler des Etats-Unis, il n’est question que de « Liberté » et de « Paradis ».

La musique de Morricone n’est présente qu’au générique de fin et le compositeur italien reprend la partition de Il était une fois dans l’Ouest au carbone. On ne lui demandait d’ailleurs pas autre chose dans ces années-là.

Pour l’anecdote, on retiendra la dernière réplique de Yul Brynner à propos des cigarettes américaines (« Je les regretterai ! ») : l’acteur devait mourir douze ans après d’un cancer du poumon.

Bref, ce navet, on l’aura compris, est le très exact opposé, dans les films d’espionnage du chef d’œuvre de John Huston La Lettre du Kremlin.

lundi 2 novembre 2026

Crash


 *

Crash (1996) de David Cronenberg


James Ballard, producteur de cinéma, est victime (et responsable) d’un accident de voiture. Le docteur Helen Remington était dans l’autre voiture. Elle entraîne Ballard dans les expériences de Vaughan, fasciné par les accidents de voiture, principalement les célèbres (James Dean, Nathaniel West ou Jayne Mansfield).

La formule « Eros et Thanatos » a toujours fasciné et choqué. Peter Greenaway déclarait récemment qu’il n’existe que deux sujets : le sexe et la mort. Le film de Cronenberg fait penser aux photos de Rebecca Blake qui, en leur temps, choquaient et fascinaient, photos qui étaient signées Laura Mars dans Les Yeux de Laura Mars d’Irving Kerschner.

Crash a choqué, mais je ne pense pas qu’il ait fasciné et il est très ennuyeux.

dimanche 1 novembre 2026

Swing

 


**

Swing (2002) de Tony Gatlif

Max, en vacances chez sa grand-mère dans la banlieue de Strasbourg, commence à fréquenter la communauté manouche et il se prend de passion pour la musique rom et, tout particulièrement, le jazz gitan.

 

Il se prend aussi d’amitié pour Swing, une jeune Rom, qui lui fait découvrir le mode de vie, les traditions et la musique tsigane.

À une certaine époque, je suivais la carrière de Tony Gatlif, mais il faut croire que j’ai dû relâcher, car je n’ai aucun souvenir de la sortie (en 2002) du film.

« Ce serait l’histoire d’un petit garçon qui tombe dans une flaque d’eau et, à la fin du film, sa mère lui demande « Pourquoi t’es mouillé ? » ». C’est ainsi que Tony Gatlif lui-même résume son film.

Comme le film a été tourné en vidéo en 2002, l’image est très laide, ce qui est dû à la qualité (!) de la vidéo de l’époque.

À l’origine, Tony Gatlif avait le projet de réaliser un film sur Django Reinhardt avec le concours de Jean-Jacques « Babik » Reinhardt, le fils de Django, mais Babik est mort en 2001.

On peut rêver de ce que ça aurait pu donner, d’autant qu’un (très) mauvais film, Django a été réalisé en 2016 par Étienne Comar à propos du guitariste.

Ici, on a droit à un peu de musique (ce qui est bien !) avec la participation d’autres musiciens manouches dont Mandino Reinhardt, un lointain cousin de Django.

Mais on aussi droit (et c’est moins bien !) à tous les lieux communs sur la culture manouche ce qui est pour le moins curieux de la part de Gatlif qui s’est toujours fait le chantre de la culture rom.

Tony Gatlif est décédé le 2 septembre 2026. 

Les Basilischi

 


=

I Basilischi (Les Basilischi) de Lina Wertmüller (1963)

À Minervino Murge, petite ville du Basilicate, Francisco, Sergio et Antonio rêve de quitter leur province natale en ne faisant rigoureusement rien pour ça.

Même lorsque la tante d’Antonio qui vit à Rome veut entraîner son neveu à la capitale.

Mais il faut peu de temps au jeune homme pour revenir

En 1953, Federico Fellini réalise sur la côte adriatique en Émilie-Romagne, un chef d’œuvre du néoréalisme, I Vittelloni nommé dans la catégorie « Meilleur scénario » aux Oscars 1953 et titulaire du Lion d’Argent à la Mostra de Venise, la même année.

Dix ans plus tard, Lina Wertmüller qui fut l’assistante de Fellini, entre autres, sur Huit et demi réalise une sorte de « Vitelloni du Basilicate », un film passablement nul, sobrement intitulé Les Basilischi que pour des raisons personnelles évidentes, je me suis fait un devoir d’aller voir.

samedi 31 octobre 2026

Un cœur pris au piège

 


*

The Lady Eve (Un cœur pris au piège) de Preston Sturges (1941)


Sur le bateau qui le ramène aux Etats-Unis de retour d’une expédition en Amazonie, Charles Pike, héritier présomptif d’une fortune, fait la connaissance du « colonel » Harrington et de sa fille Jean, en fait, un couple d’escrocs.

Charles, qui n’a de passion que pour les serpents, tombe tout de même amoureux de Jean. Et comme elle n’est pas insensible au charme de Charles, elle décide d’empêcher son père de le plumer aux cartes, sa grande spécialité.

Charles demande Jean en mariage. Jean accepterait, mais son père la met en garde : comment réagira Charles, et surtout sa famille, lorsque Jean aura avoué qui elle est vraiment.

Mais Charles le découvre grâce au commissaire de bord. C’est la rupture. Le bateau arrive à New York. Vexé par le rejet de Charles, Jean décide de se venger.

Comme toutes les comédies de Sturges, cette bluette poussive sera encensée par les « jeunes loups » de la critique (Truffaut et autres), mais sur un ton quelque peu compassé, sans y croire vraiment, ce qui, une fois de plus, tend à prouver que ces grands esprits libres avaient, avant tout, l’esprit de chapelle.

Plutôt moins nul que Madame et ses flirts, cette comédie sans aucun rythme, contient quelques jolis moments comme les commentaires de Barbara Stanwyck sur les flirts potentiels du convoité Fonda qu’elle guette dans le miroir de son poudrier.

Stanwyck est excellente, mais Fonda est un peu godiche : il n’a jamais eu bea

dimanche 25 octobre 2026

Seules les bêtes


 ***

Seules les bêtes (2019) de Dominik Moll

Une femme a disparu dans un village isolé des Alpes.

Ni Michel, ni Alice, son épouse, ni Joseph, l’amant de celle-ci ne la connaissaient, pas plus que le gendarme Cédric Vigier. Pourtant, ils en sont tous, plus ou moins, responsables.

Mais c’est à des milliers de kilomètres de là que se trouve l’origine de cette disparition, sous le soleil de plomb d’Abidjan, bien loin des neiges alpines.

En 2000, Dominik Moll réalisait Harry, un ami qui vous veut du bien. Le film eut un énorme succès, tant public que critique bien qu’il soit reparti du festival de Cannes les mains vides.

Puis, ce fut un peu la traversée du désert avec trois films plutôt décriés par la critique et quelques épisodes de série télé.

19 ans plus tard, Dominik Moll revient en pleine forme avec ce « film-puzzle » qui me permit de terminer en beauté « mon année cinématographique » puisque Seules les bêtes fut bel et bien le film que je vis en dernier en 2019.

Harry, un ami qui vous veut du bien ne m’avait pas emballé plus que ça. Ici, je suis plus à mon aise.

Le film-annonce, déjà, intrigue et donne vraiment envie de voir le film (ce qui n’est pas toujours le cas, il s’en faut de beaucoup !) avec son mélange de montagnes enneigées et de rues ensoleillées d’Abidjan.

Mais ce qui pourrait n’être qu’un « truc » vaguement intrigant s’avère une vraie réussite : qu’est-ce qui peut bien faire qu’une action entreprise par un Ivoirien à Abidjan va impacter la vie de cinq habitants des Alpes dont trois paysans ?

Car le scénario-puzzle s’accommode particulièrement bien de cet « effet papillon ». Et lorsque toutes les pièces sont en place, on est ravi d’avoir été dupé !

Le casting est parfait : Denis Menochet, Laure Calamy, Damien Bonnard, Bastien Bouillon, Valeria Bruni-Tedeschi sans oublier Guy-Roger N’Drin dans le rôle d’Armand, le jeune Ivoirien et Nadia Tereszkiewicz qui défend bien mieux son personnage de Marion qu’elle ne défendait son rôle, beaucoup moins intéressant, il est vrai, dans le Persona non grata de Roshdy Zem.

vendredi 23 octobre 2026

Crashing Hollywood

 


*

Crashing Hollywood (1938) de Lew Landers (Louis Friedlander)

Un scénariste rencontre un couple de truands décidés à se ranger des voitures. il les engage pour l’aider à écrire des histoires de truands et le trio remporte un énorme succès avec les aventures du « Faucon ».

 

Naturellement, le personnage s’inspire d’un véritable gangster et le vrai « Faucon » prend ombrage de l’étalage de ses aventures en public. Il décide de régler le problème lui-même, d’autant que l’acteur qui l’incarne est son sosie. La police qui enquête sur les crimes du Faucon vient mettre son grain de sel dans l’affaire...

Les séries B ont leurs chefs d’œuvre : tournés rapidement et à moindre frais par de bons artisans ou par de futurs grands cinéastes débutants, elles offrent quelquefois de très jolies surprises.

De toute évidence, ce Crashing Hollywood n’en est pas une. Réalisation molle et scénario bancal donnent un film plein de longueurs, ce qui est le comble pour un film de 60 minutes. Si on ajoute à cela une interprétation globalement assez mauvaise (sauf, peut-être, Lee Tracy), il faut bien avouer qu’on s’ennuie ferme.

Seuls


***

Seuls (2017) de David Moreau

Leïla vit avec sa famille dans une « ville nouvelle ». Un soir, elle va se promener dans une fête foraine.

Lorsqu’elle se réveille le lendemain matin, sa famille a disparu, ainsi que, semble-t-il, le reste de l’humanité.

Cependant, elle ne tarde pas à rencontrer Terry et Camille, puis Dodj, puis Yvan.

Mais sont-ils vraiment seuls ? Et d’autres - éventuels ! - survivants sont-ils forcément leurs alliés ?

Depuis quelques années, certains films appartiennent à une nouvelle catégorie, l’adaptation de bandes dessinées.

Bien sûr, il y avait eu, dans les années 60, deux adaptations des aventures de Tintin dans deux films qui étaient des scénarios originaux : Tintin et le mystère de la Toison d’or et Tintin et les oranges bleues ne bouleversèrent pas franchement l’histoire du cinéma !

Puis, il y eut quelques tentatives isolées comme la Barbarella de Roger Vadim, film très plaisant, très léger et, tout de même, un des meilleurs films de ce pondeur de navets.

Mais ces dernières années, la démarche est tout autre, car il s’agit d’une véritable adaptation dont le créateur de la BD est l’auteur ou le co-auteur. Parmi ces adaptations, on peut en citer deux parmi les plus réussies : Quai d’Orsay (2012) de Bertrand Tavernier d’après Abel Lanzac et Christophe Blain et Rosalie Blum (2015) de Julien Rappeneau d’après Camille Jourdy.

Seuls est l’adaptation de la bande dessinée écrite par Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti. En fait, il ne s’agit pas d’UNE bande dessinée, mais d’une série de bandes dessinées, ce qui pourrait sous-entendre une suite pour ce film…

Mais ce serait une erreur, car, par le twist « presque » final, le film est bouclé et le mystère totalement éclairci.

En fait, le film surprend : tout d’abord parce qu’il est excellent et totalement réussi jusqu’à la séquence finale, précisément.

Où est passé le reste de l’humanité ? Que sont devenues les autres ? Qui est cette entité démoniaque qui veut les tuer ?

La résolution du mystère est logique et la seule résolution logique. Néanmoins, on ne le sait vraiment qu’à la fin. Petite réserve cependant : cette résolution, sans être elliptique, nous est montrée dans un montage un peu trop sec, notamment sur une affiche qu’on a à peine le temps de voir.

Autre réserve, mais plus grave : une séquence finale, à la fois pessimiste et emphatique qui louche franchement du côté de Hunger Games. C’est quand même dommage pour un film jusque-là très intelligemment mis en scène.

Et une fois de plus, on est frappé par le talent des jeunes interprètes : Sofia Lesaffre est Leïla, celle qui devient le leader, la cheffe alors que Stéphane Bak est Dodj, un « rebelle intelligent » qui sera sauvé par le groupe qu’il avait rejeté et pour lequel il ira jusqu’au sacrifice. Jean-Stan du Pac (Terry), Paul Scarfoglio (Yvan) et Kim Lockhart sont très bien dans des rôles plus convenus. Thomas Doret (Saul) et, surtout, Renan Madelpuech (Le Maître des couteaux) sont excellents dans les rôles respectifs de vrai et faux méchants.

Un bon film, une excellente surprise.

vendredi 16 octobre 2026

Crash Test Aglaé


 *

Crash Test Aglaé (2017) d’Éric Gravel

Aglaé travaille dans une usine qui effectue des « crash test » de collisions de voitures qui ont pour but d’améliorer la sécurité.

Arrivée très en retard ce jour-là, elle apprend par ses deux copines, Liette et Marcelle, que l’usine va être délocalisée en Inde.

Comme le prévoit la loi, les D.R.H. de l’usine lui propose un « poste équivalent » dans le pays où l’usine a été délocalisée, proposition qui est toujours rejetée par ceux à qui elle est faite.

Contre toute attente, Aglaé accepte d’aller travailler en Inde.

Eh oui, elle accepte ! Et ça, c’est de l’humour au 23ème degré !

Ce qui aurait pu être un film à l’humour décalé ou déjanté n’est plus que le récit poussif des aventures d’une pauvre gourde qui a le charisme d’un melon et un QI d’huitre !

Entretemps, le film navigue à vue (mais sans véritable perspective) entre la comédie loufoque, le conte philosophique et le road-movie. Dans les trois cas, c’est complètement raté !

Quelques gags nous font très vaguement sourire. Ils nous viennent de Yolande Moreau et Julie Depardieu, qui réussissent à tirer leur épingle du jeu, de même qu’Anne Charrier, la perverse DRH.

En revanche, India Hair a, ici, l’exact charisme de son personnage (voir plus haut). Je ne l’avais déjà pas adoré dans Rester vertical qui était tout de même bien supérieur à ce nanar.

mercredi 14 octobre 2026

Sept psychopathes


**

Seven Psychopaths (Sept psychopathes) de Martin McDonaugh (2012)

 Deux petits voyous discutent sur un pont de leurs méfaits (meurtres par balles) respectifs. Ils ne voient pas arriver un homme seul et masqué qui les tue (par balles) et jettent sur leurs cadavres une carte à jouer, le valet de pique.

Marty, scénariste hésitant, voudrait écrire avec son copain Bill, comédien médiocre et au chômage, une adaptation des 7 mercenaires, le mythique western de John Sturges qui s’intitulerait 7 psychopathes et dans laquelle le « tueur au valet de pique » serait le « Psychopathe n° 1 ».

Pour subsister, Billy enlève des chiens à Beverly Hills que son « employeur » Hans va restituer contre récompense à leurs propriétaires. Un jour, le hasard lui fait enlever le chien de Charlie, un caïd de la mafia, psychopathe et maladivement attaché à son chien.

Ecrit, semble-t-il à la va-vite, 7 psychopathes se veut une comédie-pastiche sur le thème des Sept mercenaires (les Américains ignorant, en général, que le thème est lui-même basé sur celui des Sept samouraïs de Kurosawa).

Soyons clair : le film qui nous occupe n’a rigoureusement à voir, ni avec le film de Sturges, ni, encore bien moins, avec celui de Kurosawa. C’est loufoque, pas vraiment mal fichu et la première heure est franchement drôle. Malheureusement, les cinquante minutes qui suivent pataugent lamentablement et on se dit que le réalisateur-scénariste, à force d’écrire n’importe quoi, s’est retrouvé face au mur et s’est demandé, à l’instar de ses personnages comment s’en sortir.

C’est donc à moitié plaisant et totalement oubliable.

mardi 13 octobre 2026

Coup d’éclat


 **

Coup d’éclat (2010) de José Alcala

 Fabienne Bouvier est capitaine de police à Sète. Comme dans toutes les villes portuaires, l’activité principale de la police locale, c’est la chasse aux sans-papiers.

Un soir, elle interpelle Olga une Russe qui la supplie de la relâcher pour qu’elle retrouve son petit garçon âgé de 4 ans. Olga réussit à s’enfuir.

Fabienne la retrouve le lendemain : elle est tombée du toit de l’immeuble qu’elle habitait et la policière se met en tête de rechercher le petit garçon.

A une certaine époque (pas si lointaine !), le cinéma français ne jurait que par Catherine Frot. En devenant très populaire, elle s’est mise à tourner un peu tout et, il faut bien le dire, n’importe quoi, jusqu’à une certaine Imogène de bien triste mémoire.

Du coup, elle s’est faite un peu plus rare et elle nous réapparaît avec ce polar dont la toile de fond rappelle le fameux Welcome de Philippe Lioret.

Coup d’éclat ne vaut, bien sûr, ni Avant l’aube de Raphaël Jacoulot, ni Où va la nuit de Martin Provost, les deux polars français réussis de l’année, mais il s’en approche pas mal. Une fois de plus, nous sommes en pleine ambiance Simenon, ni dans le « whodunit » à la Agatha Christie, ni dans le film noir façon Chandler ou Hammett.

Cette flic poissarde, alcoolique et un peu ratée, revenue de tout et écoeurée par tout le monde va s’attacher « post-mortem » à cette jeune Russe tout comme elle s’attachera « pot-mortem » à sa pauvre mère dont elle s’occupait plus par devoir que par amour filiale de son vivant.

José Alacala filme tout ça le plus naturellement du monde dans une Sète grise, froide et pluvieuse qu’on dirait située dans le nord de la France ou dans les Ardennes.

Et le personnage de Fabienne nous fait partager sa compassion pour tous les accidentés de la vie, ces gens dont personne ne veut jamais, nulle part.

Coup d’éclat n’est pas (comme son titre pourrait le faire penser !) un polar chatoyant et palpitant, c’est juste un de ces films où, à travers une mort suspecte et une disparition, on nous invite à fouiller les poubelles guère ragoûtantes (mais c’est le rôle des poubelles) de notre société bourgeoise, égoïste et frileuse.

lundi 12 octobre 2026

Shadows


*

Shadows (1960) de John Cassavetes


Deux frères et leur sœur, Ben, Hugh et Lelia, partagent le même appartement dans Greenwich Village. Hugh et Ben sont musiciens de jazz et Lelia voudrait écrire. Mais le vrai problème de leurs existences sont leurs rapports avec la communauté blanche.

On peut apprécier les images cafouilleuses (« l’authenticité »), le « non montage » plutôt pénible (« opposition de l’artiste à toute règle »), le jeu « naturaliste des acteurs » (« le refus de la fiction »), la faiblesse de l’interprétation (« une démarche anti-hollywoodienne »), l’indigence du « scénario » (un bien grand mot) et la lourdeur de « l’improvisation » de ce sous-Godard, plutôt bête et lourdingue, bref profondément américain.

On n’a pas le droit de dire du mal de Cassavetes en France. Alors, on prend des pincettes.

Mais on peut aussi ne pas prendre de pincettes et trouver tous ces ingrédients parfaitement indigestes. Si, si, on peut !

samedi 10 octobre 2026

La Cour de Babel


 ****

La Cour de Babel (2013) de Julie Bertucelli

 Une C.L.A.D., c’est une classe d’accueil, une classe de transition où on place des jeunes immigrés pour leur apprendre à s’exprimer en français avant de gagner les classes « normales » des collèges et des lycées.

Ils sont serbes, guinéens, irlandais, chinois. Ils ont entre 12 et 16 ans et sont arrivés en France récemment. Ils s’expriment mal en français.

Ils ont quelque fois vécu des drames, parfois rien de grave, ils espèrent rester en France pour la plupart.

Nous allons voir vivre dans cette classe pendant une année Alassane, Abir, Eduardo, Luca, Naminata, Marko et les autres.

Alors que les séries télévisées envahissent la fiction au détriment de films très chers (et très déjà vus), le documentaire grignote de plus en plus la place de la fiction sur « grand écran », termes désormais un peu vieillot dans la mesure où les écrans dits « petits » sont de plus en plus grands.

Et ce n’est que justice ! Car les documentaires sont parsemés de moments d’une grâce « de hasard » qu’aucun scénariste n’aurait pu lourdement élaborer.

Le magnifique Au bord du monde en est un exemple éclatant. Cette Cour de Babel aussi.

Certains spectateurs, ont objecté que La Cour de Babel était un « Feel Good Movie » sur une école dont, en réalité, on dit le plus grand mal puisque situé dans une Z.E.P. (Zone d’Education Priorité), foyer d’une certaine délinquance qui fait fuir tous les bourgeois (bobos et autres...).

C’est peut-être un peu vrai, mais c’est, en tous cas, une toute petite compensation par rapport aux émissions alarmistes et sécuritaires qu’on voit fleurir sur « les petites chaînes » de la T.N.T. et qu’on dirait coproduites par le F.N. et l’U.M.P.

Contrairement à ces « pseudos » documentaires stressants, La Cour de Babel est un film qui apaise, fait sourire et attendrit. Et il ya de quoi entre Youssef, le Marocain, qui trouve que « les autres », ceux des classes « normales », se prennent « pour des stars », Ramatoulaye, la Mauritanienne butée « qui ne s’entend bien qu’avec Dieu » (« Dieu n’est pas dans la classe ! » répond l’enseignante Brigitte Cervoni, remarquable prof d’une école républicaine et laïque), ou encore Alassane, la Malienne, remarquable petite nana rigolote qui voudrait faire du théâtre et raconte de façon (volontairement ?) décousue mais hilarante, comment sa famille l’a fait passer de la mosquée à l’église.

Certains de ces enfants ont quitté leurs pays un fusil dans le dos, mais ils n’en parlent pas : les grandes douleurs sont muettes !

On rit avec eux, on leur tient la main et on filme avec eux quand Brigitte Cervoni (dont c’est la dernière année d’enseignante puisque, promue, elle devient inspectrice des écoles) leur déclare, les larmes aux yeux, que, dans la carrière d’un professeur, on n’oublie jamais, ni les premiers élèves qu’on a eus, ni les derniers.

Et quand la même madame Cervoni fait dire à une jeune musulmane qui porte le foulard qu’elle fait ça pour être, enfin, une grande personne (le port du voile n’est pas obligatoire pour les petites filles), elle donne ce qui pourrait bien être souvent la réponse simple à une question que les populistes gluants nous présentent, depuis des années, comme le signe ostentatoire d’un repli communautaire.

Pour ce moment de grâce et tant d’autres moments, Julie Bertucelli, avec la complicité bienveillante de la formidable Brigitte Cervoni, nous fait un superbe cadeau en nous offrant ce film qui devrait être diffusé à la place de tous ces « documents pris sur le vif » où des écrivaillions besogneux au service d’une idéologie populiste et crapuleuse (peut-être bien celle de certains des détracteurs dont je parlais), filment en se collant de façon totalement obscène au cul de la B.A.C. (Brigade Anti Criminalité).

Les Sept voleurs


 *

Seven Thieves (Les Sept voleurs) d’Henry Hathaway (1960)


A Monte-Carlo, le professeur, ex-savant convaincu de vol, retrouve son ami Paul Mason qui sort de prison. Le professeur lui propose de participer à un hold-up dont l’enjeu est de quatre millions de dollars.

Les autres participants sont Raymond Lemay, le secrétaire du directeur du Casino de Monte-Carlo, Mélanie, une danseuse, Pancho, un saxophoniste, Hugo, un mécanicien, etc…

Paul n’accepte qu’à contre-cœur. Son attitude est assez agressive vis-à-vis des autres, excepté le professeur.

Le film de préparation de hold-up est un genre en soi, un genre qui demande un scénario à toute épreuve : il s’agit de tenir le spectateur en haleine pour un hold-up dont il sait très bien qu’il n’aura lieu qu’à la fin du film.

Ici, c’est presque pire. La préparation est longue et passablement verbeuse. Le hold-up lui-même manque singulièrement d’action et les rapports entre les personnages un peu trop convenus pour être vraiment intéressants.

Reste l’interprétation : Edward G. Robinson, Eli Wallach, Rod Steiger et Joan Collins sont parfaits.

Mais on ne peut s’empêcher à la fois de penser à l’Hathaway des Trois lanciers du Bengale ou du superbe Peter Ibbetson et de se donner bien du mal à essayer de ne pas y penser.

 

 

 

 

 

jeudi 8 octobre 2026

Coup de chaud

 


***

Coup de chaud (2015) de Raphaël Jacoulot

Ce petit village du Lot et Garonne a deux gros problèmes.

Le premier, c’est la sècheresse qui sévit depuis plusieurs semaines et risque bien de ruiner les champs de maïs de la région.

Le deuxième, c’est Josef Bousou, fils d’un ferrailleur tzigane. Josef est typiquement ce qu’on appelle l’idiot du village. Il n’a aucune autre activité que d’empoisonner l’existence déjà difficile des habitants du coin.

Aussi, dès qu’une malversation a lieu (vol d’une pompe à eau qui devait sauver les paysans, attouchements sexuels, réels ou supposés, sur une jeune fille), c’est Josef qui est accusé.

Daniel Huot-Marchand, le maire, essaie de calmer le jeu, mais il ne peut empêcher la grogne qui monte contre ce bouc émissaire, loin d’être le seul responsable de tout ce qu’on lui attribue.

En général, lorsqu’un film se situe « en milieu rural » (comme on dit à Paris) et qu’il y a un « idiot du village », tout le monde (antipathique) l’utilise comme bouc émissaire alors qu’il s’agit presque toujours d’un « idiot gentil », un crétin bonnasse, bon comme une pâte.

Josef, ici, est bel et bien l’idiot du village et il sert bel et bien de tête de turc. Mais la grande nouveauté, c’est qu’il n’est pas sympathique, potentiellement dangereux et souvent responsable de ce qu’on lui impute. Souvent, mais pas toujours !

Et puis, Josef est issu d’une famille rom et leur maison, leur cour surtout, ressemble à un terrain vague ou à une décharge, en plein centre du village.

De détail en détail, à force de coups de canif dans le règlement du scénaristiquement correct qui veut qu’une famille rom dont le fils est un peu neuneu sont des gentils martyrisés par une population raciste et haineuse et relégués dans une masure géographiquement éloigné du centre du village, Coup de chaud marque sa différence sans complètement tourner le dos à ces « idées reçues ».

Par cela même, le film fait montre d’une grande finesse et d’une grande intelligence.

La « résolution » de « l’énigme criminelle » est, à ce point de vue assez décevante, peu crédible, mais surtout, très peu importante, car on voit bien que ce qui intéresse Jacoulot, c’est l’ambiance qu’il plante avec une maestria assez bluffante. Il sait jouer de la sécheresse et de la chaleur du jour, comme il jouait de la neige et du froid de la nuit dans Avant l’aube (2010) son film précédent. Comme dans cet excellent film, le (grand) talent du réalisateur est parfaitement relayé par un casting impeccable et des personnages qu’on retrouve d’un film à l’autre, mais avec juste ce qu’il faut de différence.

A Bacri, en patron d’hôtel qui va s’avérer assez veule, succède Darroussin, en maire trop compréhensif pour régler les problèmes « comme il faudrait ». A Sylvie Testud, fliquette d’apparence déjantée à la Colombo, succède le personnage de Diane (Carole Franck) et son acharnement à charger Josef, aveugle au point d’oublier ce qu’elle sait déjà, à savoir que sa ruine  et celle des autres paysans intéressent « certaines personnes » dont Josef serait bien en peine d’être le complice.

Si on y ajoute Grégory Gatebois, Camille Figuerco et la grande (et trop rare) Isabelle Sadoyan, on a le casting idéal qu’il faut, bien sûr, couronner par Karim Leklou, stupéfiant en Josef et, il faut bien le dire, anti-Jacques Villeret dans L’Eté en pente douce auquel Coup de chaud fait vaguement penser tout en se situant quelques coudées au-dessus. Sans oublier, dans le rôle assez court de Josiane, la mère du neuneu, Serra Yilmaz, actrice d’origine turque qu’on espère revoir bientôt.

Coup de chaud pourrait bien être la révélation du mois, voire du trimestre.

mardi 6 octobre 2026

La Septième victime

 


*

The Seventh Victim (La Septième victime) de Mark Robson (1943)

(Ciné-Classics – 09/07/99)

Mary est avisée par la direction du collège où elle est pensionnaire que sa sœur Jacqueline a disparu et n’a pas donné signe de vie depuis plus de six mois.

 

Mary se rend donc à New York pour retrouver Jacqueline. Elle fait ainsi la connaissance du mari de Jacqueline qui a payé un détective privé dont l’enquête n’a donné jusqu’à présent aucun résultat.

Certes, l’atmosphère de pure style Lewton, soutenue par une image superbe de Nicholas Musuraca, promet dés le départ un somptueux polar de série B. L’interprétation est de grande qualité et la réalisation très efficace.

Mais si un bon scénario n’est pas l’assurance automatique d’un bon film, un mauvais scénario ne peut que donner un mauvais film. Psychologie improbable, péripéties invraisemblables, motivation des personnages très floue et ellipses totalement maladroites font de ce chef d’œuvre avorté une sombre histoire mystico-policière où une secte qui devrait être le sujet central de ce petit film complètement raté, se trouve reléguée au rang d’accessoire.

Corps étranger

 


***

Corps étranger (2016) de Raja Amari

Samia, comme beaucoup de Tunisiens, a traversé la Méditerranée sur une embarcation de fortune qui a coulé, heureusement pour elle, près du rivage français.

Elle monte à Lyon où elle retrouve Imed, un ami d’enfance, qui va l’aider. Mais Imed et ses amis sont très admiratifs pour le frère de Samia, un radicalisé en prison. Or, c’est Samia qui l’a dénoncé et elle a très peur qu’il puisse la retrouver. Elle évite donc ce milieu et cherche du travail.

Elle est engagée par Leïla une veuve qui vient de perdre son riche mari.

Leïla se retrouve un peu dans cette jeune Tunisienne un peu perdue. Elle décide de l’aider à avoir des papiers et les deux femmes deviennent amies.

La scène d’ouverture est la plus impressionniste du film. Nous savons tous, hélas que la Méditerranée est en train de devenir le plus grand cimetière du monde.

Nous voyons ceux qui sont en train de se noyer, les papiers d’identité, les passeports, des objets personnels, des photos, des petits souvenirs…

Samia s’en sort seule : elle a la chance d’être jetée sur la plage. Elle n’est donc pas « prise en charge » par des autorités.

Et ce qu’elle a fui, c’est l’intégrisme et l’intégrisme au sein de sa propre famille.

Bien sûr, lorsqu’elle retrouve Imed et ses « colocataires » à Lyon, elle perçoit chez eux l’admiration qu’ils portent à ce frère qu’elle a fui et pour lequel elle a risqué sa vie lors de sa traversée de la Méditerranée.

Plus finement que dans Secrets, Raja Amari fait durer le malaise jusqu’à ce que le malaise s’installe.

Samia est libre et sensuelle et elle joue sur l’attirance qu’elle provoque, que ce soit chez Imed ou chez Leïla. Or, il s’agit de trois personnes musulmanes dont un homme assez ambigu sur les rapports qu’il entretient avec le radicalisme.

Comme toujours dans ces cas-là, la direction d’acteurs est primordiale et elle est ici parfaite : Salim Kechiouche est très bien dans un rôle, hélas pour lui, un peu de faire-valoir. Sara Hanachi porte le film dont elle occupe pratiquement tous les plans et elle est excellente.

Evidemment, celle qu’on retient le plus, c’est la grande Hiam Abbass bien que son rôle de Leïla soit un peu sacrifié comme celui d’Imed, un rôle moins intéressant que celui de Oum Yazan qu’elle tenait dans Une famille syrienne.