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Sofia (2018) de Meryem Benm’barek
Sofia vit chez ses parents à Casablanca. Depuis quelque temps, la jeune fille de 20 ans ressent des douleurs insupportables à l’abdomen.
Sa cousine Lena l’accompagne aux urgences et le couperet tombe : Sofia a fait un déni de grossesse et elle accouche.
Mais Sofia n’est pas mariée et avoir un enfant hors mariage au Maroc est passible de six mois de prison.
L’hôpital lui laisse 24 heures pour fournir les papiers du père de l’enfant avant d’alerter les autorités.
Des quatre pays du Maghreb, le Maroc doit être aujourd’hui le plus rangé et le plus pourri politiquement.
Certes, l’Algérie est le plus corrompu et il règne une sorte d’anarchie de fait qui profite à toute la pourriture possible. La situation en Tunisie n’est pas très stable, mais il y règne, au moins, un semblant de démocratie depuis 2010[1].
La démocratie est absolument inconnu au Maroc. La dynastie Alaouite règne sur le pays et comme dans toutes ces dynasties, on mélange allègrement la corruption, la consanguinité, la torture et, surtout, un certain « faux-derchisme » au niveau des mœurs.
Sa majesté Mohamed VI est le descendant du prophète et commandeur des croyants. En tant que tel, il « veille » à ce que la moralité des Marocains soit irréprochable, alors que le pays est réputé pour une forme de tourisme sexuel, réservé à nos compatriotes plus ou moins friqués.
Et c’est dans ce pays où règne cette forme de prostitution à grande échelle que l’on voit certaines lois comme celle qui est la base du scénario de Sofia : une femme ne peut pas accoucher d’un enfant hors mariage.
Ici, tout est hypocrite et c’est ce que le film montre très bien. Il n’est question que d’honneur et de déshonneur dans le discours, mais, dans les faits, chacun manœuvre, ment et triche à commencer par Sofia elle-même.
Mais pour « protéger » l’ingénuité du spectateur, il fallait le point de vue du seul personnage pur de l’histoire, Lena, la cousine de Sofia qui va l’aider la protéger, se transformer en « faux chevalier » avant de découvrir qu’elle aussi s’est fait avoir et pas seulement par Sofia : la scène dans laquelle sa mère Leila lui apprend des choses sur sa propre vie est d’une force inouïe.
Maha Alemi est Sofia qui, sous des dehors de victime, va s’avérer être une manipulatrice. Lubna Azabal est Leïla, sa tante et la mère de Lena : on retrouve ici l’actrice remarquable d’Incendies qu’on avait également vu trop brièvement dans Lola Pater. Enfin, Sarah Perles est tout aussi remarquable dans le rôle de Lena.
Le reste du casting est à l’avenant dans ce drame au vitriol sur une des sociétés les plus hypocrites des pays musulmans où la concurrence est plutôt rude comme dans tous les pays où règne une religion d’état.
[1] Cette note date de 2018. On sait qu’en 2019 l’autocrate Kaïs Saïed est largement élu président de la République Tunisienne. La Constitution de 2014, très progressiste, a été abolie par lui.
















