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Colonia (2015) de Florian
Gallenberger
Nous sommes en septembre 1973. Lena est hôtesse de
l’air d’une compagnie qui fait le voyage Allemagne-Chili.
Grâce
à son travail, Lena rejoint son compagnon Daniel, également Allemand, qui est
étudiant à Santiago.
Le
jeune homme participe à toutes les manifestations de soutien au pouvoir menacé
de Salvadore Allende. Il est dessinateur et auteur de beaucoup des affiches
qu’on trouve dans les facultés.
Mais
un matin, le 11 septembre, l’armée dirigée par le général Pinochet prend le
pouvoir et les opposants sont arrêtés.
Daniel est
enlevé et Lena enquête pour le retrouver. Elle apprend qu’il est détenu dans le
nord du pays, à la Colonia Dignidad, une secte transformée en camp de
concentration au service du nouveau pouvoir et dirigée par un gourou allemand,
Paul Schäfer.
Une
fois de plus, nous sommes dans un film « basé
sur des faits réels ». Mais le scénario est complètement
invraisemblable.
De plus, cette production
franco-luxemburgo-allemande a été presqu’intégralement tournée… en anglais.
Seuls quelques soldats parlent espagnol pendant le putsch de sinistre mémoire.
Voilà donc un film qui parle du putsch
de Pinochet, commandité par les Etats-Unis et d’un camp de concentration, tenu
par un ex-SS devenu pasteur luthérien, recherché en Allemagne pour faits de
pédophilie et devenu homme de main du pouvoir militaire, bref, une histoire
passionnante, et ce film ne s’intéresse qu’à une romance nunuche.
D’ailleurs, le film occulte
complètement le passé de Paul Schäfer comme brancardier de la Waffen SS.
La Colonia Dignidad ne date pas du coup
d’état de 1973. Elle a été créée en 1961 par des « expatriés »
allemands, des Allemands arrivés au Chili (comme beaucoup d’autres en
Argentine) à la fin des années quarante, on ne sait pas trop pourquoi !...
La secte est, officiellement, une
colonie agricole. Elle est très protégée par le pouvoir et Schäfer, nostalgique
du 3ème Reich, y règne en maître absolu.
Après le coup d’état, la Colonia
Dignidad deviendra également un centre de torture, une usine d’armement et une
école d’entrainement.
En mars 1977, Amnesty International
publie une enquête très complète, mais l’antenne allemande de la colonie (eh
oui, il en existait une !) obtient d’un juge l’interdiction de diffusion.
La colonie a continué ses activités
encore trente ans. Elle est devenue un centre touristique en 2007 sous le nom
de Villa Bavaria (toujours l’Allemagne !).
La Colonia Dignidad a fait l’objet d’un
livre en français paru en 2004. Parmi les « titres de gloire » de la
Colonie, on mentionne même le passage du sinistrement célèbre Mengele. On
comprend donc que le fait que tout cela ne puisse servir que de toile de fond à
une histoire sentimentale « so romantic » peut agacer.
La mise en scène est très efficace,
sans génie excessif. Le suspense des dernières séquences est remarquable.
En résumé et compte-tenu des réserves
émises (sous exploitation de la réalité politique de l’époque et emploi de la
langue anglaise), le film se laisse voir, même s’il est très inférieur à ce
qu’on aurait pu en attendre.
Emma Watson est excellente et Daniel
Brühl est plutôt meilleur que d’habitude. Michael Nykvist interprète Schäfer et
il est tout à fait remarquable.
Mais celle qui m’a réellement
impressionné, c’est Richenda Carey, superbe dans le rôle de Gisela, la
garde-chiourme tortionnaire-victime de Schäfer. En plus de son extraordinaire
talent, c’est sa ressemblance troublante avec notre regrettée Bernadette Lafont
qui m’a troublé.
Ni déshonorant, ni remarquable, Colonia se laisse voir.