lundi 30 mars 2026

Sœurs d’armes


*

Sœurs d’armes (2019) de Caroline Fourest

Zara, jeune Kurde Yézidie, vit en paix avec sa famille dans son village du Kurdistan syrien.

Une rafle de daech a lieu dans son village. Elle est enlevée comme esclave sexuelle. Sa mère et son petit frère sont également enlevées. Son frère aîné parvient à s’enfuir et leur père est assassiné.

Kenza et Yaël arrivent de France : elles veulent se faire engager par l’armée kurde pour lutter contre daech. Elles seront sous les ordres de la Commandante.

Zara, qui est parvenue à s’échapper, est engagée dans le même détachement.

Comme on dit dans les médias, Caroline Fourest est une « personnalité clivante ».

Passionaria acharnée de la cause des femmes et des homosexuels et contre l’intégrisme religieux pour les uns, elle est la représentante-type du « prêt-à-penser » d’une « ultra-gauche » version soft, philosémite et, par voie de conséquence, islamophobe pour les autres.

Plus simplement, Caroline Fourest soutient des causes que soutiennent toutes les personnes censées ce qui lui permet de « plaire à tout le monde ». Mais voilà ! Plaire à tout le monde, c’est impossible et la polémiste aurait dû le savoir, car non seulement c’est impossible, mais ça l’a toujours été !

En fait, si Caroline Fourest veut être aimée par tout le monde, c’est qu’elle a beaucoup de mal à admettre la critique : d’ailleurs – je résume ! – ceux qui la critiquent sont « des cons » qui tiennent des « propos dégueulasses » et soutiennent les « thèses complotistes, racistes, antisémites, “djihadistes” » bref, l’injure suprême pour tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, « nazis » !

Partant de ce principe, pour la journaliste, polémiste et néo-réalisatrice de films de fiction, l’ensemble de la presse française est, probablement, digne du troisième reich.

  Qu’on en juge : « inégal et maladroit », « dialogues lourdauds », « pensum simpliste et indigeste », « où la mièvrerie le dispute à l’invraisemblance », « utilisation pompière du ralenti et de la musique », « qui englue le drame dans la guimauve », « spectacularisation balourde de la violence », « équivoque et embarrassant », « caricature du genre »

Soyons justes ! L’antipathie irrépressible que d’aucuns éprouvent pour la polémiste qui voudrait tellement être aimée a peut-être « orienté » les critiques vers plus de « malveillance » et le film n’est pas aussi mauvais que ce que tout le monde en dit.

Mais il est vrai que ce n’est pas très bon. Fourest n’évite aucun poncif et ne sait pas très bien réaliser. Certaines scènes plongent le film dans une épouvantable mélasse de ridicule comme l’évocation fredonnée du Bella Ciao, puis du Chant des partisans pour souligner que ces femmes sont des « antifascistes » comme les partisans italiens et les résistants français !

Reste un casting impeccable et un film qui, somme toute, se laisse voir… mais à peine !

Mais on a vu tellement pire !

samedi 28 mars 2026

En secret


 =

Circumstance (شرایط) (En secret) de Mariam Keshavarz (2011)

Atefeh et Shirin sont amies. Elles vivent à Téhéran.

Atefeh vit chez ses parents, des bourgeois aisés et assez libéraux, alors que Shirin vit chez son oncle depuis la mort de ses parents qui étaient opposants au régime des Mollahs.

Mehran, le frère d’Atefeh, revient chez ses parents Il semble bien que son absence l’a changé : il est devenu pieux et semble désapprouver la conduite de sa sœur et de Shirin qui fréquentent les soirées branchées (mais clandestines) de Téhéran.

Sans que sa famille le sache, Mehran a rejoint, en fait, la police des mœurs qui réprime très violemment tout ce qui ressemble à une velléité de liberté, principalement sexuelle.

De plus, Mehran est amoureux de Shirin qui, en fait, a des rapports sexuels avec Atepeh.

C’est très bien de ne pas être lourd, de ne pas répéter grossièrement les péripéties d’un scénario, d’être elliptique. Mais trop, c’est trop !

On sait juste que les parents de Shirin étaient des opposants au régime : mais qui étaient-ils, pourquoi étaient-ils opposants ? Ce n’est pas dit.

Il en va de même pour Mehran : quel est son parcours ? Comment se fait-il que ce garçon ex-junkie, élevé dans un milieu bourgeois et ouvert, au sein de cette jeunesse de Téhéran libre, branchée et, d’après les Mollahs, dévoyée, a pu devenir ce cureton pervers, travaillant (et encore, on n’en est même pas sûr !) pour la police des mœurs ?

A force de vouloir faire œuvre de finesse, Maryam Keshavarz devient transparente et, à force d’effleurer, elle ne touche pas.

Le seul point sur lequel elle insiste (lourdement, pour le coup),  ce sont les scènes de lesbianisme des deux héroïnes. Je ne sais pas si la chair est triste (hélas !...), mais ces petites scènes de cul sont, en tous cas, interminables.

Sofia


 ***

Sofia (2018) de Meryem Benm’barek

Sofia vit chez ses parents à Casablanca. Depuis quelque temps, la jeune fille de 20 ans ressent des douleurs insupportables à l’abdomen.

Sa cousine Lena l’accompagne aux urgences et le couperet tombe : Sofia a fait un déni de grossesse et elle accouche.

Mais Sofia n’est pas mariée et avoir un enfant hors mariage au Maroc est passible de six mois de prison.

L’hôpital lui laisse 24 heures pour fournir les papiers du père de l’enfant avant d’alerter les autorités.

Des quatre pays du Maghreb, le Maroc doit être aujourd’hui le plus rangé et le plus pourri politiquement.

Certes, l’Algérie est le plus corrompu et il règne une sorte d’anarchie de fait qui profite à toute la pourriture possible. La situation en Tunisie n’est pas très stable, mais il y règne, au moins, un semblant de démocratie depuis 2010[1].

La démocratie est absolument inconnu au Maroc. La dynastie Alaouite règne sur le pays et comme dans toutes ces dynasties, on mélange allègrement la corruption, la consanguinité, la torture et, surtout, un certain « faux-derchisme » au niveau des mœurs.

Sa majesté Mohamed VI est le descendant du prophète et commandeur des croyants. En tant que tel, il « veille » à ce que la moralité des Marocains soit irréprochable, alors que le pays est réputé pour une forme de tourisme sexuel, réservé à nos compatriotes plus ou moins friqués.

Et c’est dans ce pays où règne cette forme de prostitution à grande échelle que l’on voit certaines lois comme celle qui est la base du scénario de Sofia : une femme ne peut pas accoucher d’un enfant hors mariage.

Ici, tout est hypocrite et c’est ce que le film montre très bien. Il n’est question que d’honneur et de déshonneur dans le discours, mais, dans les faits, chacun manœuvre, ment et triche à commencer par Sofia elle-même.

Mais pour « protéger » l’ingénuité du spectateur, il fallait le point de vue du seul personnage pur de l’histoire, Lena, la cousine de Sofia qui va l’aider la protéger, se transformer en « faux chevalier » avant de découvrir qu’elle aussi s’est fait avoir et pas seulement par Sofia : la scène dans laquelle sa mère Leila lui apprend des choses sur sa propre vie est d’une force inouïe.

Maha Alemi est Sofia qui, sous des dehors de victime, va s’avérer être une manipulatrice. Lubna Azabal est Leïla, sa tante et la mère de Lena : on retrouve ici l’actrice remarquable d’Incendies qu’on avait également vu trop brièvement dans Lola Pater. Enfin, Sarah Perles est tout aussi remarquable dans le rôle de Lena.

Le reste du casting est à l’avenant dans ce drame au vitriol sur une des sociétés les plus hypocrites des pays musulmans où la concurrence est plutôt rude comme dans tous les pays où règne une religion d’état.



[1] Cette note date de 2018. On sait qu’en 2019 l’autocrate Kaïs Saïed est largement élu président de la République Tunisienne. La Constitution de 2014, très progressiste, a été abolie par lui.

vendredi 27 mars 2026

The Circle


 *

The Circle (2017) de James Ponsoldt

Mae est opératrice pour un organisme de crédit : elle reçoit les réclamations des clients mécontents.

Sa meilleure amie, Annie, travaille pour « The Circle », le réseau social le plus important du monde. Elle réussit à faire engager Mae.

Mae est folle de joie et pense que son nouveau travail, très bien rémunéré, va lui permettre de s’occuper de ses parents : son père a la maladie de Parkinson.

« The Circle » est très intrusif. Mae, très impliquée, joue le jeu.

Et gagne du galon…

A qui profite les « réseaux sociaux » ?

A ceux qui les ont inventés, à ceux qui les exploitent, aux publicitaires… Les « réseaux sociaux » sont gratuits et c’est sur lesdits réseaux qu’est apparu cet axiome « Si c’est gratuit, c’est vous le produit ! » et sa variante « Si vous ne payez pas pour ça, vous devenez le produit ».

C’est absolument exact, mais le penser, est-ce que ça n’est pas déjà un début de paranoïa, même si c’est vrai ?

Au jour d’aujourd’hui, les « réseaux sociaux » ont envahi la planète pour le pire, mais certainement pas pour le meilleur. Toutes les bassesses, toutes les peurs, toutes les paranoïas (Tiens, tiens, on y revient !) s’y affichent avec tout ce que ça entraîne de théorie du complot, de racisme et du fameux principe parano du Café du Commerce : « On nous cache tout, on nous dit rien ! », ferment malsain de tous les populismes.

Tout cela fait de ces « réseaux sociaux » des « réseaux asociaux ».

Ces réseaux sont à la base de quelques évènements. Pour le positif, la seule chose à laquelle on pense c’est le « printemps arabe » et quand on voit le résultat, on est en droit de se poser la question de savoir si on peut considérer cela comme positif !

Dans le négatif en revanche, plein de choses viennent en tête : le djihadisme (dont c’est le principal vecteur de recrutement), le « marquage » de population et, dans les dictatures, le repérage des « opposants », ceux que le grand démocrate Erdogan appelle des « terroristes ».

On attribue même à l’un de ces réseaux asociaux l’élection du 45ème et dernier en date président des États-Unis, un vieux fils à papa débile qui passe son temps à twitter « au lieu de faire son boulot » dit la presse américaine avec une belle (quasi) unanimité.

Bref, une fois de plus, comme les alchimistes transformaient le plomb en or, les marchands du temple ont transformé ce qui aurait pu être une belle invention en belle saloperie.

Et je n’ai même pas mentionné les incursions dans la vie privée !

C’est de cela qu’il s’agit ici : oui, après cette longue digression, j’en reviens au film dont je suis censé parler. Il faut dire… qu’il n’y a pas grand-chose à en dire !...

Le grand film sur les réseaux sociaux reste à faire : peut-être un documentaire…

Ce gros blockbuster lourdingue devient très rapidement très américon : tout est surligné, référencé à des personnages « existants ou ayant existé », mais qu’on ne peut pas citer (Ah les avocats !). Et c’est lourd, lourd !...

Le casting fait le job (comme les employés du Circle), mais sans conviction dans ce thriller poussif, plaisant en de très brefs moments, mais très très bête !

jeudi 26 mars 2026

Sol


*

Sol (2018) de Jézabel Marques

Solange Cortiz est, sous le nom de Sol, une célèbre interprète de chansons de tango à Buenos Aires.

Il y a quelques années, elle s’est brouillée avec son fils Raphaël quand il a épousé Eva. Mais alors qu’Eva était enceinte, Raphaël s’est tué dans un accident de voiture.

Sol revient à Paris pour rencontrer Jo, son petit-fils qui a maintenant 7 ans.

Mais elle ne sait pas comment se présenter à sa belle-fille qu’elle ne connaît pas. Et comme Eva loue un studio voisin de son propre appartement, Sol devient sa locataire sans dire qui elle est.

Encore une comédie française totalement oubliable et réalisé sur un argument de téléfilm lambda, tendance Joséphine, ange gardien !

Tout d’abord, on ne croit à aucun moment à Chantal Lauby en chanteuse de tango.

Bien évidemment, tout le scénario tient dans une fable, La Cigale et la fourmi qui nous est servi TRÈS lourdement pour nous intéresser à la fois à la cigale Chantal Lauby et à la fourmi Camille Chamoux.

Et tout est aussi lourd et téléphoné.

Cinq est le numéro parfait

 


*

Cinque è il numero perfetto (Cinq est le numéro parfait) d’Igort (2019)

Peppino Lo Cicero était tueur à gages pour la Camorra, mais il « a pris sa retraite » et passé le flambeau à son fils.

Son fils est tué « sur ordre », mais Peppino ne sait pas de qui. Du coup, aidé de son indéfectible ami Toto le boucher, Peppino fait un gigantesque massacre tant dans ce qui fut « sa famille » que dans les familles ennemies.

Et c’est ainsi que va se déclencher une gigantesque guerre camorriste.

Igort est un auteur de BD. C’est sa propre BD qu’il adapte ici et ça se voit !

Igor Tuveri (son nom) est un soixantenaire, auteur d’une quinzaine de bandes dessinées.

Ce qui fait le style d’un auteur de ce qu’on appelle – pompeusement et assez stupidement, en définitive – le neuvième art, c’est l’esthétique.

Et à ce niveau-là, le film est assez remarquable. On pense au premier long métrage de Lars Von Trier The Element of Crime devant lequel tout le monde s’était pâmé en 1984.

Moi, je ne m’étais pas pâmé, car le scénario ne tenait pas en l’air et la dramaturgie était assez lavasse. Seule comptait l’esthétique.

C’est pareil ici !

L’histoire ne casse pas trois pattes à un canard et, pour un film qui se veut « film noir », c’est juste bavard. Et, au bout du compte, tout cela donne un film crispant et ennuyeux.

Quant à Toni Servillo (que je supporte de moins en moins), il est aussi ridicule que son grotesque faux nez.

mercredi 25 mars 2026

Soleil noir


 =

Soleil noir (1966) de Denys de la Patellière


Rodier, un très riche homme d’affaires, est à l’agonie. Il demande à sa fille Béatrice de partir en Afrique chercher Guy, son fils aîné, avec qui il est brouillé depuis plus de vingt ans. Le vieil homme mourant craint la rapacité du reste de la famille qui ne manquera certainement pas de déshériter le paria.

 

Guy s’est réfugié à Tomba puisqu’il est condamné à mort par contumace en France pour avoir collaboré avec les nazis. Béatrice va tenter de ramener la brebis galeuse.

Denys de la Patellière avait la réputation d’être l’un des plus sinistres sous-marinier du cinéma français, une sorte de sous-Bernard Borderie, ce qui n’est pas peu dire. Tout de suite après Le Tonnerre de Dieu, il reprend son interprète principale (Michèle Mercier), son dialoguiste (Pascal Jardin), le scope, auquel il ajoute la couleur, et espère recartonner.

Mais l’exotisme de pacotille ne compense pas la trame du très joli roman de Bernard Clavel (qu’il avait d’ailleurs trahi) et Daniel Gélin, qui semble s’ennuyer autant que nous, ne fait pas oublier Gabin, même « gabinisant » à l’excès. Michel de Ré serait plutôt bien, mais Jean Topart est grotesque.

Jardin essaie, une fois de plus, de jouer les Audiard, mais il est aussi proche du dialoguiste des Tontons flingueurs qu’un substitut de repas peut ressembler à un confit d’oie. Bêtement roublard, sournoisement poujadiste et faussement insolent, ce sinistre nanar est un immonde brouet à oublier de toute urgence.

mardi 24 mars 2026

Cigarettes et chocolat chaud

 


**

Cigarettes et chocolat chaud (2016) de Sophie Reine

Denis Patar a fait la connaissance de sa compagne alors qu’ils étaient adolescents dans une manif.

Quelques années et deux filles plus tard, Denis est veuf et un peu submergé. Il doit mener de front l’éducation de ses filles et les deux boulots qui lui permettent de faire bouillir la marmite.

Du coup, la vie des trois ados (le père et les deux filles) tient beaucoup de la vie de bohème.

Et si l’amour est leur lien indéfectible, il ne fait pas tout et les services sociaux interviennent chez Denis.

Ils sont représentés par Séverine, une assistante sociale, qui va venir en « observation ».

Voilà un film très plaisant, pas prétentieux pour deux sous (ça fait du bien de temps en temps !) et nous offrant des personnages (et un casting) tellement alléchants.

Une fois de plus, Gustav Kervern nous refait le coup du gros nounours complètement débordé et Camille Cottin est, comme toujours, excellente.

Mais les grandes surprises, ce sont Héloïse Dugas et Fanie Zanini, les deux gamines. Après la jeune Jeanne Jestin dans Maman a tort, les gamins dépotent en ce moment !

En ce qui concerne le film, tout ça est très gentil, mais très vite oublié.

La Solitude des nombres premiers

 


**

La Solitudine dei numeri primi 


(La Solitude des nombres premiers)

de Saverio Costanzo (2010)

 En 1984, Mattia a huit ans. Il a une sœur jumelle, Michela, qui est autiste et que sa mère lui confie tout le temps au motif qu’il est le seul à pouvoir la calmer lorsqu’elle est en crise de panique.

Alice ne veut pas aller skier, mais son père, très autoritaire, ne l’entend pas de cette oreille.

En 1991, Mattia est un adolescent intraverti et Alice est rejetée par les autres filles parce qu’elle est « boiteuse ».

Alice et Mattia se rencontrent.

Le roman de Paolo Giordano racontait de façon linéaire les destins croisés d’Alice et Mattia, leur enfance, leur adolescence et leur rencontre, leurs amours inabouties et leurs retrouvailles après une longue séparation.

Mattia et Alice sont deux êtres brisés comme la sœur de l’un et la jambe de l’autre et ces fractures ne seront jamais réparées.

Costanzo, pour son quatrième film, fait le pari risqué de pulvériser la chronologie du roman en faisant un scénario puzzle.

Lorsque c’est réussi, un scénario puzzle peut donner un film fascinant. Mais l’exercice de style demande du doigté et une totale maîtrise de l’histoire et Costanzo s’est peut-être un petit peu trop surestimé.

De ce fait, il réussit un film maniériste (et un peu maniéré), mais lorsqu’on a terminé un puzzle, il est très désagréable qu’il vous reste des pièces et que vous ayez des trous qui ne correspondent pas à ces pièces.

C’est d’autant plus dommage que ses interprètes sont magnifiques et que sa mise en scène est époustouflante. Alba Rohrwacher (Alice adulte), Luca Marinelli (Mattia adulte), Arianna Nastro (Alice adolescente), Vittorio Lomartire (Mattia adolescent) de même que Martina Albano et Tommaso Neri (Alice et Mattia, enfants) défendent leurs personnages superbement. Isabella Rossellini (Adèle, la mère de Mattia) et Aurora Ruffino (Viola, l’amie perverse d’Alice) sont également grandioses, sans oublier Filippo Timi, le clown énigmatique et inquiétant, qu’on avait également apprécié dans Vincere de Marco Bellocchio et dans L’Heure du crime de Giuseppe Capotondi.

Avec cette mère (celle de Mattia) et ce père (celui d’Alice) qui vont, par leur autorité et par leur emprise, causer le malheur de leurs enfants (c’est Adèle qui « oblige » Mattia à toujours « sortir » sa sœur autiste et le père d’Alice est directement responsable de son accident de ski et de son infirmité), la scénario pouvait aller très loin. Mais le film se prend un peu les pieds dans se propres affèteries et même si on ne passe pas loin d’un excellent film, le résultat est raté. C’est dommage !

 

lundi 16 mars 2026

Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête

 


=

Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête (2017) d’Ilan Klipper

Il y a vingt ans, Bruno a écrit Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête et remporté un très grand succès avec.

Et depuis… plus rien !

Bruno se lève à deux heures de l’après-midi, vit en colocation avec une « Femen » et se sent oppressé par ses parents.

Il faut dire qu’ils sont très inquiets pour leur fils et ils débarquent un beau jour accompagnés de Laetitia, l’ex-épouse de Bruno et d’une autre jeune femme, Sophie Andrieu, un psychiatre que la mère de Bruno a amené pour qu’elle puisse faire « tout ce qu’il faut » pour faire interner Bruno.

Au vu des critiques fort élogieuses à propos de cette bouse (Eh oui, encore une !), nous sommes encore en présence d’une carte.

Ce petit nanar est une comédie pas drôle.

Toute petite satisfaction : ce… truc s’est mangé une tôle. Et on peut dire que, de tôle en tôle, ces sinistres ringards qui se prennent pour des producteurs finiront par être noyés dans les merdes qu’ils ont… produits.

Ici, on est quand même désolé de voir des comédiennes aussi estimables que Camille Chamoux, Maryline Canto et Michèle Moretti (qui, au milieu d’une filmographie abondante, n’en est malheureusement pas, à son premier nanar !).

En revanche le très médiocre Laurent Poitrenaux, lui, est tout à fait à l’image de la nullité du film.

En plus, le pas très doué Klipper nous l’impose en slip pendant une demi-heure, ce qui 1800 fois trop !

Dangereuse sous tous rapports

 


=

Something Wild (Dangereuse sous tous rapports) de Jonathan Demme (1986)

(Paris Première – 08/05/01)

Charles Driggs, cadre genre « yuppie » coincé, sort de son restaurant habituel sans payer la note, ce que Lulu a remarqué. Du coup, elle l’entraîne dans sa voiture et dans d’autres aventures pas vraiment intéressantes.

La renommée de Demme et de son Silence des agneaux ont bâtie pour ce film la réputation surfaite d’un film insolent « de qualité ».

Or, dans ce sous-produit, on a l’impression d’avoir affaire aux deux plus mauvais comédiens de leur génération. Mais, coup de théâtre, arrive le pire en la personne de Ray Liotta et ses jolis yeux bleus au vide sidéral à qui on fait traditionnellement appel lorsqu’on a besoin d’un mafioso à tendance psychotique.

Ce n’est ni fait, ni à faire, le scénario est d’une rare indigence et les dialogues sont affligeants.

Après le passage « comédie débridée », ça ne sait plus trop où ça va. Ça n’a d’ailleurs pas la moindre importance.

Ça commence comme L’Impossible monsieur Bébé, mais Mélanie Griffith n’est pas Katharine Hepburn. Quant à Jeff Daniels, ce n’est pas Cary Grant. C’est personne, c’est rien.

jeudi 12 mars 2026

Les Chansons que mes frères m’ont apprises


 =

Songs my brothers taught me (Les Chansons que mes frères m’ont apprises) 

de Chloe Zhao (2015)

Après la fin de ses études, Johnny est revenu à Pine Ridge, sa réserve indienne natale.

Il comptait bien partir vivre à Los Angeles avec sa petite amie, mais son père meurt.

Johnny ne peut pas abandonner sa petite sœur Jashaun.

Les « Américains » ont tellement asservi les « Amérindiens » (qu’ils appellent « Natives » avec un mépris d’anthropologue face à une « race » inférieure) qu’on a vraiment l’impression, comme c’est dit dans le film, que la vie amérindienne s’est arrêtée à Wounded Knee.

Depuis, leurs vies ne semblent pas très intéressante entre les petits trafics, l’alcool et la drogue.

Pourquoi, alors, bâtir un scénario et tourner un film sur ce vide ? Ce n’est certainement pas moi qui vous répondrais : je suis parti en courant une bonne demi-heure avant la fin !

mardi 10 mars 2026

La Cité de Dieu


*

Cidade de Deus (La Cité de Dieu) de Fernando Meirelles (2002)

Dans les années 60, les (nombreux) pauvres qui arrivent à Rio sont « logés » à « La Cité de Dieu », une favela pouilleuse où les bandes se forment, rackettent et tuent. Fusée, « trop faible et trop intelligent pour être un bandit » d’après son propre frère, ne veut pas être mêlé aux histoires de gangs. Il rêve de devenir photographe de presse.

Un autre gamin de son age, Petit Dé, va devenir, sous le nom de Petit Zé, un des deux caïds de la favela. L’autre caïd, un blanc, se fait appeler Carotte.

Bientôt, la guerre est déclarée entre les deux gangs.

… Et cette guerre des gangs va durer deux heures et quinze minutes. C’est long, trop long.

On sait que les grandes villes du nord de l’Amérique latine sont extrêmement dangereuses. On sait également que Bogota, Caracas et Rio de Janeiro détiennent le record mondial absolu de dangerosité, qu’on y tue pour trois fois rien et que les enfants sont à la fois les victimes et les caïds des gangs. Au niveau sociologique, La Cité de Dieu apporte un constat saisissant et terrifiant.

Mais au niveau cinématographique, le Rio de Meirelles est très loin de valoir le Mexico de Buñuel. Le Jaïbo de Los Olvidados était présenté comme une petite gouape, mais on comprenait pourquoi et comment il était devenu un sale type, un « chien galeux ». Le Petit Dé de La Cité de Dieu est un être gratuitement sadique, en tous cas présenté comme tel, et entre deux coups de feu, on ne peut pas saisir ses motivations ou comprendre le personnage. On a, du reste, assez de mal à comprendre quoi que ce soit dans ce scénario à la fois squelettique et haché, tourné à l’esbroufe et désespérément répétitif. On admire la direction d’acteurs (tous remarquables), mais on se prend à attendre désespérément qu’ils s’entretuent pour que le film puisse, enfin, se terminer.

lundi 9 mars 2026

Rodan


=

Sora no daikaijû Radon (空の大怪獣 ラドン) (Rodan) d’Inoshiro Honda (1956)


De vilaines bébêtes, du genre préhistoriques et sournois, terrorisent et tuent.

 

Elles font un petit encore plus méchant.

On peut y trouver un certain intérêt historique du fait que le réalisateur est l’inventeur de Godzilla et des films de monstres japonais.

On peut être cynique, mais pas trop regardant et se taper sur les cuisses au nom du 23ème degré.

On peut aussi trouver ça immonde, parfaitement ennuyeux, mal foutu, mal tourné et mal joué. C’est mon cas !

dimanche 8 mars 2026

La Chute de l’empire américain


 ***

La Chute de l’empire américain (2018) de Denys Arcand

Pierre-Paul Daoust, docteur en philosophie, est chauffeur-livreur.

Et c’est lors d’une livraison qu’il assiste à la fin d’un hold-up dans un magasin discount : il est témoin de la mort de deux personnes, un des braqueurs et un agent de sécurité, alors que le deuxième braqueur s’enfuit, blessé, en abandonnant les sacs contenant le butin.

Pierre-Paul s’en saisit et a le temps de déposer l’argent chez lui. Dans un premier temps, il profite de cette soudaine richesse pour se payer les services d’une somptueuse call-girl, Aspasie, une des plus chères de Montréal.

Comme il craint de se faire remarquer par la police (ce qui est déjà le cas avec la call-girl), il fait appel à un repris de justice, Sylvain Bigras, grand expert des placements financiers.

Le problème du film, c’est à la fois son titre et la façon dont il nous a été « vendu », y compris par Denys Arcand lui-même.

Le titre fait référence directement à La Chute de l’empire romain d’Edward Gibbon, ouvrage encyclopédique incontournable pour toute personne s’intéressant au sujet.

Mais pour le public, la vraie référence, c’est Le Déclin de l’empire américain, film du même Denys Arcand de 1986 qui fut suivi par un deuxième volet Les Invasions barbares, 17 ans plus tard qui mettait en scène les mêmes personnages.

Or ici, on nous présente le film dont il est question comme la suite des Invasions barbares alors qu’il ne s’agit pas des mêmes personnages. D’ailleurs, il n’y a que deux comédiens du diptyque qu’on retrouve ici, Remy Girard et Pierre Curzi, et les rôles qu’ils interprètent n’ont rien à voir avec les personnages qu’ils incarnaient dans les deux films précédents.

En dehors de cette petite ambiguïté, le film est une solide comédie policière, très drôle, dans laquelle le discours politique, comme toujours chez Arcand n’est jamais très loin.

Une bonne comédie, et celle-ci est bonne, se doit d’avoir le bon casting et, ici, les comédiens sont excellents : en dehors des deux arsouilles précitées (je parle de leurs personnages, bien sûr !) Sylvain « The Brain » Bigras et Maître Wilbrod Taschereau, il y a Alexandre Landry (Pierre-Paul), Maripier Morin, Aspasie/Camille, la call-girl au grand cœur, Louis Morisette et Maxine Roy, le duo de flics, très attachants au bout du compte.

Le film est mené tambour battant et le rythme gagnerait un peu sans la romance Pierre-Paul/Camille qui a un peu tendance à tout ralentir.

Mais tel qu’il est le film est drôle et passionnant.

samedi 7 mars 2026

Sorry, We Missed You

 


*

Sorry, We Missed You (2019) de Ken Loach

À Newcastle, Ricky et Abby forment un couple soudé avec leurs deux enfants, Seb et Liza Jane.

Abby est « aide à la personne » et s’occupe de personnes âgées. Ricky, après toute une série de petits boulots, est attiré par le nouveau « miroir aux alouettes » de l’époque numérique, « l’ubérisation », qui donne aux prolos le statut (et surtout l’impression) d’être son propre patron.

Abby vend sa voiture (dont elle avait pourtant un besoin impératif) pour que Ricky puisse acheter une camionnette, son instrument de travail.

Mais il va être pris dans un engrenage épouvantable dans lequel il doit courir tout le temps pour tout juste gagner de quoi vivre.

Ken Loach n’a jamais fait mystère de ses convictions politiques et de son radicalisme marxiste, depuis son premier film Poor Cow (Pas de larmes pour Joy) en 1967.

Mais Ken Loach, comme tout le monde, vieillit : il a eu 83 ans cette année. 33 films plus tard, les convictions sont intactes, mais son style « à la Dickens » est comme lui, il a pris de l’âge !

Et, surtout, ce qui est excessif est sans valeur. Depuis quelques années, Loach a tendance à surligner tout ce qui se rapporte à ce qu’on peut définir comme un néo-esclavagisme, mais souvent, il continue à y mettre un peu d’humour (comme dans Moi, Daniel Blake).

Dans ce film-ci, il ne met aucun humour : le premier tiers qui nous montre le discours mensonger et toxique des promoteurs de cette saloperie qu’on appelle « l’ubérisation » est ce qu’il y a de plus réussi, ainsi que l’impeccable casting.

Pour le reste, Loach a quand même beaucoup trop chargé la mule, cette fois-ci !

vendredi 6 mars 2026

Séjour dans les monts Fuchun


 $

Chun Jiang Shui (富春山居圖) (Séjour dans les monts Fuchun)

de Gu Xiaogang (2019)

Dans le restaurant qui appartient à l’un de ses fils, une femme fête ses 70 ans entourée de ses quatre fils, leurs compagnes et leurs enfants.

Mais au milieu de la soirée, la vieille dame a un malaise : elle est en train de faire un A.V.C. Du coup, elle doit être prise en charge par ses fils, mais les quatre hommes sont endettés.

Celui qui est propriétaire du restaurant, son fils aîné la prend tout de même.

Séjour dans les monts Fuchun, c’est d’abord un rouleau peint horizontal peint au 14ème siècle par Huang Gongwang.

Tel que je l’ai vu, le film m’a semblé décrire la vie de personnages dotés de caractères qui ont la finesses psychologique de personnages de séries TV.

Mais qui suis-je pour juger ? Je suis quelqu’un qui a dormi pendant la première demi-heure du film et a piqué quelques mini-roupillons pendant le reste du film.

Alors, à revoir… ou pas !...