mardi 17 février 2026

Spectre


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Spectre (007 Spectre) de Sam Mendès (2015)

James Bond est à Mexico. Il tue un mafieux italien qui s’apprêtait à commettre un attentat visant un premier ministre en visite.

Mais cette mission ne lui a pas été commandée par M ou, tout au moins, par le M actuel, mais bien par l’ancienne M qu’on a vu mourir dans la maison d’enfance de James Bond (« Skyfall »).

Sa mission-héritage l’obligeant à assister aux funérailles de sa victime, Bond se rend à Rome alors que son patron est en train de se battre contre C, nouveau patron du MI5 qui veut une fusion des MI5 et MI6 et la disparition pure et simple des double 0.

Pendant ce temps, James Bond, par l’intermédiaire de la veuve du truand italien qu’il a tué, apprend l’existence d’une organisation criminelle internationale très puissante et très dangereuse.

En apparence, il a changé de nom, il a un visage et il n’a plus de chat persan.

Dans James Bond 007 contre docteur No, l’opus 1 de la série, le méchant était ce fameux docteur No, interprété par Joseph Wiseman qui expliquait à James Bond qu’il était « Spectre n° 2 », c’est-à-dire une sorte de vice-président d’une organisation criminelle SPECTRE (SPecial Executive for Counter Intelligence, Terrorism, Revenge, Extortion devenu en français ou bien « Société Privée d’Etudes Combinant, Terrorisme, Revanche, Extorsion » dans les sous-titres ou bien « SPécialiste En Contre-Espionnage, acte de Terrorisme, Représailles et Extorsion » dans la V.F., « les quatre  pierres angulaires du pouvoir » selon ledit Docteur No.

A partir du deuxième James Bond, Bons baisers de Russie, le spectre n° 1 apparaît, mais il n’a encore ni identité, ni visage. Il a juste une voix suave et un chat persan blanc qu’il caresse pendant qu’il ordonne des choses monstrueuses, souvent des assassinats. Il sera le véritable adversaire de James Bond pendant six des sept premiers James Bond, c’est-à-dire ceux dans lesquels 007 est incarné par Sean Connery et par George Lazenby, à l’exception de Goldfinger qui est le seul méchant qui ne fait pas partie du SPECTRE.

Ce n° 1 se verra attribué un patronyme et un visage dans l’opus 5, On ne vit que deux fois : c’est même lui qui prononce la formule éponyme. Le visage changera à chaque fois : ce sera celui de Donald Pleasance (On ne vit que deux fois), de Telly Savalas (Au service secret de sa majesté) et de Charles Gray (Les Diamants sont éternels). Mais l’identité reste la même, celle d’Ernst Stavro Blofeld, ennemi acharné de James Bond dont il a assassiné l’épouse. Mais lorsque Sean Connery disparaîtra de la « franchise EON » des James Bond, Blofeld et le Spectre disparaîtront également[1].

Pourquoi donc l’héritière Broccoli et Michael G. Wilson ont-ils décidé de faire réapparaître Blofeld et son organisation, le SPECTRE, 44 ans et 17 films après que James Bond l’a secoué comme une salade à l’intérieur d’une capsule sous-marine grâce à laquelle le criminel comptait « échapper à la justice » ? Et pourquoi dans ces conditions et avec tout cet attirail psychanalytique un peu… concon ?

Depuis que les deux époux-producteurs ont décidé que leur personnage, s’il voulait survivre devait « changer », ils ont multiplié les ruptures avec le « James Bond d’avant ». Engagement de Daniel Craig (en lieu et place de Pierce Brosnan) un James Bond blond aux yeux bleus, physiquement et psychiquement moins invulnérable, moins machiste : il peut tomber amoureux (Vesper Lynd dans Casino Royale) et même sembler sexuellement ambigu (que s’est-il donc passé il y a bien longtemps avec Raoul Silva, le méchant de Skyfall ?).

C’est justement dans Skyfall que ce James Bond, qui a un passé et qui a même eu des parents, nous est révélé et que cette machine à tuer acquiert un nouveau « grade » : il devient humain.

Mais il n’y a décidément rien à faire avec les producteurs américains : quand un « truc » marche, ils ne peuvent pas s’arrêter en se disant cinq secondes que c’est l’effet de surprise et « d’unicité » du « truc » en question qui en a fait le succès et ils se croient obligés de remettre le couvert.

Ici, malgré l’épaisseur du clin d’œil, on nous invente un lien quasi-familial entre James Bond et ce Franz Oberhauser qui se fera un devoir d’expliquer ce lien à James Bond qui, jusque-là, ne semblait pas avoir fait le rapprochement !... On peut faire preuve de négligence quand on écrit un scénario, mais un détail qui fait passer votre héros pour un crétin amnésique peut s’avérer fatal.

Or cet Oberhauser a survécu à une avalanche dans laquelle son père et lui-même sont censés avoir perdu la vie : en fait, le fils a tué son propre père parce qu’il lui préférait un garçon que la famille avait adopté et qui était… (roulement de tambour, je vous le donne en mille !) James Bond.

Du coup, Franz Oberhauser prend un pseudonyme, celui d’Ernst Stavro Blofeld. Dans la scène un peu lourde au cours de laquelle il explique tout ça, le chat persan blanc fait son entrée. La boucle est bouclée !

Alors certes, on ne s’ennuie pas ! Les nouveaux Q et M sont très efficaces. La durée du film est légèrement excessive (2h30), mais c’est devenu habituel depuis… Skyfall, même s’il vaudrait mieux que ça ne devienne pas une habitude récurrente, comme la plongée dans le passé de James Bond, d’ailleurs.

L’ouverture avec James Bond en cible sur le thème de Monty Norman fait son grand retour et pour la première fois depuis le début de « l’ére Craig ».

Il se trouve que cette année, est sorti le 5ème numéro de la franchise Mission Impossible, The Rogue Nation et on ne peut s’empêcher de repérer certaines « ressemblances scénaristiques » : les deux héros jouent, apparemment au grand dam de leurs hiérarchies respectives les « francs-tireurs » alors que les unités à laquelle ils appartiennent sont menacées de disparition par une tutelle soucieuse de faire des économies ou obéissant à des motifs beaucoup moins avouables. Dans les deux cas, l’indiscipline tant celle d’Ethan Hawke que celle de James Bond, pourrait bien servir de prétexte à leur éviction définitive.

Lequel des deux scénarios fut-il écrit en premier, je n’en sais rien, mais on peut se poser la question de savoir s’il n’y a pas eu espionnage entre Sony (Columbia) et Paramount. N’oublions pas que Sony a subi une cyberattaque qui a rendu public pas mal des « secrets » qui ont entouré l’écriture et la réalisation du dernier James Bond.

Toujours est-il que Rogue Nation, si on doit comparer, est quand même assez supérieur à Spectre.

Pourtant, le James Bond commence sur des chapeaux de roue avec ce long plan-séquence à Mexico, particulièrement brillant (les plans-séquences sont toujours brillants, à moins d’être complètement ratés…). On a su grâce (ou à cause) de cette affaire de cyberattaque qu’une séquence devait se situer à Mexico, mais qu’aucun des adversaires « méchants » de 007 ne devait être mexicain, moyennant quoi l’administration mexicaine s’est fendu de 14.000.000 $ (injecté dans le budget du film dont le total se monte à la bagatelle de 245.000.000 $, alors que Skyfall n’avait coûté, selon les estimations, « que » 100.000.000 $ ou 200.000.000 $, ou quelque chose entre les deux).

Monica Bellucci est décorative et Léa Seydoux, un tout petit peu plus. Après sa lamentable contre-performance dans le minable Big Eyes de Burton, Christoph Waltz s’en tire plutôt bien. Mais encore une fois et même si les aficionados de James Bond (dont je suis) ne s’ennuie pas, il serait peut-être temps d’arrêter l’introspection psychanalytique de « 007 ».



[1] Petite erreur de ma part : Blofeld réapparaît au tout début de Rien que pour vos yeux : il est précipité dans un puits par un hélicoptère piloté par… devinez qui !

lundi 16 février 2026

Chez nous


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Chez nous (2017) de Lucas Belvaux

Pauline Duhez élève seule ses deux enfants. Elle est infirmière entre Lens et Lille.

Elle s’occupe aussi de son père veuf et retraité de la métallurgie, syndicaliste et communiste.

Comme elle jouit d’une grande popularité auprès de ses patients, Philippe Berthier, le médecin qui a soigné la défunte mère de Pauline, lui propose de briguer la mairie d’Hénard, le village qu’elle habite et où elle est née.

Or, Philippe Berthier ne cache pas ses amitiés politiques qui se situe plutôt « à droite de la droite » : il est cadre du « Bloc Patriotique » sous l’étiquette duquel serait présentée la candidature de Pauline.

Il y a fort à parier qu’aucun membre actif du Front National n’est allé voir le film.

Je ne dis pas ça parce que ledit Front est (presque) clairement désigné sous le « pseudonyme » de « Bloc Patriotique » qui ne trompe personne, mais parce qu’après une protestation de principe, les cadres du parti n’en ont plus parlé, sans doute aussi pour ne surtout pas lui faire de publicité.

« Bloc » au lieu de « Front », « patriotique » au lieu de « national », nous sommes bien loin de la simple « allusion » vacharde.

Bien sûr, le film est une fiction, il ne prétend pas être un documentaire. Mais certaines scènes sont troublantes comme celle du « barbeuq » où se lâchent ceux qui « ne sont pas racistes, mais… » ou, plus encore, cette séquence qu’on pourrait presque, pour le coup, qualifier de « documentaire » de la réunion de formation qu’on imagine… bien documentée : « N’employez jamais les termes “Bicot”, “Melon” ou “nègre”, mais restez silencieux si on les emploie devant vous », ou « Souriez, parlez doucement » ou encore « Soyez partout » où on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée (c’est probablement voulu par Belvaux) pour le sinistre torche-cul de triste mémoire qui sévit de 1930 à 1944 et fut particulièrement nocif sous la direction du minable collabo Brasillach pendant les trois dernières années de sa parution.

Evidemment, ce qui aurait pu choquer les cadres éminents de l’épicerie Le Pen, c’est que le film insiste sur la crasse brune qu’on trouve sans avoir à gratter très fort sous le ripolinage que la fille du vieil épicier a imposé au magasin quand elle a eu réussi à lourder le vieux maréchaliste : on a rafraîchi les gondoles, mais l’épicerie vend toujours la même merde.

Et c’est tout le sujet du film de Belvaux : les rapports troubles que ce parti « respectable » entretient avec la peste brune, que ce soit celle du présent à travers le personnage de Stanko ou celle du passé (on entrevoit un portrait d’Alphonse de Chateaubriant, président du groupe Collaboration pendant l’occupation et directeur de La Gerbe, l’autre torche-cul collabo avec… Je suis partout sur le manteau de la cheminée de Berthier).

Il est aussi question dans le film de « garder les mains propres et la tête haute », même quand on sait que, si la tête est restée invraisemblablement « haute », les mains ne sont franchement pas « propres ».

Bien sûr, Chez nous n’évite pas, par moments, les lourdeurs du film-thèse où chaque personnage est un symbole : Pauline (Émilie Dequenne) est la « nouvelle recrue », pas vraiment impliquée idéologiquement, alors que sa « copine » Nathalie (Anne Marivin) est une vraie militante bien qu’ayant rejoint le parti après Pauline. Nadia (Charlotte Talpaert) est, au contraire, la vraie passionaria de gauche, l’exacte opposée de Nathalie.

Philippe Berthier (André Dussolier) est le politicard gluant, mais avec de vraies convictions proto-fascistes et juste ce qu’il faut de mépris pour son propre électorat.

Jacques (Patrick Descamps), le père de Pauline, c’est le vieux cégétiste de la métallurgie, resté communiste alors qu’il a vu ses compagnons de lutte déserter pour grossir les rangs du « Bloc patriotique ».

Stanko (Guillaume Gouix), c’est le petit faf, très marqué par la proximité de la Belgique et du Vlam Block (Belvaux est Belge, ne l’oublions pas !).

Quant à Agnès Dorzelle, la femme forte blonde qui a succédé à son papa à la tête du parti qu’elle a voulu « rafraichir », si elle vous rappelle quelqu’un, n’hésitez pas à me le faire savoir ! Dans les réserves qu’on a pu émettre sur le film, il était beaucoup question d’une Catherine Jacob qui ne serait pas convaincante. Or, il est quasiment impossible d’être crédible dans le rôle d’une personne que tout le monde connaît, toujours vivante et, pour notre malheur, très « présente » en ces temps pré-électoraux. A l’impossible nul(le) n’est tenu(e) et j’estime que Catherine Jacob ne s’en tire pas mal.

Sans doute aurait-il fallu que Belvaux lui donne un peu plus de distance par rapport au « personnage original ».

Encore une fois, il est bien dommage que le FN par ses cris d’orfraie n’ait pas plus assuré la publicité de ce film salutaire pour contribuer à nous éviter « un président grave ». Pour une fois, le FN aurait pu servir à quelque chose !

L’Esprit de 45

 


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The Spirit of’45 (L’Esprit de 45) de Kenneth Loach (2013)

 Après six ans de guerre ininterrompue contre l’Allemagne nazie, l’Angleterre sort victorieuse, mais exsangue.

Très vite, la nécessité de changer l’ordre social semble être une condition inhérente la reconstruction.

La fraternité entre tous les individus des différentes strates de ce qu’on appelle encore la classe laborieuse, une fraternité née des années de guerre impose des bouleversements qui feront du Royaume Uni, un modèle social jusqu’aux années 80, jusqu’à ce que les Britanniques, las des tergiversations des travaillistes, se tournent vers les conservateurs pour élire une des pires catastrophes qu’ils aient connu depuis Cromwell, un déchet nommée Margaret Thatcher.

Ken Loach, souvent démonstratif dans ses œuvres de fiction, retrouve ici la veine qui lui réussit le mieux, le documentaire.

Les témoignages sont nombreux, souvent drôles, quelquefois bouleversants, mais toujours passionnants.

Bien sûr, le point de vue est toujours le même et hautement revendiqué : Ken Loach est trotskyste et fier de l’être. Il veut que ça se sache. Son public est de son côté.

Aussi lorsqu’apparaît le visage arboré de la hyène Thatcher, on sent une bouffée de haine sourde envahir la salle : on a l’impression que tout le monde va se mettre à huer et on a envie de huer.

D’autant que cette « apparition démoniaque » arrive après les témoignages d’anciens mineurs, d’anciens ouvriers et d’anciens employés particulièrement émouvants lorsqu’ils racontent ce qu’était le sous-prolétariat anglais d’avant-guerre, la misère des campagnes et des villes, tout ce que « l’esprit de 45 » a voulu éradiquer au profit d’une société juste et fraternelle à laquelle ils ont tous cru jusqu’à ce que cette gorgone malfaisante vienne fourrer son groin dans les affaires du monde et mette au point avec son cher ami, le lamentable Reagan, la dérégulation économique que nous subissons et qui pourrait bien être le moteur d’une grande partie des conflits actuels.

Ils sont morts gâteux tous les deux : que ces hyènes se bouffent le cul entre elles !

Ce film, c’est un peu leur procès à charge et le verdict est sans appel : ils doivent être rayés de la mémoire des vivants ou rangés parmi les monstres : Hitler, Staline, Mao, Pol Pot et Pinochet, encore un grand ami de la vieille rouillée (dite dame de fer) dont la place ne devrait même pas être dans un cimetière, si ce n’est de voitures. A la casse, quoi !

samedi 14 février 2026

Chéri, fais-moi peur



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Chéri, fais-moi peur (1958) de Jack Pinoteau



Jérôme Lenoir vient d’obtenir le prix du meilleur roman policier français décerné par un public féminin. Il se rend à l’Alpe d’Huez pour travailler à son nouveau roman. En chemin, un individu de type asiatique lui confie un message pour un certain docteur Kougloff (Sic !) qui est, en fait, un espion russe accompagné de deux sbires. Trois espions américains tentent également de s’emparer du message.

Jérôme fait la connaissance à la fois d’une petite brune délurée et d’une blonde volcanique, Sud-Américaine, de surcroît.

Le soir même, le message, ainsi que le million gagné par Jérôme, sont volés dans le coffre de l’hôtel.

Que cela soit dit une fois pour toutes : les nanars ont leurs chefs d’œuvres  (et précisons au passage que la réciproque est valable !).

L’ensemble pèse des tonnes : le scénario, les dialogues, les gags, l’interprétation. Mais retrouver Roger Carel et Jacqueline Maillan en espions soviétiques, le délicieux Jean Ozenne en directeur d’hôtel passablement dépassé par les évènements (on le serait à moins !), Pierre Mondy en commissaire de police complètement taré, sans oublier les deux odalisques de service la « blonde et volcanique bombe argentine » (comme dit la publicité) Thilda Lamarr et la toute jeune et encore brune Sophie Daumier, est un plaisir qu’on échangerait en aucun cas contre… mais ne soyons pas désagréable. N’oublions pas le clou de l’interprétation, Darry Cowl en Jérôme Lenoir.

D’ailleurs, le spectateur a une vague idée de ce qui l’attend dés le générique avec ce grandiose cha-cha-cha intitulé… Chéri, fais-moi peur !

jeudi 12 février 2026

Le Gros lot


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Christmas in July (Le Gros lot) de Preston Sturges (1940)


Le jeune comptable d'une grande entreprise où travaille également sa fiancée, invente des slogans publicitaires et participe à tous les concours de slogans qu'il perd régulièrement.

 

A la suite d'une blague de collègues, il croit avoir gagné 25000 dollars et se met à dépenser sans compter, en escomptant le chèque que lui a remis le directeur de la société qui avait organisé le concours. Or ce chèque lui a été remis par erreur et le directeur, se rendant compte de sa méprise, fait opposition.

Cette aimable comédie, sans avoir l'air d'y toucher, dénonce avec cynisme les mentalités de certains grands patrons dépourvus de la moindre imagination et dépourvus, du reste, de pas mal de ces choses qui, normalement, assurent le succès, mais pourvus, par contre, de "l'argent de papa".

Dick Powell et l'injustement méconnue Ellen Draw sont charmants dans ce petit bijou vif, enlevé (64 minutes) et beaucoup plus réussi que certaines des comédies dites "plus abouties" de Preston Sturges, Palm Beach story (Madame et ses flirts) pour ne citer que celui-là.

dimanche 8 février 2026

Split

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Split
(2016) de M. Night Shyamalan

Marcia, Casey et Claire sont enlevées sur un parking.

Elles sont séquestrées dans une sorte de cellule dans une cave.

Elles ont été enlevées par Kevin Wendell Cubb qui souffre d’un trouble dissociatif de la personnalité.

En fait, vingt-trois personnalités occupent le cerveau de Kevin.

… Mais, et c’est heureux, on en voit que cinq.

Le toujours médiocre Shyamalan se croit de plus en plus malin. Il faut dire que la critique l’a tellement chouchouté pour son premier film le très roublard Sixième sens qu’il croit à chaque fois qu’il sort un film qu’il est la réincarnation d’Hitchcock !

Malheureusement pour lui, James McAvoy n’est pas et n’a jamais été Anthony Perkins et aucun de ses cinq cabotinages éhontés n’arrive à la cheville de Norman Bates et de sa « maman ».

Comme toujours Shyamalan n’a même pas pris la peine de relire son scénario faute d’avoir demandé à un psychiatre de l’empêcher de faire quelques bourdes au niveau du syndrome de personnalités multiples.

Alors, il s’autorise des fantaisies dans le genre : une des personnalités est diabétique, donc elle se pique à l’insuline, ce qui devrait être très gênant (voire empoisonnant !) pour les 22 autres personnalités qui ne SONT PAS diabétiques ! C’est totalement lourdingue et ridicule !

Comme tous les imbéciles qui se croient malins, Shyamalan s’autocite à la fin de son « chef d’œuvre » avec une brève apparition de Bruce Willis.

samedi 7 février 2026

Cherchez la femme

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Cherchez la femme
(2017) de Sou Abadi

Leïla est étudiante à Sciences Po et elle forme, avec son condisciple Armand, un couple charmant. Ils doivent tous deux partir en stage à New York.

Mais le frère aîné de Leïla revient en France après un séjour au Yémen. Il est devenu très « croyant ». Et comme tous les intégristes, il commence par empêcher Leïla de retourner à Sciences Po et à vouloir la « fiancer » à un de ses anciens copains de cité qui est, lui aussi, devenu un « bon musulman ».

Armand, prêt à tout pour sauver Leïla, se vêt d’un voile intégral et, sous le nom de Shéhérazade, se rend chez Leïla pour lui « enseigner la vraie religion ».

Une petite comédie française sans prétention et sortie le 26 juin, on est en droit d’avoir peur.

Et puis, c’est la surprise et, en plus, elle est bonne.

Tout d’abord, elle malmène un peu le radicalisme islamiste qui sévit dans nos banlieues, même s’il ne mène pas systématiquement (contrairement à ce que prétend le front national) au terrorisme djihadiste.

Le rythme du film est soutenu, il n’y a aucun temps mort et, malgré l’invraisemblance de l’intrigue (un jeune Européen se déguise en femme voilée pour voir la femme qu’il aime) et la totale prévisibilité du résultat (le radicalisé tombe amoureux de « Shéhérazade » …), le tout fonctionne très bien.

Il faut dire qu’il y a aussi les personnages secondaires en tête desquels il y a Mitra, la mère d’Armand, une Iranienne anti-mollahs, militante qui s’est battue successivement contre le shah et contre Khomeiny avant d’être réfugiée politique en France. Et puis, il y a deux « disciples » de Mahmoud dont Fabrice qui veut qu’on l’appelle Farid depuis sa conversion et qui, dans l’affolement de la scène finale fait, pour conjurer le mauvais sort, un… signe de croix.

Une excellente comédie, donc, réellement hilarante, ce qualificatif qu’on retrouve dans toutes les promotions de ce genre de comédies, mais qu’on retrouve plus rarement dans les films.

Pour que tout ça fonctionne, il faut, évidemment, de bons comédiens et ils le sont tous. Felix Moati et Camelia Jordana forment un couple tout à fait charmant, Oussama Kheddam, Walid Ben Mabrouk et Oscar Copp sont les trois Pieds Nickelés qui accompagne Mahmoud, tandis que Predag « Miki » Manojlovic, qui est Serbe, joue le père iranien d’Armand, entraîné dans le tourbillon permanent de sa volcanique épouse. Une mention spéciale pour William Lebghil (Mahmoud) qui sort enfin de ses rôles de faire-valoir et, bien sûr, une grande mention pour Anne Alvaro, superbe Iranienne plus vraie que nature.

Le Mur invisible

 


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Gentleman’s Agreement (Le Mur invisible) d’Elia Kazan (1947)


Un journaliste fait une enquête approfondie sur l’antisémitisme. Il ne sait par où commencer, jusqu’au jour où il trouve le biais : se faire passer pour un juif.

 

Il mesure alors exactement ce qu’est l’antisémitisme.

On serait tenté de dire que c’est un film mineur dans la carrière du réalisateur d’America America, mais c’est pire : c’est sans doute son plus mauvais film.

Ce thème qui, tout en étant dénoncé, eut mérité une mûre réflexion, n’est ici que bâclé par un scénario indigent et lourd.

Les gros pontes d’Hollywood étaient tellement sclérosés dans leurs rôles de nababs qu’ils étaient devenus incapables de penser un sujet qui, pourtant, en touchait certains de près.

Pourtant, et c’est bien la preuve que l’antisémitisme était encore en vigueur à Hollywood à l’époque, le producteur qui voulut et produisit ce film n’est ni Louis B. Mayer, ni Jack Warner, ni Harry Cohn, tous juifs, mais Darryl F. Zanuck qui ne l’était pas, comme si les juifs avaient eu peur d’être accusé d’égotisme ou, de ce qu’on appelle aujourd’hui, de repli identitaire.

Il n’était pas convenable, à l’époque, de parler de soi, surtout pour se plaindre. Les choses ont bien changé !...

vendredi 6 février 2026

Souvenir


 

Souvenir (2016) de Bavo Fume

Jean travaille dans une usine de pâtés. Son père est un grand admirateur de Liliane Cheverney, une chanteuse bien oubliée qui a remporté, il y a bien longtemps, le grand prix Eurovision de la chanson.

Dans son usine, Jean croise une ouvrière, Laura, qui ressemble beaucoup à la chanteuse.

Après avoir nié, Laura avoue qu’elle est bien Liliane. Jean qui, en dehors des pâtés, s’entraine pour devenir boxeur professionnel, voudrait que Liliane relance sa carrière.

Jean rate le championnat régional de boxe et décide, du coup, de devenir le manager de Liliane pour sa nouvelle carrière.

Il y a une culture gay qui va de Proust à Visconti. Bien sûr, on peut reprendre aussi les films qu’on trouve dans The Celluloid Closet ou citer des films où l’homosexualité est présente, qu’elle soit allusive (The Servant) ou évidente (Priscilla).

Et puis il y a la culture tapiole.

Ici, on est en plein dedans. Ça voudrait nous faire un truc à la Poupoupidou, un très bon film de Gérald Hustache-Mathieu qui nous racontait l’histoire d’une sous-Marylin Monroe à Mouthe, dans le Jura, mais le sous-Cerdan et la sous-Piaf du nanar présent, non, ça ne se passe pas !

Isabelle Huppert retrouve un rôle « copié-collé » à celui qu’elle tenait dans l’excellent Asphalte de Samuel Benchetrit, mais Souvenir est très loin d’être excellent.

C’est filmé à la truelle, monté après un trop bon repas et l’ensemble du casting, Huppert comprise, est désolant.

Quant à la chanson à la con qu’on entend ad nauseam, on a honte, non pas de l’écouter (qui va écouter ça ?), mais juste de l’entendre.

Un film inutile qui, sans être vraiment adulé, a été vu par la plupart des critiques avec une mansuétude suspecte.