mardi 3 février 2026

The Square

 


l

The Square (2017) de Ruben Östlund

Christian fait partie de l’équipe de direction du musée d’art contemporain du Palais Royal de Stockholm.

Sur le parvis du palais royal, il est victime d’une arnaque et se fait voler son téléphone, son portefeuille et ses boutons de manchette.

Le musée s’apprête à inaugurer une exposition qui s’intitule « The Square » et consistant en un carré tracé sur le sol : tout spectateur placé à l’intérieur de ce carré devra être « altruiste et bienveillant ».

Pour récupérer ce qu’on lui a volé, Christian, sur les conseils d’un de ses collaborateurs, écrit une lettre de menace qu’il va placer dans toutes les boîtes aux lettres d’un immeuble populaire de banlieue d’où il a pu localiser son téléphone.

Il ne tarde pas à tout récupérer, mais il a enclenché un processus dont il va avoir beaucoup de mal à se dépêtrer.

Ruben Östlund est présenté comme un réalisateur, scénariste, monteur, producteur et directeur de la photographie.

Mais Ruben Östlund est, avant tout un donneur de leçon : il est facile de monter un dîner entre Hitler, Himmler, Goebbels et Göring et de « prouver » ainsi que l’humanité est mauvaise.

Östlund, qui détient la vérité, renvoie dos à dos les Bobos (il en est visiblement un), les riches qui se laissent humilier par un « performeur » qui fait le singe (au sens propre du terme), mais qu’ils finiront par lyncher et les pauvres qui ne sont que des voyous et des voleurs, des crétins incultes comme le « technicien de surface » qui détruit, sans s’en rendre compte, une œuvre contemporaine ou comme ce « sale gamin » (qui plus est fils d’immigrés) qui vient réclamer justice avec un aplomb d’adulte. Il est à noter qu’au milieu d’un casting totalement lavasse et sans grand intérêt, le seul acteur qui se détache, c’est ce gamin de dix ans qui a déjà tout d’un grand acteur et qui n’a même pas l’honneur de figurer au casting.

Snow Therapy son film précédent avait ce côté vachard séduisant, bien qu’un peu redondant dans une scène finale lourdement surlignée.

Mais la misanthropie à outrance a ses limites et on comprend mal comment cette « farce lourdingue » (Libération), et ce vrai « film de droite » (Eric Neuhoff, Le Masque et la plume), « film bien-pensant dénonçant la bien-pensance » a pu obtenir la Palme d’Or au détriment du (presque) unanimement apprécié 120 battements par minute de Romain Campillo.

A moins que le président cannois, Pedro Almodovar, jamais « palmé » et rarement récompensé, n’ait cherché à se venger en dynamitant l’institution de l’intérieur.

La Chatte sort ses griffes


 *

La Chatte sort ses griffes (1960) d’Henri Decoin


Cora, abattue par son chef de réseau, est récupérée par les Allemands qui la ranime et la mettent entre les mains du docteur Hollwitz, un psychiatre qui fait subir à la jeune femme un lavage de cerveau.

 

Relâchée, Cora reprend contact avec la Résistance.

Dans La Chatte, il y avait pas mal d’invraisemblances. Ici, tout n’est qu’invraisemblances. Abattue par son chef de réseau, Cora miraculée, passe plusieurs semaines entre les mains de la gestapo. Elle ressort de là indemne, sans visiblement avoir été torturée et elle est accueillie au sein d’un nouveau réseau comme une héroïne, la fameuse Cora dite « La Chatte ». Il est à noter que ce surnom lui avait été donné non par son réseau, mais par les Allemands.

Voilà ! Cherchez l’erreur, ou plutôt, cherchez ce qui peut avoir un semblant de vraisemblance dans tout ce fatras dont tout le monde, à commencer par les scénaristes, se fiche.

A part ce scénario bancal (c’est le moins qu’on puisse dire !), il n’y a rien à dire de cette production inintéressante au possible. On  ne frémit à aucun moment. Decoin s’ennuie et nous ennuie.

Ça n’a qu’une qualité : Françoise Arnoul.

lundi 2 février 2026

Fritz Bauer, un héros allemand


 ***

Der Staat Gegen Fritz Bauer (Fritz Bauer, un héros allemand) de Lars Kraume (2015)

Fritz Bauer est juge en Allemagne fédérale. Ayant dû abandonner son pays quand il était jeune puisqu’il était juif, il tente de poursuivre les criminels de guerre dans une Allemagne qui aimerait pouvoir oublier et ne pas avoir à poursuivre des criminels contre l’humanité qui se sont réfugiés dans une bourgeoisie intouchable ou dans un pays d’Amérique du Sud.

Et c’est en Argentine, en 1957, que Fritz Bauer repère un certain Riccardo Klement qui pourrait bien être Adolf Eichmann, Obersturmführer responsable des « affaires juives et de l’évacuation ».

Devant le peu d’empressement de la justice allemande de s’occuper de l’affaire, Fritz Bauer s’adresse au Mossad, services secrets israéliens, ce qui pourrait lui valoir une accusation de haute trahison.

On pense d’autant plus au Labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli, film sorti en 2014, que Fritz Bauer en était un des personnages secondaires (interprété par Gert Voss).

Dans le film de Ricciarelli, un tout jeune procureur découvrait la réalité de ce qu’avait été un camp dont on ne savait rien en occident (il avait été libéré par les Soviétiques) et qui s’appelait Auschwitz. Le jeune procureur y demandait l’aide d’un vieux juge allemand, un Juif qui avait été déchu de sa nationalité par les nazis et avait pu regagner son pays après la guerre. Et ce vieux juge était Fritz Bauer.

Ici, c’est le même Fritz Bauer qui, tout naturellement, s’attaque à « l’amnésie » que, d’une façon générale, la justice de la République Fédérale d’Allemagne aurait bien voulu ériger pour les criminels nazis dont certains coulaient des jours tranquilles dans le pays où ils avaient sévi et où ils auraient dû être, pour le moins, inquiétés.

Comme Le Labyrinthe du silence, ce « Héros allemand » est un film « normal ». Et les critiques n’osant pas le qualifier d’académique (ce qu’il est un peu), usèrent d’autres qualificatifs : classique, prévisible, plat…

Pas si prévisible que ça, le scénario est très bien écrit et la mise en scène met sa sobriété au service de son sujet.

De plus, il y a un sujet dans le sujet, c’est l’homosexualité de Fritz Bauer, puis celle de Karl Angermann qui devrait servir à piéger Bauer.

Le jeune juge refusera le chantage et se dénoncera.

On nous rappelle que l’homosexualité était fortement exploitée au sein des services de police et des services secrets de l’Allemagne « libre » de l’Ouest, la Fédérale, qui, donc, ne dédaignait pas utiliser des méthodes dignes de la STASI, sa sœur jumelle et ennemie de l’Est.

Un mot de la distribution parfaite et sobre comme le reste : Lilith Stangenberg dans le rôle délicat du transsexuel qui fera basculer, puis trahira, Angermann. Jorg Schütauf dans le rôle du « méchant » Gebhardt, chef de la police, Ronald Zehrfeld, déjà vu dans le superbe Barbara et le nettement moins bon Phoenix, les deux films de Christian Petzold et le médiocre Lena de Jan Shomburg et surtout, bien sûr, Bughart Klaußner dans le rôle-titre, excellent, mais, à l’image du film, un peu trop sobre.

La Chatte


*

La Chatte (1958) d’Henri Decoin


Lorsque Ménessier tombe du toit de son immeuble pour échapper à la gestapo, sa femme Suzanne prend la relève de son mari en entrant dans la Résistance sous le nom de Cora.

Elle exécute quelques actions de sabotage. Entre deux opérations, elle fait la connaissance d’un journaliste suisse, Bernard Menzel, et tombe amoureuse de lui.

Mais est-il vraiment journaliste et est-il réellement suisse ?

Et non, il ne l’est pas ! Incroyable, non ?

Le plus curieux dans l’histoire, c’est que le scénario est co-signé par le colonel Remy, ancien résistant qui faisait autorité, à l’époque, dans les (nombreux) films traitant de la période de l’occupation.

Certes, La Chatte est une opération commerciale visant ouvertement à faire de Françoise Arnoul un nouveau sex-symbol deux ans après « l’explosion » Bardot. Mais Decoin, Remy et Tucherer auraient pu faire semblant de s’intéresser à leur scénario et y apporter un tout petit peu plus de soin, ne serait-ce qu’au niveau de la vraisemblance. La gestapo vient arrêter Ménestier après avoir repéré son émetteur ; l’homme s’échappe, mais sa femme est à peine molestée. On évite de justesse un « Excusez-moi, madame » de la part de l’officier allemand. Quand on pense aux dizaines de personnes qui ont été déportées pour moins que ça, on se dit que les trois scénaristes ont été pour le moins… distraits.

Et ce n’est que le tout début du film. La suite est à l’avenant, le pompon étant tout de même cette résistante qui tombe amoureuse d’un pseudo-Suisse dont l’accent teuton n’attire à aucun moment sa méfiance. Les confidences sur l’oreiller de la jeune femme entraîneront l’arrestation de tout son réseau.

Bernard Blier et les autres jouent les utilités sans conviction. Bernhard Wicki, réalisateur inspiré du Pont un an plus tard, est beaucoup plus convaincant que les autres en soldat torturé par le rôle de traître qu’on lui fait jouer. Mais ce qui reste du film, c’est la forte présence et le charme extraordinaire de Françoise Arnoul. Le grand succès du film lui est entièrement imputable et entraînera une suite, deux ans plus tard, La Chatte sort ses griffes.

mardi 27 janvier 2026

Le Grand alibi


 *
Stagefright (Le Grand alibi) d’Alfred Hitchcock (1950)


Eve Gil aide Jonathan Cooper à s’enfuir. Il lui raconte comment sa maîtresse Charlotte Inwood, la fameuse actrice, est arrivée chez lui, sa robe tachée de sang, en lui annonçant qu’elle venait de tuer son mari. Jonathan s’est rendu chez elle pour chercher une robe propre, mais il a été surpris par l’habilleuse de Charlotte qui l’a reconnue.

Eve emmène Jonathan se réfugier chez son père. Et pour l’aider, elle soudoie l’habilleuse pour prendre sa place quelques temps afin d’espionner Charlotte.

Dans le même temps, elle fait la connaissance de l’inspecteur Smith qu’elle va fréquenter par intérêt avant de tomber amoureuse de lui.

C’est un Hitchcock qui n’a pas très bonne réputation. Le maître lui-même n’appréciait que très moyennement ce polar qui repose entièrement sur un flash-back mensonger qui induit le spectateur en erreur jusqu’au bout : comme le dit Hitchcock, on admet qu’un personnage mente et on admet de voir une évocation sous forme de flash-back, mais on admet pas de voir une image mentir.

En fait, le problème se trouve ailleurs : l’ennui avec ce Grand alibi (titre idiot qui ne correspond à rien), c’est que les personnages principaux sont très niais et l’histoire inconsistante. Du coup, il devient frustrant de voir la grande Marlène jouer les utilités.

lundi 26 janvier 2026

Les Chatouilles

 


**

Les Chatouilles (2018) d’Andrea Bescond et Éric Métayer

Odette est une enfant très douée pour la danse. Elle vit chez ses parents qui la pousse dans cette voie.

Malheureusement, ils la confient souvent à leur « meilleur ami », Gilbert, un respectable père de famille qui aime « jouer aux chatouilles » avec la petite fille.

Devenue adulte, Odette raconte son enfance et « les chatouilles » à une psychiatre.

Andrea Bescond a écrit et joué ce spectacle, mis en scène par Éric Métayer, avec beaucoup de succès.

Évidemment, succès aidant, l’idée du film leur est venue et ils l’ont coréalisé tous les deux.

Et ils ont décidé de reprendre ce qui semble avoir été la structure du spectacle théâtral original selon le principe de la comédienne unique qui joue tous les rôles et passe très vite d’une idée à l’autre, d’une histoire à l’autre.

Le subterfuge scénaristique qui se substitue à la narration directe au public, c’est la psychanalyse, ce qui n’est pas très nouveau, mais très efficace.

Malheureusement, l’histoire se perd dans les méandres d’une biographie compliquée qui va de la pédophilie dont la petite fille est victime jusqu’à sa passion de la danse en passant par la case « caillera » tout à fait invraisemblable en l’occurrence.

De plus, Andrea Bescond n’est ni excellente danseuse, ni une comédienne exceptionnelle. Ce qui rend sa « résilience » (mot poubelle à la mode que je déteste) par la danse poussive et, par moments, assez ridicule.

Au niveau du casting, trois bons points, trois mauvais points.

Pierre Deladonchamps campe extraordinairement un « monstre ordinaire » plus effrayant dans sa douceur cauteleuse tout en nuance qu’un authentique sadique hystérique comme le cinéma en raffole habituellement. Carole Franck est une psy impressionnante de justesse et, comme la figure du pédophile par Pierre Deladonchamps, sans caricature et Cyrille Mairesse, une excellente (toute) jeune comédienne dans le rôle d’Odette enfant.

On peut aussi mentionner Gregory Montel, très bien dans le rôle très touchant (et très « laissé pour compte ») de Lenny, le compagnon d’Odette qui lui sert, naturellement, d’exutoire, voire de puching ball.

Après, ça se gâte !

Il y a, bien sûr et j’en ai parlé, Andrea Bescond elle-même.

Et puis, « les parents » : là, c’est dans le scénario que ça pêche ! Les deux réalisateurs-auteurs-scénaristes (et accessoirement, interprètes) ont franchement chargé la barque.

Le père, qui est une montagne de bienveillance contre la mère monstrueuse qui, bien qu’elle ne soupçonne, à priori, rien, n’en tient pas moins de la salope intégrale, mélange de La Thénardier, de Folcoche dans Vipère au poing et de « madame Lepic » dans Poil de carotte.

Clovis Cornillac en rajoute beaucoup dans le benêt gentil tandis que Karine Viard (qu’on commence peut-être à voir un peu trop !) est une véritable caricature de la mère-mégère et maquerelle : certaines scènes sont tellement mal écrites qu’elle semble envoyer volontairement (et avec jouissance) sa fille se faire violer.

Et ça a un peu tendance à éclipser les (indéniables) bons côtés du film.

Stan et Ollie


**

Stan and Ollie (Stan et Ollie) de Jon S. Baird (2018)

En 1937, Stan Laurel et Oliver Hardy sont au faîte de leur gloire. Ils rapportent à leur producteur Hal Roach plus d’argent que n’en rapportent Chaplin ou Keaton.

Du coup, Stan voudrait négocier une « augmentation substantielle » et menace Hal Roach de le quitter.

16 ans plus tard, le duo est un peu oublié et un producteur veut leur faire faire une tournée théâtrale en Angleterre.

Mais ils ont beaucoup de mal à remplir une salle et le plaisir de jouer de nouveau ensemble est bien souvent troublé par la réapparition des vieilles rancœurs.

Au temps de ma lointaine jeunesse, Laurel et Hardy étaient encore des stars. Oliver Hardy est mort en 1957 et Stan Laurel en 1965, mais on voyait leurs films à la télévision qui, à l’époque en noir et blanc, se jetait encore sur les films des années 30.

De plus, comme tous les duos célèbres (Fred Astaire-Ginger Rogers, Abbott et Costello et, en France, Poiret et Serrault, les Frères Ennemis, etc…), ils ont été l’objet des rumeurs, souvent mensongères : ils se détestaient, Laurel était « le cerveau » (ça, c’est vrai !), etc…

Pour ce qui est de la détestation mutuelle, ça, c’est le lot de tous les duos. Le public veut toujours avoir l’air de savoir ce qui se passe en coulisse et c’est toujours le contraire de l’image public de l’artiste ou, en l’occurrence, des artistes.

Bien sûr lorsqu’on travaille pendant des décennies ensemble, il y a des heurts, des moments où on ne peut plus se supporter, surtout dans un métier où l’image qu’on renvoie de soi est primordiale et où il est difficile de partager l’affiche.

Il est plus que probable que nos duettistes ont connu ça, mais Stan Laurel, pendant les huit ans durant lesquels il a survécu à Oliver Hardy, continua à écrire des sketches pour eux deux.

« Je nous aimais ! » dit Stan, désespéré, à Oliver au moment de leur rupture (temporaire).

Cette réplique et l’écriture de « gags posthumes » par Laurel ouvrent une brèche vers une problématique que le film ne fait qu’effleurer : le duo, c’était leur vie, leur passion. Ce qui les liait, ce n’était pas Stanley Laurel pour Oliver Hardy et réciproquement, c’est Stan et Ollie (Laurel et Hardy, pour nous français), les personnages publics du petit maigre un peu débile et très ahuri et du grand gros maladroit, ce qu’ils n’étaient ni l’un, ni l’autre.

Et c’est le principal défaut de ce film, pas déshonorant du reste. En revanche, d’avoir mis en avant les rôles de leurs épouses respectives s’entendant, apparemment, comme chien et chat, mais liées par une amitié réelle, au bout du compte, correspondant bien à celle de leurs maris. Elle est à mettre au crédit de ce biopic agréable, mais qui eut mérité d’être un peu plus fouillé au niveau psychologie des personnages.

Steve Coogan et John C. Reilly sont les héros éponymes, le premier anglais, le second américain comme leurs personnages, et ils sont excellents, allant jusqu’à faire oublier qu’ils ne ressemblent pas vraiment aux deux fantaisistes, bien que le maquillage s’ingénie un peu lourdement à vouloir faire oublier cette dissemblance surtout dans le cas de Hardy/Reilly.

Nina Arianda est la volcanique Ida Laurel tandis que Shirley Henderson est la « sèche » Lucille Hardy et leurs interprétations sont au moins aussi réussies que celles de leurs « maris » !

Le Chat du rabbin


 ****

Le Chat du rabbin (2011) de Joann Sfar et Antoine Delesvaux

 A Alger, dans les années 20, le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet insupportable et son chat.

Le chat n’a pas de nom, mais il a un cerveau et il s’en sert. Les humains ne peuvent pas l’entendre penser jusqu’au jour où, las d’entendre les stupidités du perroquet, le chat le mange.

Du coup, il se retrouve doué de la possibilité de parler et comme il veut rester au service de son maître le rabbin parce qu’il aime Zlabya, il veut devenir juif à part entière et faire sa bar-mitsva.

L’humour juif est en général attribué aux Ashkénazes et cet humour, on l’oppose à la vulgarité (réelle ou supposée) des Séfarades.

Ici, nous sommes face à un humour typiquement séfarade, un humour tendre, fou et entraînant. Mais curieusement, pour toute personne connaissant les chats, c’est également un humour félin.

Tout cela donne une parfaite réussite, un grand film qui donne tout à la fois envie de revoir le film, de lire les bandes dessinées et… d’avoir un chat. Il y a bien longtemps que je n’avais perçu un tel charisme chez un « personnage ». Ce chat est tout simplement une merveille, drôle, truculent, menteur, gaffeur, rusé, tout tourne autour de lui et le graphisme bizarre qui le représente et qui, à priori, le ferait plus ressembler à un renard qu’à un chat, finit par séduire et nous faire penser que ce chat est plus vrai que tous les chats qu’on a pu voir.

A vrai dire, il faut remonter à Tex Avery pour trouver un chat aussi charmant. Il faut dire que celui-ci bénéficie de la voix de François Morel.

La voix du comédien associé aux mimiques du graphisme font merveille : la scène où il insulte le rabbin du rabbin en lui disant qu’il est mauvais parce qu’il est vieux et seul et que ses parents sont morts vaut à elle seule le déplacement.

Tous les autres personnages sont truculents : Zlabya, le rabbin, son cousin le cheikh Mohamed Sfar, l’âne de celui-ci, le prince, l’intégriste Soliman, Vastenov sans oublier un Tintin et un Milou étrangement empâtés, passablement crétins et racistes.

La musique d’Olivier Daviaud mélangeant thèmes orientaux et musique spécifiquement Ashkenaze, achève de nous dorloter dans cette ambiance magique où les chats prônent l’amitié entre les peuples et où les Juifs russes rêvent à une Jérusalem dorée, perdue chez les Falachas. Un film où on est bien !

Starbuck

 


***

Starbuck (2011) de Ken Scott

 David Wosniak travaille avec ses deux frères et son père dans la boucherie en gros familial. Il n’est pas très doué, pas très travailleur et a perpétuellement des problèmes d’argent qui le font côtoyer des personnages peu recommandables et… dangereux !

C’est également pour des raisons d’argent que, dans les années 80, il vendait son sperme sous le pseudonyme de Starbuck.

Alors qu’il vit une liaison « sérieuse » avec Valérie qui vient de lui annoncer qu’elle est enceinte, « Starbuck » apprend ainsi qu’il est le géniteur de 533 enfants dont plus de 200 voudraient connaître leur père biologique.

Immense succès dans « la belle province », le film de Ken Scott a récolté quelques éloges et un succès mitigé chez nous.

C’est drôle, très enlevé, très bien dialogué et remarquablement interprété la palme allant à la fois au rôle principal (Patrick Huard) et au rôle secondaire de son avocat (Antoine Bertrand) qui hérite des dialogues les plus drôles.

On s’attache très vite à ce personnage lunaire, adolescent géniteur de 533 enfants alors qu’il n’est même pas sûr de pouvoir assumé une seule paternité.

Certains esprits chagrins y ont senti un « arrière goût moralisateur ». On se demande bien où !

Ce doit être son statut (revendiqué) de « Feel Good Movie » qui fait ça : décidément, cette catégorie de films n’a pas la carte.

The Charmer

 


**

Charmøren (The Charmer) de Milad Alami (2017)

Esmail est déménageur au Danemark. Mais le soir, il va dans les bars huppés de la ville pour draguer de jeunes et riches Danoises qui devraient lui permettre - du moins, c’est ce qu’il espère !- d’obtenir sa carte de séjour.

Car Esmail est iranien et il envoie tout son argent à sa famille.

Mais s’il parvenait à se mettre en ménage avec une Danoise, il obtiendrait sa carte de réfugié.

Par hasard, il fait la connaissance de Sara qui est d’origine iranienne. Elle est la fille de Leïla, une chanteuse connue.

Mais dans le même temps, il est harcelé par un homme qui s’avère être l’ex-mari d’une ex-conquête d’Esmail.

Milad Alami est un cinéaste danois d’origine iranienne ou, plus exactement, un Iranien installé au Danemark depuis 10 ans. Son premier long métrage raconte donc l’histoire d’un Iranien qui veut s’installer au Danemark.

Mais pour y parvenir, il compte sur le « soutien » d’une femme danoise, même si cette femme n’est pas au courant.

Ce qu’il cherche, c’est pratiquement le contraire d’un mariage blanc. Il veut se « mettre en ménage » avec une Danoise, n’importe laquelle et, pour cela, il a, comme on dit, plusieurs fers au feu.

Malheureusement, un de ces « fers » se trouve avoir eu un amoureux plaqué et très rancunier.

Le film est noir, mais très intéressant, tout au moins pendant la première heure. Car tout cela devient assez filandreux pendant les dernières quarante minutes. Et, de ce fait, le film ne laisse pas un souvenir inoubliable.

Très bon casting dominé par Ardalan Esmaili dans le rôle d’Esmail.

dimanche 25 janvier 2026

La Foire aux illusions

 


***

State Fair (La Foire aux illusions) d’Henry King (1933)

(Ciné-Classics – 11/04/00)

Abel Frake va se rendre à la foire aux bestiaux pour présenter son verrat « Blue Bird » qu’il espère faire gagner aux concours agricoles. Toute la famille se prépare donc à aller passer quelques jours en ville : Melissa Frake, la femme d’Abel qui concourre pour le prix de la meilleure cuisinière, leur fils Wayne et leur fille Margy.

 

Toute la famille est très excitée. La foire est en effet la seule sortie annuelle dans cette famille de paysans.

C’est un petit film très agréable d’une époque où les paysans au cinéma n’étaient ni les grands héros modernes, ni des bouseux. Louise Dresser dans le rôle de la mère nous offre quelques bons moments comme celui où elle apprend son triomphe ou lorsqu’elle consent, avec un sourire malicieux, à accompagner son mari qui veut voir des danseuses. Autre personnage d’importance, « Blue Bird », le verrat, tour à tour neurasthénique ou ombrageux, mais toujours cabot.

Reste l’exquise Janet Gaynor qui est, par sa grâce et paradoxalement, le gros handicap de ce film charmant : sa délicieuse ingénuité lorsqu’elle arrive à la foire nous renvoie à l’escapade du couple en ville dans un authentique chef d’œuvre, la sublime Aurore de Murnau. Le film de King ne peut souffrir de la comparaison et c’est un peu injuste.