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Skyfall (2012)
de Sam Mendès
James Bond, en plein cœur d’Istanbul, tente de
sauver un de ses collègues gravement blessé après s’être fait volé un disque
dur sur lequel figure la liste des noms de tous les agents du MI6 infiltrés
dans les organisations terroristes du monde entier.
A
la suite d’une course poursuite à travers la ville qui se termine sur le toit
d’un train, Bond est atteint par une balle de sa co-équipière que M l’a obligée
à tirer.
Bond,
déclaré mort, se refait une santé sous les tropiques, mais il apprend que le
MI6 est en très mauvaise posture depuis « sa mort » et surtout,
depuis que le nom des agents infiltrés permet aux terroristes de les identifier
et de les exécuter.
L’ordinateur
de M est piraté et elle comprend alors que c’est à elle que s’adresse le hacker
qu’un seul homme peut contrer, l’agent 007 déclaré décédé.
Ian Fleming fut recruté en 1939 par le
contre-espionnage britannique et il mena pendant la guerre quelques opérations
d’envergure comme la capture par les Britanniques de Rudolf Hess,
« dauphin » désigné d’Hitler, que le même Fleming attira en
Angleterre en 1941.
Après la guerre, il abandonna le monde
de l’espionnage, mais il décida d’écrire des romans sur cet univers
précisément. Il inventa un personnage dont le caractère ressemblait à celui
d’un « agent secret » de ses amis, Wilfried Dunderdale.
Il lisait le livre d’un ornithologue
américain, James Bond, lorsqu’il inventa son personnage et il lui donna tout
naturellement son nom. Puis, il lui inventa une biographie qu’il exposa dans Au service secret de sa majesté.
Or, on n’avait jamais vu cette
biographie au cinéma. On peut situer le moment où James Bond « devient un
être humain » (avec un passé) à la prise de rôle de Daniel Craig qui
raconte un « James Bond débutant » qui tue ses deux premières
victimes (condition sine qua non pour obtenir le double zéro au MI6). Ici, on
va plus loin : James Bond emmène M dans la maison de son enfance, ce
manoir nommé… Skyfall où ils se rendent très symboliquement avec la mythique
Aston Martin de l’agent secret dans laquelle est M fait une allusion
humoristique au fameux siège éjectable qui était la grande attraction de la
voiture lorsqu’elle fut « présenté » au public en 1964 dans Goldfinger.
C’est dire tout le côté freudien que
les producteurs Michael G. Wilson et son épouse, Barbara Broccoli, fille de
l’un des deux « papas » cinématographiques de Bond et, de ce fait,
« sœur » ou « demi-sœur » de l’agent secret, ont voulu
donner à ce 23ème épisode qui arrive pour fêter les cinquante ans au
cinéma du héros.
Comme son premier interprète à l’écran,
James Bond est Ecossais d’origine, fils de Sir Andrew Bond of Glencoe alors que
sa mère est Suisse, Vaudoise très exactement, et nommée Monique Delacroix. La
famille serait d’origine noble et les armes familiales porteraient la devise
« Orles non suffit » (« Le Monde ne suffit pas » qui sera
le titre d’un des James Bond, période Pierce Brosnan, qui ne figure pas dans le
peloton de tête de la série au niveau qualitatif !).
Cette biographie nous est ici
partiellement révélée puisque le dernier quart du film se passe dans cette
maison que James Bond « n’a jamais
aimé » d’après une de ses répliques et on voit la tombe de ses
parents, ainsi que Kincade, sorte de « butler » ayant connu notre
héros très jeune et resté fidèle à la famille.
Si on ajoute un méchant TRÈS méchant,
Raul Silva, sorte de double malfaisant de James Bond et attiré sexuellement par
lui et que ce même Silva se considère un peu comme un frère de Bond alors que
les deux agents auraient M comme mère (que le méchant veut détruire ;
« tuer la mère »), nous sommes vraiment de plain pied dans une sorte
de psychanalyse qui, du moins je persiste à le croire, ne se prend pas trop au
sérieux. Et quoiqu’en dise certains critiques, c’est ce qui donne un certain cachet
à ce 23ème opus.
Si on y ajoute des scènes de poursuite
assez décoiffantes (la séquence pré-générique à Istanbul, le métro de Londres,
Skyfall…), on a les meilleurs ingrédients des meilleurs Bond avec les petits
plus dont je parle plus haut.
Le film a enregistré la plus forte
sortie, en terme d’audience, de toute l’histoire des James Bond au cinéma.
Et on a même eu droit à ce débat
terrible : Skyfall est-il le
meilleur des 23 James Bond ?
Nonobstant ma passion de jeunesse pour
les premiers films de la série (les Sean Connery ; je déteste Roger
Moore !) qui sont pour moi, Opération
Tonnerre excepté, de véritables films-cultes, je pencherai plutôt pour lui
accorder la palme à cette petite réserve près que je peux comprendre qu’on y
soit hermétique : depuis la prise de rôle de Daniel Craig, les James Bond
semblent ne s’adresser qu’aux Happy Few, rejetant le reste du public dans
l’enfer « non-Bondien ». Mais il faut bien reconnaître que dans deux
films sur les trois (nous oublierons pudiquement le nullissime Quantum of Solace !) le ravalement
de la franchise James Bond a globalement été payant.
Comme souvent dans les rôles de
méchant, le personnage de Raul Silva est un tout petit peu chargé par Javier
Bardem, mais ça reste supportable.
Béatrice Marlohe est une James Bond
girl aussi belle que fugitive : on ne la voit guère plus de dix minutes
sur les deux heures et demi de film. Notre compatriote à la voix suave doit
être la sixième James Bond girl française si je ne m’abuse, après Claudine
Auger (Opération tonnerre), Corinne
Cléry (Moonraker), Carole Bouquet (Rien que pour vos yeux), Sophie Marceau
(Le Monde ne suffit pas) et Eva Green
(Casino Royale).
Dans le rôle de Kincade, c’est un
interprète d’Hercule Poirot qui s’y colle : Albert Finney, grand comédien
atypique, cinq fois nommé aux oscars, refusa à la fois le grand honneur d’être
le successeur de Laurence Olivier du Britain’s National Theater, alors que ce
dernier l’avait lui-même désigné et de poursuivre la série des Hercule Poirot
alors qu’il avait remporter un considérable succès avec Le Crime de l’Orient-Express.
Son duo avec Judi dench est un grand
moment du film. Judi Dench abandonne ici le rôle de M pour passer le relais à
Ralph Fiennes ; nous regretterons cette prestigieuse vieille dame, mais,
pour la remplacer, on aurait pu tomber plus mal !
Car malgré ce retour aux sources et ce
recours à la psychanalyse qui auraient pu marquer une apothéose de la série, ce
23ème James Bond ne sera visiblement pas le dernier, puisque Daniel
Craig a déjà signé pour deux James Bond supplémentaires, alors que son contrat
arrivait à échéance avec Skyfall.
Mais entre l’explosion du MI6,
l’intervention d’une rame de métro comme arme de destruction massive et la fin
apocalyptique de la demeure ancestrale des Bond, il sera difficile de faire
mieux la prochaine fois !
Néanmoins,
God Save James Bond !