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Shahada (2009) de Burhan Gurbani
Dans une boîte de nuit de Berlin, Maryam, jeune allemande d’origine turque, avorte dans les toilettes.
Sammi travaille dans une conserverie. Il est Nigérien et musulman. Il a une aventure passionnelle avec son collègue Daniel, mais son entourage, et tout particulièrement sa mère, l’exhorte à suivre les préceptes de sa religion.
Ismaël, un jeune officier de police, abandonne sa femme (allemande) et son fils pour vivre un grand amour avec Leyla, une jeune clandestine musulmane très pratiquante.
La « Shahada » (« témoignage de foi » en arabe) est le premier pilier de l’Islam : « Il n’y a d’autre dieu que Dieu et Mahomet est son prophète ».
Pourtant, nous ne sommes ni dans un film religieux, ni dans un film qui raconterait une recherche ou une rencontre avec une quelconque spiritualité.
Shahada est un témoignage sur une rencontre, certes, mais avec une religion (et non une spiritualité) et, dans les trois cas cette rencontre s’avérera brève : la crise mystique de Maryam tient beaucoup du délire qui pourrait être dû à une forte fièvre, consécutive à son avortement « sauvage » et le bref rapprochement que tente Ismaël avec la religion se fait par Leyla interposée. Seul Sammi se pose réellement des questions sur sa foi, mais comme il s’agit d’homosexualité (sujet sensible dans la religion en général et dans la religion musulmane en particulier), on est en droit de poser qu’il est victime du prosélytisme « anti-pédé » très en vogue chez les Mollahs.
Au niveau du scénario, on est tout de même un peu gêné : le titre renvoie à l’essence même de la croyance musulmane, mais Sammi et Maryam semble plus vouloir se montrer plus musulman que les autres « comme ceux qui ont quelque chose à cacher ». Quant à Ismaël, il ne semble à aucun moment succomber au prosélytisme de Leyla.
J’ai toute forme de religion en horreur, mais si je suis à même de comprendre qu’on puisse s’interroger sur une croyance ou dans le cadre d’une recherche spirituelle, je vomis tout particulièrement la bigoterie.
Or, Maryam, Leyla et la mère de Sammi sombrent dans la bigoterie et il s’agit de trois femmes. Le père de Maryam, pourtant Immam, représente la tolérance et la « vraie religion ». Et c’est un homme. Je ne pense pas que Gurbani ait voulu réellement faire un film sexiste, mais on y pense tout de même.
Bien sûr, il y a le personnage de Sinan, tout à la fois crétin prêt à en découdre avec tout ce qui n’est pas musulman, personnage creux qui pourrait provoquer des drames avec de simples racontars et surtout, géniteur de l’avorton de Maryam et, par là même, responsable de son délire mystique.
Mais on sent bien que tout cela n’est pas très maîtrisé au niveau du scénario.
En revanche, la maîtrise de la réalisation dans ce qui est tout de même le premier long métrage d’un réalisateur allemand d’origine afghane de trente ans laisse assez admiratif.
La mise en scène et la direction d’acteurs sont d’autant plus remarquables que tout est filmé en longue focale et gros plans. La précision, tant de la réalisation que de l’interprétation sont stupéfiants.
Un excellent film donc, malgré quelques erreurs scénaristiques qu’on oublie vite quand on repense à l’œuvre dans sa globalité.
















