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Contracorriente (2009) de Javier
Fuentes-Leon
Miguel est un jeune pêcheur de
Capo Blanco, un petit village de la côte nord du Pérou. Il est très catholique
et pratique « la consécration des morts » : il bénit les morts
en présence de leurs proches, puis, seul, il les emporte en haute mer et les
immerge, comme on fait des marins morts en mer.
Miguel est marié à Mariela qui est enceinte de huit
mois.
Mais il a une liaison, à l’insu de tous, avec
Santiago, un peintre venu s’installer à Capo Blanco depuis quelques années et
considéré avec méfiance voire avec hostilité par la population en raison de ses
« mœurs » que tout le monde soupçonne d’être « spéciales ».
Peu de temps après, Santiago se noie et son fantôme revient pour
demander à Miguel de délivrer son cadavre prisonnier de plantes sous-marine
pour qu’il puisse connaître le repos. Miguel trouve le cadavre, mais fait en
sorte qu’il soit toujours prisonnier pour que le fantôme de son amant reste
avec lui.
Sur le coup, on aime, sans
plus, cette histoire d’amour ou plutôt d’amours et de fantôme, de catholicisme
et d’homosexualité. Et puis, il y a quelque chose qui reste.
D’abord, il y
a l’ambiance : le Pérou n’est pas le pays le plus exploité au cinéma et,
pour nous, c’est plutôt la Cordillère des Andes, le lama et le brave gardien de
lamas avec son poncho multicolore assorti à son drôle de petit bonnet, sans,
bien sûr, oublier sa flûte de Pan avec laquelle il nous bassine à longueur de
journée en nous jouant El Condor pasa.
Ici, les
Péruviens ne sont pas montagnards, mais marins et même pêcheurs.
La présence
envahissante de l’église catholique, comme dans tous les pays d’Amérique du
Sud, est un obstacle de plus (et même le principal) qui fera des amours de
Miguel et Santiago l’hamartia sans laquelle il n’y aurait pas de film.
Car on a peur
pour Miguel. On ne craint pas qu’il ne puisse pas vivre son amour : on
sait qu’il ne pourra pas ! Mais on a peur que cet amour ne soit découvert,
puisque nous sommes tous conditionnés, malgré notre « évidente
évolution » et surtout dans ce domaine précis (je parle pour moi, bien
sûr !).
Là où le
scénario est très fort, c’est que cette vérité « qu’il faut cacher »,
elle va être mie à jour par celle qui nous est présentée comme une sale gamine
perverse, la petite garce de service, qui va s’avérer, en fait, être le
catalyseur, l’empêcheuse de tourner en rond du film et la conscience de Miguel,
car c’est elle qui lui apprendra que le corps de Santiago a été retrouvé et
elle ajoutera : « J’ai
voulu te le dire parce que personne ne te le dira. »
Et notre
vision change à ce moment-là. Celle de Miguel aussi. Cette simple remarque
d’Isaura le fait s’assumer complètement.
Et à partir de
là, tout se met en place, même (et surtout), à posteriori.
Les
apparitions de Santiago prennent tout leurs sens et l’attitude intransigeante
de « la majorité silencieuse » n’a plus ni sens, ni la moindre
importance.
Seule la
solitude de Mariela, sa douleur de femme bafouée nous atteint encore en même
temps qu’elle atteint Miguel.
Sur le même genre de sujet (mort de l’amant en moins), Roberto Castòn, réalisateur basque, avait réalisé Ander en 2009 que j’avais préféré.
Mais je ne renie pas
pour autant ce film remarquable qu’est Contracorriente
et je salue au passage l’ensemble du casting au jeu à la fois naturaliste et
juste, ce qui est rare.