*
Komödianten (Les Comédiens) de Georg Wilhelm Pabst (1941)
Karolin Neuber défend depuis des années le théâtre allemand. Elle cherche à améliorer le sort des comédiens en fondant une vraie troupe. Philine, l'une de ses comédiennes, est amoureuse et aimée du petit fils de la duchesse Amalia de Wissembourg, la protectrice de Karolin. Mais la duchesse ne veut pas entendre parler d'une union "contre nature" et chasse Karolin qui a eu l'audace de s'opposer à elle pour défendre Philine.
Pabst avait quitté l'Allemagne pour des raisons professionnelles en cette fatale année 1933. Personne ne comprit pourquoi il revint dans son pays natal en 1940[1], alors qu'il ne devait probablement pas être en odeur de sainteté auprès du régime nazi.
Pendant les années noires, il tournera deux films : celui-ci en 1941 et Paracelse en 1943. Or, ces deux films, par leurs sujets, exhale le parfum nauséabond et frelaté du nationalisme allemand.
Et si l'idéologie n'apparaît qu'en filigrane dans Paracelse, elle est beaucoup plus évidente dans cette biographie de Karolin Neuber, considérée comme la fondatrice du théâtre allemand.
Les comédiens de la Neuberin sont, en définitive, plus allemands que comédiens et la sublime héroïne allemande sacrifie son amour à la gloire du théâtre allemand. D'ailleurs, tout le film, historiquement situé au XVIIIème siècle exalte un certain romantisme allemand dont le troisième Reich se voulait l'héritier.
Si l'on ajoute à cela des répliques du genre : « Les lâches n'ont pas d'avenir ! » et les méchants coups de pattes dans les scènes situées à Saint Petersbourg où les Russes sont tous présentés comme des paysans tarés, on comprend pourquoi ce film est aussi peu diffusé que ceux de Steinhof ou d'Harlan.
Pourtant, certaines scènes retiennent l'attention, comme celle d'une beuverie « russe » dans laquelle Pabst semble retrouver le grand style baroque qui avait fait sa gloire, ou encore celle de la mort de la Neuberin dans laquelle Käte Dorsch est tout simplement superbe.
Mais Les Comédiens se regarde comme une pièce de musée et comme le témoignage historique d'un cinéma national « apprivoisant » un immense talent au profit de la (répugnante) idéologie dominante.
[1] En réalité, renseignement pris, Pabst est retourné en Autriche pour voir sa mère avant de partir pour les États-Unis en 1939. Il avait un passeport français et comme la guerre a été déclaré entretemps, il est resté coincé dans « le grand Reich »

















