samedi 14 février 2026

Chéri, fais-moi peur



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Chéri, fais-moi peur (1958) de Jack Pinoteau



Jérôme Lenoir vient d’obtenir le prix du meilleur roman policier français décerné par un public féminin. Il se rend à l’Alpe d’Huez pour travailler à son nouveau roman. En chemin, un individu de type asiatique lui confie un message pour un certain docteur Kougloff (Sic !) qui est, en fait, un espion russe accompagné de deux sbires. Trois espions américains tentent également de s’emparer du message.

Jérôme fait la connaissance à la fois d’une petite brune délurée et d’une blonde volcanique, Sud-Américaine, de surcroît.

Le soir même, le message, ainsi que le million gagné par Jérôme, sont volés dans le coffre de l’hôtel.

Que cela soit dit une fois pour toutes : les nanars ont leurs chefs d’œuvres  (et précisons au passage que la réciproque est valable !).

L’ensemble pèse des tonnes : le scénario, les dialogues, les gags, l’interprétation. Mais retrouver Roger Carel et Jacqueline Maillan en espions soviétiques, le délicieux Jean Ozenne en directeur d’hôtel passablement dépassé par les évènements (on le serait à moins !), Pierre Mondy en commissaire de police complètement taré, sans oublier les deux odalisques de service la « blonde et volcanique bombe argentine » (comme dit la publicité) Thilda Lamarr et la toute jeune et encore brune Sophie Daumier, est un plaisir qu’on échangerait en aucun cas contre… mais ne soyons pas désagréable. N’oublions pas le clou de l’interprétation, Darry Cowl en Jérôme Lenoir.

D’ailleurs, le spectateur a une vague idée de ce qui l’attend dés le générique avec ce grandiose cha-cha-cha intitulé… Chéri, fais-moi peur !

jeudi 12 février 2026

Le Gros lot


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Christmas in July (Le Gros lot) de Preston Sturges (1940)


Le jeune comptable d'une grande entreprise où travaille également sa fiancée, invente des slogans publicitaires et participe à tous les concours de slogans qu'il perd régulièrement.

 

A la suite d'une blague de collègues, il croit avoir gagné 25000 dollars et se met à dépenser sans compter, en escomptant le chèque que lui a remis le directeur de la société qui avait organisé le concours. Or ce chèque lui a été remis par erreur et le directeur, se rendant compte de sa méprise, fait opposition.

Cette aimable comédie, sans avoir l'air d'y toucher, dénonce avec cynisme les mentalités de certains grands patrons dépourvus de la moindre imagination et dépourvus, du reste, de pas mal de ces choses qui, normalement, assurent le succès, mais pourvus, par contre, de "l'argent de papa".

Dick Powell et l'injustement méconnue Ellen Draw sont charmants dans ce petit bijou vif, enlevé (64 minutes) et beaucoup plus réussi que certaines des comédies dites "plus abouties" de Preston Sturges, Palm Beach story (Madame et ses flirts) pour ne citer que celui-là.

dimanche 8 février 2026

Split

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Split
(2016) de M. Night Shyamalan

Marcia, Casey et Claire sont enlevées sur un parking.

Elles sont séquestrées dans une sorte de cellule dans une cave.

Elles ont été enlevées par Kevin Wendell Cubb qui souffre d’un trouble dissociatif de la personnalité.

En fait, vingt-trois personnalités occupent le cerveau de Kevin.

… Mais, et c’est heureux, on en voit que cinq.

Le toujours médiocre Shyamalan se croit de plus en plus malin. Il faut dire que la critique l’a tellement chouchouté pour son premier film le très roublard Sixième sens qu’il croit à chaque fois qu’il sort un film qu’il est la réincarnation d’Hitchcock !

Malheureusement pour lui, James McAvoy n’est pas et n’a jamais été Anthony Perkins et aucun de ses cinq cabotinages éhontés n’arrive à la cheville de Norman Bates et de sa « maman ».

Comme toujours Shyamalan n’a même pas pris la peine de relire son scénario faute d’avoir demandé à un psychiatre de l’empêcher de faire quelques bourdes au niveau du syndrome de personnalités multiples.

Alors, il s’autorise des fantaisies dans le genre : une des personnalités est diabétique, donc elle se pique à l’insuline, ce qui devrait être très gênant (voire empoisonnant !) pour les 22 autres personnalités qui ne SONT PAS diabétiques ! C’est totalement lourdingue et ridicule !

Comme tous les imbéciles qui se croient malins, Shyamalan s’autocite à la fin de son « chef d’œuvre » avec une brève apparition de Bruce Willis.

samedi 7 février 2026

Cherchez la femme

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Cherchez la femme
(2017) de Sou Abadi

Leïla est étudiante à Sciences Po et elle forme, avec son condisciple Armand, un couple charmant. Ils doivent tous deux partir en stage à New York.

Mais le frère aîné de Leïla revient en France après un séjour au Yémen. Il est devenu très « croyant ». Et comme tous les intégristes, il commence par empêcher Leïla de retourner à Sciences Po et à vouloir la « fiancer » à un de ses anciens copains de cité qui est, lui aussi, devenu un « bon musulman ».

Armand, prêt à tout pour sauver Leïla, se vêt d’un voile intégral et, sous le nom de Shéhérazade, se rend chez Leïla pour lui « enseigner la vraie religion ».

Une petite comédie française sans prétention et sortie le 26 juin, on est en droit d’avoir peur.

Et puis, c’est la surprise et, en plus, elle est bonne.

Tout d’abord, elle malmène un peu le radicalisme islamiste qui sévit dans nos banlieues, même s’il ne mène pas systématiquement (contrairement à ce que prétend le front national) au terrorisme djihadiste.

Le rythme du film est soutenu, il n’y a aucun temps mort et, malgré l’invraisemblance de l’intrigue (un jeune Européen se déguise en femme voilée pour voir la femme qu’il aime) et la totale prévisibilité du résultat (le radicalisé tombe amoureux de « Shéhérazade » …), le tout fonctionne très bien.

Il faut dire qu’il y a aussi les personnages secondaires en tête desquels il y a Mitra, la mère d’Armand, une Iranienne anti-mollahs, militante qui s’est battue successivement contre le shah et contre Khomeiny avant d’être réfugiée politique en France. Et puis, il y a deux « disciples » de Mahmoud dont Fabrice qui veut qu’on l’appelle Farid depuis sa conversion et qui, dans l’affolement de la scène finale fait, pour conjurer le mauvais sort, un… signe de croix.

Une excellente comédie, donc, réellement hilarante, ce qualificatif qu’on retrouve dans toutes les promotions de ce genre de comédies, mais qu’on retrouve plus rarement dans les films.

Pour que tout ça fonctionne, il faut, évidemment, de bons comédiens et ils le sont tous. Felix Moati et Camelia Jordana forment un couple tout à fait charmant, Oussama Kheddam, Walid Ben Mabrouk et Oscar Copp sont les trois Pieds Nickelés qui accompagne Mahmoud, tandis que Predag « Miki » Manojlovic, qui est Serbe, joue le père iranien d’Armand, entraîné dans le tourbillon permanent de sa volcanique épouse. Une mention spéciale pour William Lebghil (Mahmoud) qui sort enfin de ses rôles de faire-valoir et, bien sûr, une grande mention pour Anne Alvaro, superbe Iranienne plus vraie que nature.

Le Mur invisible

 


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Gentleman’s Agreement (Le Mur invisible) d’Elia Kazan (1947)


Un journaliste fait une enquête approfondie sur l’antisémitisme. Il ne sait par où commencer, jusqu’au jour où il trouve le biais : se faire passer pour un juif.

 

Il mesure alors exactement ce qu’est l’antisémitisme.

On serait tenté de dire que c’est un film mineur dans la carrière du réalisateur d’America America, mais c’est pire : c’est sans doute son plus mauvais film.

Ce thème qui, tout en étant dénoncé, eut mérité une mûre réflexion, n’est ici que bâclé par un scénario indigent et lourd.

Les gros pontes d’Hollywood étaient tellement sclérosés dans leurs rôles de nababs qu’ils étaient devenus incapables de penser un sujet qui, pourtant, en touchait certains de près.

Pourtant, et c’est bien la preuve que l’antisémitisme était encore en vigueur à Hollywood à l’époque, le producteur qui voulut et produisit ce film n’est ni Louis B. Mayer, ni Jack Warner, ni Harry Cohn, tous juifs, mais Darryl F. Zanuck qui ne l’était pas, comme si les juifs avaient eu peur d’être accusé d’égotisme ou, de ce qu’on appelle aujourd’hui, de repli identitaire.

Il n’était pas convenable, à l’époque, de parler de soi, surtout pour se plaindre. Les choses ont bien changé !...

vendredi 6 février 2026

Souvenir


 

Souvenir (2016) de Bavo Fume

Jean travaille dans une usine de pâtés. Son père est un grand admirateur de Liliane Cheverney, une chanteuse bien oubliée qui a remporté, il y a bien longtemps, le grand prix Eurovision de la chanson.

Dans son usine, Jean croise une ouvrière, Laura, qui ressemble beaucoup à la chanteuse.

Après avoir nié, Laura avoue qu’elle est bien Liliane. Jean qui, en dehors des pâtés, s’entraine pour devenir boxeur professionnel, voudrait que Liliane relance sa carrière.

Jean rate le championnat régional de boxe et décide, du coup, de devenir le manager de Liliane pour sa nouvelle carrière.

Il y a une culture gay qui va de Proust à Visconti. Bien sûr, on peut reprendre aussi les films qu’on trouve dans The Celluloid Closet ou citer des films où l’homosexualité est présente, qu’elle soit allusive (The Servant) ou évidente (Priscilla).

Et puis il y a la culture tapiole.

Ici, on est en plein dedans. Ça voudrait nous faire un truc à la Poupoupidou, un très bon film de Gérald Hustache-Mathieu qui nous racontait l’histoire d’une sous-Marylin Monroe à Mouthe, dans le Jura, mais le sous-Cerdan et la sous-Piaf du nanar présent, non, ça ne se passe pas !

Isabelle Huppert retrouve un rôle « copié-collé » à celui qu’elle tenait dans l’excellent Asphalte de Samuel Benchetrit, mais Souvenir est très loin d’être excellent.

C’est filmé à la truelle, monté après un trop bon repas et l’ensemble du casting, Huppert comprise, est désolant.

Quant à la chanson à la con qu’on entend ad nauseam, on a honte, non pas de l’écouter (qui va écouter ça ?), mais juste de l’entendre.

Un film inutile qui, sans être vraiment adulé, a été vu par la plupart des critiques avec une mansuétude suspecte.

Le Chemin de Rio (Cargaison blanche)


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Le Chemin de Rio (Cargaison blanche) de Robert Siodmak (1936)


Dans un bordel de Rio, une jeune Française, face à son premier client, préfère se tuer. La patronne du bordel télégraphie en Europe pour avoir une remplaçante. Le destinataire du télégramme est Blanco, dont la couverture est un banal négoce de fleurs et l’apparence celle d’un brave bourgeois, père d’une toute jeune fille.

Le « rabatteur » de Blanco est le crapuleux Moreno qui fait miroiter une fabuleuse carrière de danseuse en Amérique (en omettant de préciser s’il s’agît de celle du Nord ou du Sud). Mais Moreno est tombé amoureux et Blanco a envoyé la demoiselle en question à Rio. Moreno rumine sa vengeance.

Pendant ce temps, Marion Baker, une jeune danseuse, rêve de se faire présenter à Moreno. Elle est abordée par Henri Voisin qui se présente comme un représentant en lingerie féminine. Mais elle ne tarde pas à découvrir qu’Henri est journaliste. Or Marion est une collègue, donc une rivale.

Siodmak fut un réalisateur très prolifique en Allemagne, en France, aux Etats-Unis, en France de nouveau, puis en Allemagne pour boucler une carrière qui compte plus de cinquante films et quelques chefs d’œuvres comme The Killers, Cry of the City ou des films plus qu’estimables comme The Strange Affair of Uncle Harry, Mollenard et Pièges. La fin de sa carrière marque un très net fléchissement et ce, dés son retour en Europe.

Mais dans ses premiers films, il n’y avait pas que des choses prometteuses. Réalisé juste après Mollenard, ce Chemin de Rio, rebaptisé Cargaison blanche à la suite de l’intervention du consulat du Brésil à Paris, est mauvais, racoleur en diable et globalement mal joué. Cependant, si le sourire de Jean-Pierre Aumont peut, à juste titre, crisper, on admirera le charme de Kate de Nagy, mais surtout l’affrontement des grands Jules Berry et Charles Vanel et, dans une moindre mesure, Suzy Prim. Dalio se contente, quant à lui, de faire son habituel numéro de petit maquereau.

Spotlight

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Spotlight (2015) de Tom McCarthy

Spotlight, c’est une petite équipe de journalistes d’investigation au sein du Boston Globe, le grand quotidien bostonien.

Ils sont six et ils commencent à enquêter sur des soupçons de cas de pédophilie au sein de l’église catholique de Boston.

Ils découvrent que, non seulement des prêtres catholiques se sont livrés à des actes pédophiles sur des mineurs dont ils avaient la responsabilité mais également qu’une fois les faits avérés, ils ont bénéficié d’une omerta, voire d’une réelle protection de la part de leur hiérarchie, jusqu’aux plus hauts niveaux.

Evidemment, en mars 2016, tout ça raisonne assez familièrement dans nos oreilles de français alors que tous les médias déversent de journaux en magazines, de brèves en enquêtes approfondies, des faits de pédophilie que l’actuel cardinal de Lyon aurait couverts par son silence, allant jusqu’à promouvoir certains des prêtres pédophiles en question.

Le film, extrêmement classique, voire académique dans son traitement, n’offre aucune surprise.

On pense, bien sûr, aux classiques du genre, comme Les Hommes du président. Mais c’est plutôt moins bien fait que le film de Pakula

Ça se laisse voir, c’est bien joué, c’est vite oublié et, comme souvent dans les films américains, ça se perd dans les méandres procédurales de la constitution qui régit toutes les lois américaines, avec par-dessus, l’ombre tutélaire du sacro-saint « premier amendement » de ladite constitution qui régit la liberté de la presse.

Du coup, le film devient un peu confus, mais tout de même très intéressant.

De là à le sacrer meilleur film de l’année… !

jeudi 5 février 2026

Une famille heureuse


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Chemi bednieri ojakhi (Une famille heureuse) de Nana Ekvtimishvili et Simon Groß (2017)

A Tbilissi, Manana est professeure de lycée. Elle est mariée à Soso depuis 25 ans.

Toute la famille habite un grand appartement, comme souvent en Géorgie : outre Soso et Manama, il y a les parents de Manama, son fils et sa dernière petite amie, sa fille et son copain.

Manama étouffe au milieu de cette famille encombrante et le soir où son mari a fait venir tous leurs amis pour fêter les 52 ans de Manana, celle-ci n’apprécie pas du tout la surprise et n’adresse la parole à personne.

Elle fait sa valise et loue un appartement pour elle toute seule. Mais elle ne tarde pas à être harcelée par la famille et tout particulièrement par son frère, bourgeois et traditionnaliste, qui lui reproche de « déshonorer la famille ».

Je me souviens d’un film très beau et très intelligent, une mise en scène au cordeau, un scénario impeccable et un casting au-dessus de tout éloge.

C’est le souvenir que j’en garde.

Malheureusement, plus de quatre mois après, j’ai beaucoup de mal à me souvenir des détails.

Je me souviens tout de même d’une famille exaspérante et d’une mise en scène qui les rend tout de même tous attachants, sauf peut-être le frère qui se prend pour un caïd et qui a la sale habitude, en bon con qu’il est, de se mêler de ce qui ne la regarde pas et de ce qu’il ne peut pas comprendre.

C’est vraiment tout ce dont je me souviens.

mercredi 4 février 2026

L’Espion qui m’a larguée


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The Spy Who Dumped Me (L’Espion qui m’a larguée) de Susanna Fogel (2018)

Drew quitte Audrey en prétextant qu’il représente un danger pour la jeune femme. Car il est espion et des tueurs le pourchassent.

Audrey n’en croit rien, mais après avoir fait quelques recherches avec sa meilleure amie Morgan, elle s’aperçoit que Drew est réellement un espion.

D’autant que les deux femmes retrouvent deux cadavres dans l’appartement qu’elles partagent.

Audrey trouve une clé USB qu’elle garde avec elle et, accompagnée de Morgan, elle s’enfuit.

C’est bien mené, c’est drôle par moment, c’est gentil et c’est con-con.

Le scénario, fortement capillotracté, manque de vraisemblance et aurait même tendance à se prendre les pieds dans le tapis, mais comme ça va très vite, on a tout juste le temps de se demander si tout ça a bien été soigné.

Bien sûr, on est loin du modèle du genre, Kingsman, tant le premier Services secrets que le deuxième Cercle d’or.

L’originalité - eh oui, il y en a une ! - c’est que le héros habituel est ici un duo d’héroïnes, plus exactement de deux pintades.

Les comédiens, ou plus exactement les comédiennes,  se donnent à fond, car les bonshommes sont, comme souvent, passablement godiches par rapport à ces dames, en l’occurrence Mila Kunis et Kate McKinnon, avec, plus épisodiquement, la cheffe Gillian Anderson, l’illustrissime « Scully » des incontournables X-Files.

Vite vu, vite oublié, plutôt sympa ! Que dire d’autre ?