lundi 11 mai 2026

La Clinique de l’amour


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La Clinique de l’amour (2012) d’Artus de Penguern

 David Marshal a fondé la clinique Marshal, il y a quelques décennies. Mais il est vieux et envisage de passer la main à ses fils John et Michael.

John est un brillant chirurgien honnête et travailleur, mais il est timide avec les femmes et n’ose avouer son amour à Priscilla, la jeune et jolie infirmière qui vient d’être engagée.

A l’inverse, Michael est un être dilettante menteur, voleur et coureur de femmes. Il va profiter de la timidité de son frère pour séduire Priscilla et l’épouser.

Par dépit, John s’exile pour aller soigner les pauvres et les animaux (!) en Alaska.

Mais Michael ne tarde pas à se lasser de sa jeune et vertueuse épouse et il est séduit par une nouvelle infirmière, la ravageuse Samantha Bitch.

En réalité, Samantha Bitch travaille pour l’ignoble Jonathan Stork qui veut mettre la main pour la clinique Marshal. Et séduire Michael fait partie des plans de Samantha.

Nous sommes ici dans le domaine du « Soap Opera », ce feuilleton américain « cheap » où les intrigues les plus invraisemblables se chevauchent, s’enchevêtrent, basés sur des coups de théâtre et des drames de famille.

L’un des plus anciens « Soap » est produit par William Joseph et Lee Philip Bell et diffusé tous les midis sur TF1 depuis plus de 20 ans. Il s’agit de The Young and the Restless (Les Feux de l’amour) et le premier épisode a été tourné en 1973. Certains des comédiens qui sont encore dans le soap étaient dans ce premier épisode !

C’est donc une parodie de ce genre insipide qu’Artus de Penguern a décidé d’écrire et de tourner. Malheureusement, comme souvent dans ce genre de parodies, il a un peu trop chargé la mule et si certains gags comme le numéro musical final des mamans (avec ours !) sont effectivement très drôle, l’ensemble se traîne un peu malgré l’excellence de l’interprétation.

C’est dommage, car le début du film était très prometteur, mais la parodie s’essouffle assez rapidement.

mardi 5 mai 2026

Sitcom


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Sitcom (1998) de François Ozon


Dans une jolie maison de banlieue, vit une famille bourgeoise : le père, la mère, deux enfants et une bonne qu’on vient d’engager, sans oublier un invité quasi permanent, David, le petit ami de la fille, Sophie.

Un soir, le père rapporte un rat de laboratoire dans une cage. Le rat est mis dans la chambre de Nicolas, le fils.

Celui-ci, lors du dîner, déclare cérémonieusement qu’il est homosexuel.

Après le dîner, Sophie joue avec le rat. Puis, elle monte à l’étage et se jette par la fenêtre.

François Ozon avait, à l’époque du film, la réputation d’un trublion et dans notre temps  « politiquement correct », les trublions ont quelque chose de « réjouissant », comme on dit à Télérama.

Mais son « brûlot » a l’efficacité d’un pétard mouillé. On rit un petit quart d’heure et puis on est vite agacé devant ce court-métrage interminablement étiré. En tant que court, il n’eut été que passable ; en tant que long, il est franchement inintéressant. Evelyne Dandry, dans le rôle de la mère est très bien. Les autres font consciencieusement leur métier.

lundi 4 mai 2026

Les Employés modèles

 


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Clerks (Les Employés modèles) de Kevin Smith (1994)


Sorte de film à sketches très courts, sans continuité, écrit à la va-comme-j'te-pousse (si tant est qu'il ait été écrit). C'est amusant dix petites minutes…

A la sortie de cette pochade, toute la critique française est tombée en arrêt (ça lui arrive souvent !) devant ce petit film fauché et mal fagoté et c'est probablement ça qui a plu à nos critiques hexagonaux : lorsque c'est américain et mal fichu, ça fait « indé » et c'est pour eux un gage de qualité. Il est plus que probable qu'une telle production réalisée chez nous n'eut suscité que de vagues regards de commisération.

Le scénario est inexistant : c'est une série de saynètes qui se veulent comiques et certaines le sont. Il n'est pratiquement question de fesses, mais c'est ce qui plait, alors…!

De plus, pour faire vraiment production indépendante, c'est tourné en 16 millimètres et noir et blanc. C'est tout juste assez crapoteux pour rester "convenable" et, au bout du compte, c'est ce qui agace le plus.

dimanche 3 mai 2026

Skyfall


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Skyfall (2012) de Sam Mendès

 James Bond, en plein cœur d’Istanbul, tente de sauver un de ses collègues gravement blessé après s’être fait volé un disque dur sur lequel figure la liste des noms de tous les agents du MI6 infiltrés dans les organisations terroristes du monde entier.

A la suite d’une course poursuite à travers la ville qui se termine sur le toit d’un train, Bond est atteint par une balle de sa co-équipière que M l’a obligée à tirer.

Bond, déclaré mort, se refait une santé sous les tropiques, mais il apprend que le MI6 est en très mauvaise posture depuis « sa mort » et surtout, depuis que le nom des agents infiltrés permet aux terroristes de les identifier et de les exécuter.

L’ordinateur de M est piraté et elle comprend alors que c’est à elle que s’adresse le hacker qu’un seul homme peut contrer, l’agent 007 déclaré décédé.

Ian Fleming fut recruté en 1939 par le contre-espionnage britannique et il mena pendant la guerre quelques opérations d’envergure comme la capture par les Britanniques de Rudolf Hess, « dauphin » désigné d’Hitler, que le même Fleming attira en Angleterre en 1941.

Après la guerre, il abandonna le monde de l’espionnage, mais il décida d’écrire des romans sur cet univers précisément. Il inventa un personnage dont le caractère ressemblait à celui d’un « agent secret » de ses amis, Wilfried Dunderdale.

Il lisait le livre d’un ornithologue américain, James Bond, lorsqu’il inventa son personnage et il lui donna tout naturellement son nom. Puis, il lui inventa une biographie qu’il exposa dans Au service secret de sa majesté.

Or, on n’avait jamais vu cette biographie au cinéma. On peut situer le moment où James Bond « devient un être humain » (avec un passé) à la prise de rôle de Daniel Craig qui raconte un « James Bond débutant » qui tue ses deux premières victimes (condition sine qua non pour obtenir le double zéro au MI6). Ici, on va plus loin : James Bond emmène M dans la maison de son enfance, ce manoir nommé… Skyfall où ils se rendent très symboliquement avec la mythique Aston Martin de l’agent secret dans laquelle est M fait une allusion humoristique au fameux siège éjectable qui était la grande attraction de la voiture lorsqu’elle fut « présenté » au public en 1964 dans Goldfinger.

C’est dire tout le côté freudien que les producteurs Michael G. Wilson et son épouse, Barbara Broccoli, fille de l’un des deux « papas » cinématographiques de Bond et, de ce fait, « sœur » ou « demi-sœur » de l’agent secret, ont voulu donner à ce 23ème épisode qui arrive pour fêter les cinquante ans au cinéma du héros.

Comme son premier interprète à l’écran, James Bond est Ecossais d’origine, fils de Sir Andrew Bond of Glencoe alors que sa mère est Suisse, Vaudoise très exactement, et nommée Monique Delacroix. La famille serait d’origine noble et les armes familiales porteraient la devise « Orles non suffit » (« Le Monde ne suffit pas » qui sera le titre d’un des James Bond, période Pierce Brosnan, qui ne figure pas dans le peloton de tête de la série au niveau qualitatif !).

Cette biographie nous est ici partiellement révélée puisque le dernier quart du film se passe dans cette maison que James Bond « n’a jamais aimé » d’après une de ses répliques et on voit la tombe de ses parents, ainsi que Kincade, sorte de « butler » ayant connu notre héros très jeune et resté fidèle à la famille.

Si on ajoute un méchant TRÈS méchant, Raul Silva, sorte de double malfaisant de James Bond et attiré sexuellement par lui et que ce même Silva se considère un peu comme un frère de Bond alors que les deux agents auraient M comme mère (que le méchant veut détruire ; « tuer la mère »), nous sommes vraiment de plain pied dans une sorte de psychanalyse qui, du moins je persiste à le croire, ne se prend pas trop au sérieux. Et quoiqu’en dise certains critiques, c’est ce qui donne un certain cachet à ce 23ème opus.

Si on y ajoute des scènes de poursuite assez décoiffantes (la séquence pré-générique à Istanbul, le métro de Londres, Skyfall…), on a les meilleurs ingrédients des meilleurs Bond avec les petits plus dont je parle plus haut.

Le film a enregistré la plus forte sortie, en terme d’audience, de toute l’histoire des James Bond au cinéma.

Et on a même eu droit à ce débat terrible : Skyfall est-il le meilleur des 23 James Bond ?

Nonobstant ma passion de jeunesse pour les premiers films de la série (les Sean Connery ; je déteste Roger Moore !) qui sont pour moi, Opération Tonnerre excepté, de véritables films-cultes, je pencherai plutôt pour lui accorder la palme à cette petite réserve près que je peux comprendre qu’on y soit hermétique : depuis la prise de rôle de Daniel Craig, les James Bond semblent ne s’adresser qu’aux Happy Few, rejetant le reste du public dans l’enfer « non-Bondien ». Mais il faut bien reconnaître que dans deux films sur les trois (nous oublierons pudiquement le nullissime Quantum of Solace !) le ravalement de la franchise James Bond a globalement été payant.

Comme souvent dans les rôles de méchant, le personnage de Raul Silva est un tout petit peu chargé par Javier Bardem, mais ça reste supportable.

Béatrice Marlohe est une James Bond girl aussi belle que fugitive : on ne la voit guère plus de dix minutes sur les deux heures et demi de film. Notre compatriote à la voix suave doit être la sixième James Bond girl française si je ne m’abuse, après Claudine Auger (Opération tonnerre), Corinne Cléry (Moonraker), Carole Bouquet (Rien que pour vos yeux), Sophie Marceau (Le Monde ne suffit pas) et Eva Green (Casino Royale).

Dans le rôle de Kincade, c’est un interprète d’Hercule Poirot qui s’y colle : Albert Finney, grand comédien atypique, cinq fois nommé aux oscars, refusa à la fois le grand honneur d’être le successeur de Laurence Olivier du Britain’s National Theater, alors que ce dernier l’avait lui-même désigné et de poursuivre la série des Hercule Poirot alors qu’il avait remporter un considérable succès avec Le Crime de l’Orient-Express.

Son duo avec Judi dench est un grand moment du film. Judi Dench abandonne ici le rôle de M pour passer le relais à Ralph Fiennes ; nous regretterons cette prestigieuse vieille dame, mais, pour la remplacer, on aurait pu tomber plus mal !

Car malgré ce retour aux sources et ce recours à la psychanalyse qui auraient pu marquer une apothéose de la série, ce 23ème James Bond ne sera visiblement pas le dernier, puisque Daniel Craig a déjà signé pour deux James Bond supplémentaires, alors que son contrat arrivait à échéance avec Skyfall.

Mais entre l’explosion du MI6, l’intervention d’une rame de métro comme arme de destruction massive et la fin apocalyptique de la demeure ancestrale des Bond, il sera difficile de faire mieux la prochaine fois !

Néanmoins, God Save James Bond !

samedi 2 mai 2026

Cléopâtre (De Mille)


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Cleopatra (Cléopâtre) de Cecil B. de Mille (1934)


Le premier ministre du roi Ptolémée XIII abandonne la sœur de celui-ci, Cléopâtre, en plein désert. Mais la reine parvient à regagner son palais d’Alexandrie et c’est enroulée dans un tapis qu’elle est présentée à Jules César, venu en Egypte régler, précisément, le délicat problème de la succession au trône.

Cléopâtre séduit le général romain ce qui lui permet d’évincer définitivement son frère. Quelques mois plus tard, juste après l’arrivée de Cléopâtre à Rome, César est assassiné par une conjuration de sénateurs inquiets à l’idée que César puisse se faire couronner roi ou empereur de Rome.

Les héritiers de César sont Octave et Marc-Antoine. Ce dernier, à son tour, est séduit par la reine d’Egypte.

La tragédie de la reine d’Egypte devient ici une charmante revue genre « Cléopâtre chez Ziegfeld ». Claudette Colbert est parfaite, mais si mal entourée qu’elle ne peut sauver le film à elle seule.

Rien à voir avec le chef d’œuvre de Mankiewicz.

 

 

 

vendredi 1 mai 2026

Le Skylab

 


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Le Skylab (2011) de Julie Delpy

 Dans l’Eurostar qui la ramène à Paris avec son mari et ses deux enfants, Albertine se souvient de l’anniversaire de sa grand-mère qui fêtait ses 67 ans en ce beau mois de juillet 1979.

Les relations ne sont pas toujours évidentes entre ses parents Jean et Anna, gauchistes, ex-soixante-huitards (on ne disait pas encore « babas » à l’époque), hippies, acteurs de rue et les oncles et tantes plutôt militaires dans la coloniale, tendance à droite de l’extrême-droite, du moins pour deux d’entre eux.

Il y a aussi ses deux grands–mères et son grand-oncle Hubert qui n’a plus toute sa tête.

Encore un « film choral », ces fameuses « comédies dramatiques » qui réunissent une nombreuse famille autour d’un évènement : il y a eu l’enterrement (Ceux qui m’aiment prendront le train), le mariage (Pièce montée et son modèle américain Un mariage), les vacances (Les Petits mouchoirs) … La liste est très loin d’être exhaustive.

 Ici, nous sommes à l’anniversaire de la « Mamie » (Bernadette Lafont). Il fait beau (malgré deux averses) et toute la famille est réunie. C’est le propre du genre. Mais Julie Delpy réussit (un peu) à le renouveler.

Il y a toujours les engueulades (autour de la politique) entre frères, beaux-frères et belles sœurs (qui vont de l’extrême droite à l’extrême gauche), arbitrées par les crises d’hystérie de la mamie qui menace de mourir s’ils n’arrêtent pas immédiatement, mais il y a quelques petits plus, principalement dans le comportement des enfants avec le petit cousin facétieux qui raconte des histoires de cul et que le sujet préoccupe beaucoup comme il préoccupe Albertine (la scène des poupées Barbie est hilarante) ou le « grand » cousin (Vincent Lacoste), frère du précédent, boutonneux de 17 ans, « qui s’la pête » avec son paquet de Rothmans glissé dans son maillot de bain : le personnage est très caricatural, mais tout à fait authentique et tellement drôle…

Et puis, il y a les cadavres dans le placard : le tonton facho, perdu et dépressif depuis qu’il n’a plus personne à torturer, la tante qui veut bien que la gauche passe « à condition qu’on ne touche pas à [SA] peine de mort » dont la suppression « entraînerait l’anarchie ».

Tout ça est délicieusement (à peine) exagéré et prétexte à de savoureux numéros d’acteurs : Bernadette Lafont, la grand-mère volontaire, Emmanuelle Riva, la grand-mère un peu perdue, Aure Atika, la tante « de droite », Valérie Bonneton, l’épouse du fasciste dépressif, elle-même pas très bien, bègue et dépassée et Noémie Lvovsky, la tante un peu naïve et très attachante (et très dépassée, elle aussi !) sont toutes remarquables.

Les rôles des hommes sont moins intéressants, ce qui rend les comédiens également moins intéressants. Quant à Julie Delpy elle-même et Eric Elmosnino, ils forment un couple de « babas » assez convenus. C’est Albert Delpy, le papa de Julie, qui incarne l’oncle Hubert, doux dingue de service, qui s’en sort le mieux.

Bref, tout est très convenu, mais un convenu qui peut surprendre et n’est pas déplaisant.

jeudi 30 avril 2026

La Classe de neige


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La Classe de neige (1998) de Claude Miller

Le jeune Alexandre part en classe de neige. Mais son père n’a aucune confiance en personne : il maintient ainsi toute sa famille dans une prison étouffante de paranoïa, allant jusqu’à traumatiser son fils avec de pseudo-trafiquants d’organes d’enfants pour annihiler encore sa liberté.

Le père d’Alexandre décide donc d’emmener son gamin lui-même au chalet. Alexandre en a honte, car cet enfermement sécuritaire le coupe un peu plus de ses camarades.

Pour tout arranger, le père d’Alexandre repart avec le sac de son fils qui ne peut plus compter que sur la générosité de ses camarades pour avoir de quoi se vêtir.

De sentiments de honte en obsession de pisser au lit, le séjour d’Alexandre va virer au cauchemar. D’autant qu’un gamin du village voisin a disparu et l’annonce de cette disparition renvoie Alexandre aux angoisses distillées par son père quant au « gang des trafiquants d’organes ».

Plus qu’un film, un livre existe en autant de versions qu’il a de lecteurs. Et le livre d’Emmanuel Carrère, comme beaucoup de ses livres, décrit des faits tangibles à travers un filtre onirique dans lequel chaque lecteur retrouve ses fantasmes et ses peurs.

C’est dire la complexité de critiquer « objectivement » l’adaptation de ce genre de roman. Je vais donc m’y atteler en toute subjectivité.

Tout d’abord, Alexandre m’a paru trop vieux : les peurs de l’enfant chez Carrère sont celles d’un enfant de dix ans, au maximum, et non celles d’un adolescent.

De plus, l’atmosphère du chalet enneigé renvoyait à une prison blanche et gelée qu’on ne retrouve que partiellement ici. On aurait souhaité quelque chose à la fois de plus ouaté et de plus morbide, un peu à la manière d’Un roi sans divertissement de Jean Giono et François Leterrier auquel on pense beaucoup en lisant le livre de Carrère.

Malgré l’excellence d’une interprétation juste et discrète, on aurait souhaité plus de chaleur dans la réalisation face à une ambiance plus glacée.

mardi 28 avril 2026

Le Soldat dieu


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Kyatapirâ (Le Soldat dieu) (2010) de Wakamatsu Koji

 Blessé en 1940 pendant la seconde guerre sino-japonaise, le lieutenant Kurokawa, héros de l’armée de l’empereur Hiro-Hito, reçoit les trois médailles militaires les plus prestigieuses du Japon : mais Kurokawa a perdu ses bras et ses jambes. De plus, il est sourd, défiguré et borgne.

Il est vénéré dans son village comme « Soldat Dieu » et il est demandé à sa femme Shigeko et prendre soin de lui et de servir d’exemple pour la plus grande gloire de la nation et de l’empereur.

Mais dans l’intimité du couple, l’atmosphère est lourde. Kurokawa, qui a toujours été brutal avec sa femme, veut toujours user de « ses droits », mais Shigeko ne se laisse pas faire.

Qui plus est, le « Soldat Dieu » est resté traumatisé par un viol qu’il a commis sur une Chinoise qu’il a tuée ensuite.

Bon d’accord, la guerre, c’est pas beau et un officier qui revient sans bras et sans jambe, c’est pas joli. Et il y a quarante ans l’ex-blacklisté Dalton Trumbo en avait fait un film émouvant, Johnny Got His Gun.

Ici, ce n’est pas l’émotion, ni la compassion, ni même l’empathie pour son héros que cherche Wakamutsu. Il veut simplement dénoncer la guerre et ceux qui la font : son « soldat dieu » est une brute sanguinaire et un violeur.

Avait-il besoin pour autant de nous infliger deux heures de scènes d’autant plus difficile à supporter qu’elles sont répétées… ad nauseam !? Et conclure son film par une chanson grotesque au texte (paraît-il) un peu… sursignifiant.

Dans tout ce fatras, seul l’Ours d’argent à Berlin pour l’actrice Shinobu Terajima (réellement prodigieuse) semble justifié. Personnellement, j’aurai également primé Shima Ohnishi dans le « rôle-titre » qui a dû être particulièrement éprouvant et qu’il interprète avec conviction.

dimanche 26 avril 2026

The Guilty

 


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Den Skyldige (The Guilty) de Gustav Möller (2018)

Asger Holm était un flic de terrain, mais à la suite d’une bavure de sa part, on l’a muté au 112 qui est le centre d’appel de « police secours » au Danemark.

Ce soir-là, il reçoit un appel d’une femme complètement affolée qui vient d’être enlevée et fait croire à son « kidnappeur » qu’elle est en train de téléphoner à sa fille.

Asger fait ce qu’il doit faire, comme appeler les brigades qui peuvent intervenir pour stopper le véhicule du kidnappeur, etc…

Mais il outrepasse ses fonctions en s’impliquant un peu trop auprès de cette femme, d’autant qu’entretemps, il a parlé à la petite fille de la femme qui est seule et terrifiée dans l’appartement où il y a également son petit frère, un bébé.

L’angoisse d’une personne qui « assiste », impuissante, à un crime parce qu’elle est au téléphone est un sujet en or massif pour le cinéma : de Raccrochez, c’est une erreur d’Anatole Litvak à The Call de Brad Anderson, le sujet, avec un tout petit peu de savoir-faire, est toujours payant !

Chez le « témoin téléphonique », il y a deux frustrations qui exacerbent son sentiment d’impuissance : il est physiquement absent de la « scène de crime » et il ne peut pas voir ce qui se passe.

Naturellement, ce dernier point permet toutes les conjectures de la part du spectateur dont la tension est encore « aggravée » par le huis-clos.

Au niveau du huis-clos, on ne fera sans doute jamais mieux que le Buried de Rodrigo Cortès dans lequel il y avait aussi un téléphone.

Car si dans le film de Litvak et dans celui d’Anderson, le principe du huis-clos n’était pas rigoureusement respecté, dans The Guilty, il n’y a pas de triche ! On ne sort à aucun moment de cette permanence téléphonique, pas plus qu’on ne quitte cet opérateur zélé et tellement impliqué qu’il va « se faire avoir », ce dont on s’attend presque tout-de-suite.

Mais le scénario est tout-de-même très bien fichu et ne laisse pas grand-chose au hasard si ce n’est le passé ambigu du héros dont on aimerait, finalement, en savoir un peu plus.

Au niveau du casting, tout repose sur les (solides) épaules de Jakob Cerdergren, seul à l’écran à quelques rares exceptions près. Mais il ne faudrait pas pour autant oublier les excellents Jessica Dinnage (Iben, la femme enlevée) et Johan Olsen (Michael, son mari) qu’on ne voit pas, mais dont les voix sont celles qui « font » le drame.

Un film qui parvient à rester angoissant, même lorsqu’on a deviné « ce qui n’allait pas ».

samedi 25 avril 2026

Citoyen d’honneur


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El Ciudadano ilustre (Citoyen d’honneur) de Gaston Duprat et Marianne Cohn (2015)

David Montovani est à Stockholm où il est venu recevoir sans enthousiasme le Prix Nobel de littérature.

Une fois son prix en poche, il rentre chez lui dans un village quelque part en Europe, mais il cède à une invitation du maire de sa ville natale argentine qui veut lui décerner le titre de « Citoyen d’Honneur ».

Alors que la voiture qui est venu le chercher à l’aéroport tombe en panne, Daniel, coincé au milieu de nulle part commence à se demander s’il n’a pas eu tort en acceptant de revenir.

Depuis quelques années, le cinéma argentin fait parler de lui.

Il nous a même offert quelques chefs d’œuvres : Dans ses yeux et Le Fils de la mariée de Juan José Campanella, les films de Carlos Sorin…

L’esprit de ce Citoyen d’honneur est d’ailleurs proche des films de Campanella, une étude de mœurs teintée d’un humour décapant.

Une gloire mondiale revient dans sa ville natale où il retrouve ses anciens amis et amours « toujours dans le jus » et s’attire l’envie et la haine de ses anciens amis à qui il n’a plus grand-chose à dire, tel est l’argument très classique du scénario et on se doute bien que tout ça va mal tourner.

Bien entendu, l’ex-« meilleur ami » du héros est devenu un gros plouc qui a épousé le grand amour de jeunesse du même héros. Ils ont, bien sûr eu une fille avec qui le même héros couche sans savoir qui elle est.

Ce n’est donc pas dans cet argument, ni dans le scénario, que nous trouverons de l’originalité, mais bien dans la mise en scène et dans les dialogues.

Des dialogues servis par un casting excellent, dominé par Oscar Martinez, dans le rôle principal qui lui a valu le prix d’interprétation à la Mostra de Venise.

Si le scénario est un peu à la peine, il commence à s’agiter dans la dernière partie et la conclusion est très habile.

Autre gros atout : l’observation très fine des mœurs du village nous rappelle que les deux réalisateurs sont de très talentueux documentaristes.

Le Labyrinthe du silence

 

 

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Im Labyrinth des Schweigens (Le Labyrinthe du silence) de Giulio Ricciarelli (2014)

Francfort 1958. Simon Kirsch, un artiste peintre, demande du feu à un professeur qui, depuis la cour de l’école, surveille des gamins en récréation. Simon, en voyant le professeur de plus près, le reconnaît et, sous le choc, est victime d’un malaise.

Quelques jours plus tard, Thomas Gnielka, un journaliste, l’accompagne au tribunal pour le soutenir alors qu’il vient porter plainte : Simon a reconnu, en la personne du professeur, un SS qu’il a vu tuer de nombreuses personnes dans un camp en Pologne.

Le tout jeune procureur Johann Rademan entend ainsi pour la première fois le nom d’Auschwitz.

Il décide d’instruire l’affaire malgré les recommandations et les menaces de ses collègues.

Il est aidé par Thomas Gnielka, mais aussi, curieusement, par Fritz Bauer, le procureur général.

La première fois que j’ai entendu évoquer « les camps de la mort » en général et Auschwitz en particulier, je pense que ce devait être en 1965, à la commémoration du vingtième anniversaire de la libération du camp.

Nous n’étions plus tout à fait dans la période la plus sombre de la guerre froide, mais tout ce qui concernait l’Europe de l’Est, ce qu’on appelait pudiquement les « pays signataires du Pacte de Varsovie » (Pologne et R.D.A. comprises), était assez édulcoré, voire assourdi. Et les camps d’extermination où avait été mise en œuvre la « solution finale à la question juive » se trouvaient tous sur le territoire du « gouvernement général » instauré par les Nazis, c’est-à-dire en Pologne.

La polémique n’est pas encore éteinte (et risque de ne pas s’éteindre avant longtemps) de déterminer ce que savaient les gouvernements provisoires des pays occupés réfugiés à Londres, les Britanniques eux-mêmes, les Canadiens et les Américains, ce que l’on appelait les « Alliés ». Et il est désormais pratiquement établi que les « hautes sphères » des pays alliés étaient au courant, à la fois de façon indirecte (les « on dit » de certains témoins) et de façon directe par des témoins (comme Jan Karski) et quelques évadés (ils étaient rares, mais il y en a eu).

Mais même si « certains savaient », on peut légitimement se demander QUI savait et, surtout, COMBIEN savaient.

En France, ce fut à partir de 1965 qu’on commença à en parler. En 1969, année de la fin du « règne » de Charles de Gaulle, contempteur d’une France exclusivement résistante, sortit en salle une production O.R.T.F. (interdite d’antenne) Le Chagrin et la pitié.

J’imagine que dix ans plus tôt, en Allemagne où aucun Allemand ne s’avouait nazi ou fils de nazi, les camps de la mort étaient un sujet plus que tabou. Et c’est ce que montre, sans effet de manche et sans coup de pétard intempestif, ce film à qui on a pu reprocher, du coup, son « académisme ».

On lui aussi reproché - et là, on n’a pas complètement tort - son côté « dispersé », partant sur plusieurs pistes sans aboutir à aucun point comme, justement, cette impossibilité pour les Allemands de s’avouer « ex-nazis ». Le sujet est à peine effleuré et c’est dommage.

En revanche, la découverte épouvantée d’Auschwitz dans ces années-là, associée à la quasi-contemporanéité du nazisme, est très intelligemment exposée.

L’ensemble du casting est irréprochable et les réactions prêtées aux différents personnages sont remarquables de justesse.

Le tout est un film captivant qui sonne juste constamment, ce qui est plus rare qu’on ne le voudrait.


vendredi 24 avril 2026

Glory


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Slava (Glory) de Kristina Grozeva et Peter Valchanov (2016)

Tzanko Petrov est cantonnier et bègue. Il nettoie une voie ferrée lorsqu’il trouve des billets de banque répandus sur le ballast.

Au lieu de les garder, il les remet à son administration, en l’occurrence au Ministère des transports.

Julia Staykova, chargée de communication dudit ministère, organise une cérémonie, devant la presse bien sûr, pour le remercier publiquement et glorifier son civisme.

Pendant la cérémonie, elle lui offre une montre numérique moderne (qui ne fonctionne pas) et pour lui poser officiellement, elle lui retire sa montre « Glory » qui lui venait de son père en lui assurant, discrètement, qu’elle lui rendra après.

Mais la technocrate à « haute responsabilité », a autre chose à faire que de s’occuper de la vieille montre d’un bouseux.

Et le bouseux, lui, va s’acharner à récupérer sa montre et ça va lui coûter très cher.

Le film est Bulgare et se situe en Bulgarie, mais il est universel dans son propos.

La morale de l’histoire, c’est que l’honnêteté à outrance et la recherche de la justice est un luxe qu’un pauvre cantonnier bègue ne pourra jamais s’offrir.

Le pauvre bonhomme qui va s’acharner jusqu’à sa propre destruction s’oppose, en l’occurrence, à une pétasse de pouvoir, la « chargée de communication » du ministère des transports, qui a des choses bien plus importantes à régler, principalement ses propres problèmes de grossesse tardive (car elle n’est plus toute jeune) : qu’est-ce qu’elle peut bien avoir à faire de l’obstination d’un bouseux qui s’est attaché (bêtement !) à une montre bracelet que lui a offert son bouseux de père, aujourd’hui décédé ?

Fait aggravant, le cantonnier est bègue, ce qui agace tout le monde. Et il met autant d’obstination à finir ses phrases qu’à retrouver sa montre ; et tout le monde se fout et de ses phrases et de sa montre.

Même l’opposant politique qui veut se servir de Tzanko va jeter l’éponge et en rendant publiques les doléances du pauvre cantonnier, ce magouilleur politique va faire perdre son boulot au pauvre homme.

Tout le film est remarquablement interprété par, entre autres, Stefan Denolyubov et Margita Gosheva. Mais l’ensemble du casting est excellent.

Glory joue la carte de l’humour noir qui ne dédaigne pas le vitriol, ce qui est particulièrement réjouissant.

Et c’est tout à fait évident dans l’ellipse finale, vacharde à souhait et particulièrement réussie !

mardi 21 avril 2026

Le Choc des Titans

 


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Clash of the Titans (Le Choc des Titans) de Desmond Davis (1980)

Persée, fils de Danae et de Zeus, doit reconquérir Argos. La moitié des dieux de l’Olympe veut le soutenir alors que les autres veulent le perdre.

 

Grâce à un casque qui le rend invisible et à Pegase, le cheval qui vole, Persée vient à bout de sa mission, triomphe de Calibos, de la Méduse et du Kraken. Il gagne l’amour d’Andromède.

En 1980, la Metro Goldwyn Mayer aux abois décide de frapper un grand coup. Une superproduction avec une floppée de stars internationales (Laurence Olivier, Claire Bloom, Ursula Andress, Burgess Meredith et Maggie Smith) et des effets spéciaux SPECTACULAIRES.

Malheureusement, quand on est aux abois, on s’affole et on a tendance à faire n’importe quoi. Aussi, pour les effets spéciaux, la M.G.M. ne trouva rien de mieux que de sortir de la naphtaline le vieux Ray Harryhausen, inventeur de pas mal de trucs… trente ans auparavant.

Le pauvre vieux leur coûta tellement cher qu’ils ne purent se payer de vrais scénaristes. Le résultat fait partie de ces choses consternantes qu’on croise, d’accidents cinématographiques en catastrophes, un genre qui va d’Ed Wood à Claude Lelouch en passant par Max Pecas ou Bernard Henri-Levy. Les morceaux d’une [certaine] bravoure se succèdent pour notre plus grand plaisir, à condition d’être entre copains, d’avoir un petit coup dans le nez et d’avoir très envie de rire.

Blague à part, que les stars précitées aient pu participer à cette singerie (même si elles avaient du retard dans le paiement de leurs impôts), c’est un peu consternant. Pas aussi consternant toutefois que le vide abyssal perçu dans les yeux de Persée, incarné (le pauvre, il ne méritait pas ça !) par l’inoubliable (enfin… !!!) Harry Hamlin.

dimanche 19 avril 2026

Mort à Sarajevo

 


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Smrt u Sarajevo (Mort à Sarajevo) de Danis Tanavic  (2015)

Une importante délégation internationale de diplomates doit arriver à l’hôtel Europe de Sarajevo pour commémorer le centième anniversaire du début de la Première Guerre Mondiale.

Le comédien Jacques Weber arrive dans le même hôtel.

Mais ce que tous ces clients ne savent pas, c’est que le personnel mal payé, mal traité et racketté par la mafia locale qui est, en fait, le bras armé de la direction de l’hôtel, prépare une grève.

Bon ! Si j’avais su qu’au niveau du scénario, il y avait du BHL, je ne me serai même pas approché de la salle où ça passait.

Visiblement, Danis Tanavic a trouvé le matériau « BHLien » un peu lourd à manier. Du coup, il s’en éloigne avec cette grève que la mafia locale semble décidée à briser et qui est le « bon » sujet du film.

Malheureusement, il est bien obligé de glisser deux ou trois tonnes de la finesse légendaire de notre ex-nouveau philosophe, sublime et inoubliable réalisateur du grandiose Le Jour et la nuit.

Nous avons donc droit à la prose de notre Trissotin à travers Jacques Weber qui répète son texte enfermé dans sa chambre. Tanovic montre l’intérêt qu’il porte à ce texte en ne nous en infligeant que quelques phrases éparses, ânonnées par le comédien en répétition « à l’italienne ».

En revanche nous n’échappons pas à l’ennui avec une discussion interminable entre un Bosniaque et un Serbe à propos de Gavrilo Princip, le tristement célèbre nationaliste qui, en tuant l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône de son oncle François-Joseph, empereur d’Autriche-Hongrie, déclencha la première guerre mondiale, guerre qui se serait déclenchée, de toutes façons !

Traqué dans Chicago

 


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City that Never Sleeps (Traqué dans Chicago) de John H. Hauer (1953)


John Kelly est flic et fils de flic. Mais il ne désire que quitter à la fois la police et sa femme pour partir en Californie avec Sally, sa maîtresse, qui est chanteuse dans un cabaret.

Warner, un ancien comédien qui est chargé de faire l’automate dans la vitrine de la boîte où travaille Sally, est amoureux de celle-ci. Mais Sally espère toujours que Johnny va tout abandonner pour la suivre.

Johnny a déjà écrit sa lettre de démission, mais il doit enquêter sur la mort d’un riche avocat Biddel qui a été assassiné par son ancien homme de main, Stewart, qui est aussi l’amant de la femme de Biddel. Le complice de Stewart est le jeune frère de Johnny.

Le scénario et la réalisation se traînent beaucoup, mais la scène des larmes de l’automate lorsque Sally lui avoue qu’elle l’aime (des larmes qui risquent de lui coûter la vie) est un moment inoubliable. Le noir et blanc est d’une qualité extraordinaire dans les images de Chicago nocturne.

Snake Eyes


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Snake Eyes (1993) d’Abel Ferrara

(Ciné-Cinémas – 17/09/99)

Le réalisateur Eddie Israel tourne Lady of Mirrors avec Sarah Jennings, star de films commerciaux et Francis Burns, alcoolique et violent. Le tournage est très tendu. Eddie a une aventure avec Sarah.

Après une réplique particulièrement inepte, Sarah rit et dit : « On se croirait dans une pub pour tampons hygiéniques !». Imaginez un film corréalisé par Cassavetes et Lelouch et interprété exclusivement par des étudiants de l’Actor’s Studio (tout ce que j’aime !) et vous aurez une idée vague de ce que peut représenter cette « pub pour tampons hygiéniques » de plus de 100 minutes. Petite parenthèse : les pubs en question ne sont pas, elles, hystériques.

C’est très tendance « grunge », les critiques français adorent ça et on est allé jusqu’à évoquer La Nuit américaine. Rien à voir pourtant, entre la mièvrerie bien fagoté de Truffaut et ce brouet à la fois léger au niveau du scénario et lourd au niveau des dialogues qui vont jusqu’à atteindre une imbécillité rare (ce n’est pas pour rien que j’ai évoqué Lelouch).

Madonna est superbe, Harvey Keitel est ridicule et James Russo est lamentable. Au niveau de la réalisation, c’est mal fichu, sous-exposé et sans intérêt.

mardi 14 avril 2026

City of Hope

 


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City of Hope (1992) de John Sayles


Nick Riccardi est le fils d’un important entrepreneur de travaux publics Joe Riccardi. Avec deux loubards, il participe à un cambriolage dans une boutique de nuit. Ses deux complices sont arrêtés. Carl, un garagiste magouilleur qui « fricote » avec l’assistant du procureur, était au courant du projet de hold-up et dénonce Nick, ce qui va permettre aux hommes de main du maire qui est lui-même à la solde des promoteurs, de faire pression sur Joe pour qu’il ferme les yeux sur l’incendie d’un des immeubles de logements sociaux dont il est propriétaire.

 

Pendant ce temps, Wynn, un conseiller municipal noir, se bat sur deux fronts : il doit lutter à la fois contre les magouilles des politiciens blancs corrompus et contre les manœuvres démagogiques des militants noirs à la solde des « noirs extrémistes ».

Les magouilles populistes d’une municipalité « WASP » et l’acharnement politicard de « La Nation de l’Islam » mettent le feu aux poudres dans une petite ville du New Jersey.

La dénonciation est efficace et le film d’une grande virtuosité, comme toujours chez John Sayles, principalement dans la fluidité avec laquelle on passe d’un personnage à l’autre. On penserait aux meilleurs Altman (Un mariage ou Short Cuts), si ce n’était le manichéisme des personnages.

Bien que moins réussi que Lone Star, City of Hope est une œuvre de qualité, peut-être un peu trop longue et avec quelques facilités sur la fin.