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Les Combattants (2014) de Thomas Cailley
Arnaud
Labrède a perdu son père il y a quelques mois.
Son
frère Manu essaie de faire tourner l’entreprise familiale de menuiserie, mais
il a beaucoup de mal à y arriver malgré l’aide de leur mère Hélène et de son
frère Arnaud.
Arnaud
fait la connaissance de Madeleine, une jeune fille sévère d’apparence virile
qui voudrait faire un stage militaire de survie qui lui permettrait de réaliser
son rêve : être recrutée dans un commando des forces spéciales.
Très épris de
Madeleine, Arnaud abandonne l’entreprise familiale pour suivre le stage en
question.
Il y quelques années, un
premier film contenait, au mieux, quelques promesses et un cinéaste en devenir,
au pire, les tics agaçants d’un jeune et prétentieux boutonneux en qui les
critiques peu avisés, souvent déboussolés, mais généralement prudents, voyaient
une sorte d’Orson Welles réincarné.
Plus tard,
les mêmes critiques faisaient remarquée sur un ton professoral et pontifiant de
vieux con que Welles avait 25 ans lorsqu’il réalisa Citizen Kane lorsqu’on avait le malheur d’encenser le premier film
d’un réalisateur de trente ans.
Les deux
attitudes coexistent encore (souvent chez les mêmes personnes) et plus le temps
passe, plus c’est exaspérant !
Les Combattants est le premier long métrage de Thomas Cailley
et il a 34 ans. Il est estampillé cinéphile (avec le côté boy-scout qui va
avec). De ce fait, on pourrait s’attendre à un premier film à la fois
prétentieux et besogneux.
Les Combattants n’est ni l’un, ni l’autre. A l’inverse de
son héroïne, il ne récite pas bêtement les dix commandements du parfait
cinéaste comme elle récite la bible de la fille lucide, forte et écolo qui doit
estimer qu’il faut souffrir pour être belle, intelligente, musclée et, surtout,
« survivante » au milieu de l’apocalypse qui nous guette. Certaines
scènes font rire (les tuiles dans le sac à dos pour plonger dans la piscine,
les explications de l’instructeur en ce qui concerne les grenades), d’autres provoquent
un haut-le cœur (c’est peu dire : je parle bien sûr de la scène où
Madeleine met un maquereau entier et cru dans le mixer et boit d’un coup ce
« jus de poisson »).
Mais
Madeleine ne réalisera pas son rêve militaire, car elle a oublié, et c’est là
que le personnage est sympathique, que la première vertu du militaire, c’est
l’obéissance (« sans murmure et sans
états d’âme » comme on disait dans les années 30).
Madeleine
pense et dit ce qu’elle pense, ce qui n’est pas très soluble au sein de la
« grande muette » et lorsque le lieutenant instructeur, con galonné
un petit peu trop caricatural, explique que la seule façon de se sauver d’une
grenade, c’est que l’un des soldats se sacrifie en se couchant dessus, la jeune
fille ne manque pas de faire remarquer que « c’est
complètement con ! Personne ne va faire ça ! ».
Puis, le film
après un détour bucolique (le passage le plus faible, à mon sens) nous plonge
dans une sorte d’apocalypse qui ressemble aux sinistres prévisions de
Madeleine.
C’est drôle,
impertinent, vif et mis en scène sans esbroufe, mais avec beaucoup
d’efficacité.
Adèle Haenel
porte le film à bout de bras dans un personnage autrement plus intéressant que
l’Agathe chialeuse de Téchiné.
Il est
peut-être dommage que Madeleine soit l’unique personnage du film et ce jeune
Arnaud a bien du mal à la suivre, ce qui finit par nous donner l’impression que
Kevin Azaïs a autant de mal à suivre Adèle Haenel.
Dans les
seconds rôles, on remarque William Lebghil habituellement bon dans des rôles médiocres d’ado taré et Brigitte
Roüan dans le rôle de la mère d’Arnaud dont on regrette de ne pas la voir plus
dans le film.
Certains
films ne sont que prometteurs. Celui-ci est bon, tout simplement.