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Le Serpent (1972) d’Henri Verneuil
A Orly, le colonel Vlassov, super agent du
K.G.B., s’apprête à prendre l’avion pour Moscou lorsqu’il se réfugie auprès de
la police française pour demander l’asile politique à l’ambassade des
Etats-Unis.
Transféré au siège de la CIA, à Washington, il subit
tous les tests d’usage pour s’assurer de la sincérité de sa demande d’asile. Un
mois plus tard, il fournit à Davies, le directeur de la CIA, la liste complète des
agents européens travaillant à la solde des soviétiques.
Davies se rend en Europe. Il
arrive en Allemagne au moment où l’un des « traîtres » dénoncés vient
de se suicider. Le lendemain, un autre agent allemand meurt
« accidentellement ». A chaque fois, un mystérieux agent dont on ne
voit que l’étui à cigarettes portant un monogramme qui représente un serpent,
rôde dans les parages.
Arrivé en Angleterre, Davies
confie à Philipp Doyle, numéro deux de l’Intelligence Service, le nom de deux
agents anglais dénoncé par Vlassov. Doyle, qui est « le serpent »,
répète ces noms à Berthon, directeur du deuxième bureau, alors qu’ils assistent
tous deux aux funérailles de l’un des « espions » allemands.
En fait, Berthon est lui-même sur
la liste de Vlassov et, peu de temps après, les deux espions britanniques
s’enfuient pour Moscou.
Evidemment, Berthon est
soupçonné de les avoir prévenus et Boyle le pousse à s’enfuir lui aussi ;
Berthon refuse et Boyle tente de le faire tuer.
Comprenant que Vlassov et Boyle ont monté
toute cette histoire, Davies échangera Vlassov contre un pilote américain tombé
« de l’autre côté du rideau de fer ».
Henri
Verneuil, tout le monde le sait, est arménien et, comme tout Arménien exilé, il
est à la fois anti-Russe, antisoviétique, anticommuniste... et très
pro-Américain.
Ce qui aurait pu être un sympathique film d’espionnage de consommation
courante devient alors un pensum propagandiste assez répugnant à la gloire de
l’Oncle Sam et, ce qui est plus grave, de la CIA, dont les bureaux sont
« reconstitués » à Billancourt et qui nous est présenté dans un style
qui se veut documentaire et qui n’est que pompeux, le tout en version
américaine avec traduction simultanée assez pénible.
De plus, Henry Fonda semble assez neurasthénique alors que Yul Brynner
joue tellement faux qu’on sait depuis le début qu’il est en mission pour le
K.G.B. Farley Granger joue les « utilités fugitives » et Virna Lisi
est excessivement mauvaise dans un rôle ridicule de vamp de bazar. Quant à Dirk
Bogarde, qui devrait être le prototype du British de carte postale, il est
tellement mal dirigé qu’en fait de gentleman, on ne voit qu’une tarlouse
guindée.
Côté français, c’est pire : passons sur Robert Party et Guy Tréjean
qui sont sans doute les pires acteurs de leurs générations et qu’on n’engage,
probablement, que lorsque tous les autres ont refusé le rôle. Michel Bouquet
les rejoint allègrement ici : il faut dire qu’il incarne un personnage
invraisemblable et ridicule dont il était impossible de tirer quoi que ce soit
d’intéressant. Seul Philippe Noiret tire son épingle du jeu, ainsi que Marie
Dubois qui ne fait pourtant qu’une brève apparition.
Et dans tout cela, il n’y a pas une once d’humour, volontaire s’entend
: car si l’on est de bonne humeur, on peut rire beaucoup des invraisemblances
et des maladresses d’un scénario mal fichu qui a, comme l’interprétation, la
finesse d’un char soviétique, ce qui est le comble dans un film d’espionnage…
antisoviétique !
Que ce soit l’effet sonore TRES appuyé
sur le serpent de l’étui à cigarettes, Dirk Bogarde prenant une cigarette dudit
étui uniquement « pour qu’on sache bien que c’est lui le serpent »,
puisqu’il n’allume pas la cigarette ou les cintres fabriqués dans le même
alliage que les ailes du dernier supersonique soviétique (ultra-secret, bien
entendu !), tout est stupide, appuyé, surjoué et mis en scène platement.
C’est encore plus invraisemblable que du James Bond et plus bête que
du Tintin, en moins distrayant dans les deux cas. Car on s’ennuie ferme.
L’américanophilie de Verneuil peut amuser un moment, mais elle agace très vite
: pour parler des Etats-Unis, il n’est question que de « Liberté » et
de « Paradis ».
La musique de Morricone n’est présente qu’au générique de fin et le
compositeur italien reprend la partition de Il était une fois dans l’Ouest au
carbone. On ne lui demandait d’ailleurs pas autre chose dans ces années-là.
Pour l’anecdote, on retiendra la dernière réplique de Yul Brynner à
propos des cigarettes américaines (« Je les regretterai ! ») :
l’acteur devait mourir douze ans après d’un cancer du poumon.
Bref, ce navet, on l’aura compris, est le très exact opposé, dans les
films d’espionnage du chef d’œuvre de John Huston La Lettre du Kremlin.