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Sous le sable (2000) de François Ozon
Marie et Jean arrivent dans leur maison des Landes pour des vacances. Le lendemain de leur arrivée, ils vont à la plage. Jean va se baigner, alors que Marie s’assoupit sur la plage. Lorsqu’elle se réveille, Jean a disparu.
De retour à Paris, Marie se comporte exactement comme si Jean vivait toujours avec elle et elle refuse absolument toute allusion à la disparition de son mari. Sa meilleure amie lui présente Vincent avec qui elle a une aventure, mais elle continue à vivre comme si Jean était là, malgré les difficultés, principalement financières, que sa disparition occasionne.
On pense à Truly, Madly, Deeply, le joli film d’Anthony Minghella : une jeune femme refuse son veuvage et ce refus l’amène à continuer à vivre avec un être qui n’existe plus.
Minghella partait du fantastique (le retour inexplicable et inexpliqué d’un mort bien vivant alors que son décès est clairement établi) pour arriver à la poésie d’un Orphée inversé : son héroïne ne va pas chercher l’homme qu’elle aime aux enfers, c’est lui qui revient pour l’accompagner le temps qu’elle reprenne psychologiquement sa place parmi les vivants, qu’elle « fasse son deuil » selon cette expression sortie tout droit du discours psychanalytique et qui aurait bien dû y rester quand on entend l’usage excessif qu’on en fait maintenant.
L’héroïne d’Ozon semble plutôt souffrir de psychose : les apparitions (rares et maladroites) de Jean ne sont pas présentées comme autre chose que des hallucinations d’une femme que la disparition inexplicable de son mari a fait basculer dans la folie. On cherche, on attend le coup de théâtre. Jean a-t-il jamais existé ? Le début du film (jusqu’à la disparition de Jean) n’est-il pas la représentation du délire d’une femme qui n’a jamais pu supporter la solitude et s’est inventé un mari ? Dans ce cas, la disparition de Jean, loin de provoquer le déséquilibre de Marie, représenterait la première étape d’une guérison.
Mais ce n’est qu’une des pistes offertes à un spectateur probablement aussi désorienté que les scénaristes eux-mêmes. Il ne sait pas où l’amène un scénario qui ne semble pas savoir où il va. La mise en scène brillante d’Ozon et l’excellente interprétation de Charlotte Rampling ne parviennent pas à faire décoller un scénario hésitant jusqu’à la mollesse.

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