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The Spirit of’45 (L’Esprit de 45) de Kenneth Loach (2013)
Après six ans de guerre ininterrompue contre l’Allemagne nazie, l’Angleterre sort victorieuse, mais exsangue.
Très vite, la nécessité de changer l’ordre social semble être une condition inhérente la reconstruction.
La fraternité entre tous les individus des différentes strates de ce qu’on appelle encore la classe laborieuse, une fraternité née des années de guerre impose des bouleversements qui feront du Royaume Uni, un modèle social jusqu’aux années 80, jusqu’à ce que les Britanniques, las des tergiversations des travaillistes, se tournent vers les conservateurs pour élire une des pires catastrophes qu’ils aient connu depuis Cromwell, un déchet nommée Margaret Thatcher.
Ken Loach, souvent démonstratif dans ses œuvres de fiction, retrouve ici la veine qui lui réussit le mieux, le documentaire.
Les témoignages sont nombreux, souvent drôles, quelquefois bouleversants, mais toujours passionnants.
Bien sûr, le point de vue est toujours le même et hautement revendiqué : Ken Loach est trotskyste et fier de l’être. Il veut que ça se sache. Son public est de son côté.
Aussi lorsqu’apparaît le visage arboré de la hyène Thatcher, on sent une bouffée de haine sourde envahir la salle : on a l’impression que tout le monde va se mettre à huer et on a envie de huer.
D’autant que cette « apparition démoniaque » arrive après les témoignages d’anciens mineurs, d’anciens ouvriers et d’anciens employés particulièrement émouvants lorsqu’ils racontent ce qu’était le sous-prolétariat anglais d’avant-guerre, la misère des campagnes et des villes, tout ce que « l’esprit de 45 » a voulu éradiquer au profit d’une société juste et fraternelle à laquelle ils ont tous cru jusqu’à ce que cette gorgone malfaisante vienne fourrer son groin dans les affaires du monde et mette au point avec son cher ami, le lamentable Reagan, la dérégulation économique que nous subissons et qui pourrait bien être le moteur d’une grande partie des conflits actuels.
Ils sont morts gâteux tous les deux : que ces hyènes se bouffent le cul entre elles !
Ce film, c’est un peu leur procès à charge et le verdict est sans appel : ils doivent être rayés de la mémoire des vivants ou rangés parmi les monstres : Hitler, Staline, Mao, Pol Pot et Pinochet, encore un grand ami de la vieille rouillée (dite dame de fer) dont la place ne devrait même pas être dans un cimetière, si ce n’est de voitures. A la casse, quoi !

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