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Der Staat Gegen Fritz Bauer (Fritz Bauer, un héros allemand) de Lars Kraume (2015)
Fritz Bauer est juge en Allemagne fédérale. Ayant dû abandonner son pays quand il était jeune puisqu’il était juif, il tente de poursuivre les criminels de guerre dans une Allemagne qui aimerait pouvoir oublier et ne pas avoir à poursuivre des criminels contre l’humanité qui se sont réfugiés dans une bourgeoisie intouchable ou dans un pays d’Amérique du Sud.
Et c’est en Argentine, en 1957, que Fritz Bauer repère un certain Riccardo Klement qui pourrait bien être Adolf Eichmann, Obersturmführer responsable des « affaires juives et de l’évacuation ».
Devant le peu d’empressement de la justice allemande de s’occuper de l’affaire, Fritz Bauer s’adresse au Mossad, services secrets israéliens, ce qui pourrait lui valoir une accusation de haute trahison.
On pense d’autant plus au Labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli, film sorti en 2014, que Fritz Bauer en était un des personnages secondaires (interprété par Gert Voss).
Dans le film de Ricciarelli, un tout jeune procureur découvrait la réalité de ce qu’avait été un camp dont on ne savait rien en occident (il avait été libéré par les Soviétiques) et qui s’appelait Auschwitz. Le jeune procureur y demandait l’aide d’un vieux juge allemand, un Juif qui avait été déchu de sa nationalité par les nazis et avait pu regagner son pays après la guerre. Et ce vieux juge était Fritz Bauer.
Ici, c’est le même Fritz Bauer qui, tout naturellement, s’attaque à « l’amnésie » que, d’une façon générale, la justice de la République Fédérale d’Allemagne aurait bien voulu ériger pour les criminels nazis dont certains coulaient des jours tranquilles dans le pays où ils avaient sévi et où ils auraient dû être, pour le moins, inquiétés.
Comme Le Labyrinthe du silence, ce « Héros allemand » est un film « normal ». Et les critiques n’osant pas le qualifier d’académique (ce qu’il est un peu), usèrent d’autres qualificatifs : classique, prévisible, plat…
Pas si prévisible que ça, le scénario est très bien écrit et la mise en scène met sa sobriété au service de son sujet.
De plus, il y a un sujet dans le sujet, c’est l’homosexualité de Fritz Bauer, puis celle de Karl Angermann qui devrait servir à piéger Bauer.
Le jeune juge refusera le chantage et se dénoncera.
On nous rappelle que l’homosexualité était fortement exploitée au sein des services de police et des services secrets de l’Allemagne « libre » de l’Ouest, la Fédérale, qui, donc, ne dédaignait pas utiliser des méthodes dignes de la STASI, sa sœur jumelle et ennemie de l’Est.
Un mot de la distribution parfaite et sobre comme le reste : Lilith Stangenberg dans le rôle délicat du transsexuel qui fera basculer, puis trahira, Angermann. Jorg Schütauf dans le rôle du « méchant » Gebhardt, chef de la police, Ronald Zehrfeld, déjà vu dans le superbe Barbara et le nettement moins bon Phoenix, les deux films de Christian Petzold et le médiocre Lena de Jan Shomburg et surtout, bien sûr, Bughart Klaußner dans le rôle-titre, excellent, mais, à l’image du film, un peu trop sobre.

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