samedi 25 avril 2026

Le Labyrinthe du silence

 

 

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Im Labyrinth des Schweigens (Le Labyrinthe du silence) de Giulio Ricciarelli (2014)

Francfort 1958. Simon Kirsch, un artiste peintre, demande du feu à un professeur qui, depuis la cour de l’école, surveille des gamins en récréation. Simon, en voyant le professeur de plus près, le reconnaît et, sous le choc, est victime d’un malaise.

Quelques jours plus tard, Thomas Gnielka, un journaliste, l’accompagne au tribunal pour le soutenir alors qu’il vient porter plainte : Simon a reconnu, en la personne du professeur, un SS qu’il a vu tuer de nombreuses personnes dans un camp en Pologne.

Le tout jeune procureur Johann Rademan entend ainsi pour la première fois le nom d’Auschwitz.

Il décide d’instruire l’affaire malgré les recommandations et les menaces de ses collègues.

Il est aidé par Thomas Gnielka, mais aussi, curieusement, par Fritz Bauer, le procureur général.

La première fois que j’ai entendu évoquer « les camps de la mort » en général et Auschwitz en particulier, je pense que ce devait être en 1965, à la commémoration du vingtième anniversaire de la libération du camp.

Nous n’étions plus tout à fait dans la période la plus sombre de la guerre froide, mais tout ce qui concernait l’Europe de l’Est, ce qu’on appelait pudiquement les « pays signataires du Pacte de Varsovie » (Pologne et R.D.A. comprises), était assez édulcoré, voire assourdi. Et les camps d’extermination où avait été mise en œuvre la « solution finale à la question juive » se trouvaient tous sur le territoire du « gouvernement général » instauré par les Nazis, c’est-à-dire en Pologne.

La polémique n’est pas encore éteinte (et risque de ne pas s’éteindre avant longtemps) de déterminer ce que savaient les gouvernements provisoires des pays occupés réfugiés à Londres, les Britanniques eux-mêmes, les Canadiens et les Américains, ce que l’on appelait les « Alliés ». Et il est désormais pratiquement établi que les « hautes sphères » des pays alliés étaient au courant, à la fois de façon indirecte (les « on dit » de certains témoins) et de façon directe par des témoins (comme Jan Karski) et quelques évadés (ils étaient rares, mais il y en a eu).

Mais même si « certains savaient », on peut légitimement se demander QUI savait et, surtout, COMBIEN savaient.

En France, ce fut à partir de 1965 qu’on commença à en parler. En 1969, année de la fin du « règne » de Charles de Gaulle, contempteur d’une France exclusivement résistante, sortit en salle une production O.R.T.F. (interdite d’antenne) Le Chagrin et la pitié.

J’imagine que dix ans plus tôt, en Allemagne où aucun Allemand ne s’avouait nazi ou fils de nazi, les camps de la mort étaient un sujet plus que tabou. Et c’est ce que montre, sans effet de manche et sans coup de pétard intempestif, ce film à qui on a pu reprocher, du coup, son « académisme ».

On lui aussi reproché - et là, on n’a pas complètement tort - son côté « dispersé », partant sur plusieurs pistes sans aboutir à aucun point comme, justement, cette impossibilité pour les Allemands de s’avouer « ex-nazis ». Le sujet est à peine effleuré et c’est dommage.

En revanche, la découverte épouvantée d’Auschwitz dans ces années-là, associée à la quasi-contemporanéité du nazisme, est très intelligemment exposée.

L’ensemble du casting est irréprochable et les réactions prêtées aux différents personnages sont remarquables de justesse.

Le tout est un film captivant qui sonne juste constamment, ce qui est plus rare qu’on ne le voudrait.


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