vendredi 3 avril 2026

Cirkus Columbia


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Cirkus Columbia (2010) de Danis Tanovic

 En 1991, en Bosnie-Herzégovine, Divko revient dans son village qu’il a quitté pour l’Allemagne il y a vingt ans. Ce faisant, il a également quitté sa femme Lucija et son fils Martin.

Il revient au pays avec une nouvelle femme, Azra, une vieille Mercedes et son chat Bonny.

Depuis la chute du communisme, il envoyait régulièrement de l’argent au nouveau maire, et, de ce fait, il a pratiquement tout subventionné depuis quelques mois.

Son retour dans « sa » maison jette son ex-épouse et son fils Martin à la rue, alors que la Croatie voisine a fait sécession et que la Bosnie Herzégovine commence aussi à quitter la fédération yougoslave.

Telle Clara Zahanassian, l’héroïne de La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürenmatt, Divko qui fut chassé pour son anti-communisme a distribué les subsides à toute la ville ce qui lui permet de faire jeter son ex-femme de hors de sa maison, de mal se conduire avec tout le monde et d’exhiber sa nouvelle femme comme un trophée.

De même, il offre 2000 deutsche marks pour qu’on retrouve son chat, tout comme Clara exigeait la mort de l’homme qui l’avait abandonnée contre un milliard.

Si l’anecdote fait penser à la pièce de Dürrenmatt, l’ambiance générale sur fond de guerre et d’éclatement de la Yougoslavie, évènements dont, nous, spectateurs de 2011, savons très bien quel lot d’atrocités les accompagna, cette ambiance, donc, fait penser à ces évènements absents/présents dans Santiago 73, post-mortem.

Rien ne se passe réellement sous nos yeux à part quelques brutalités militaires et les allusions faites par certains personnages du film.

Le dernier plan qui clôt l’histoire explique le titre du film et nous fait voir la première explosion, mais en arrière plan.

La force de Tanovic, c’est de faire deviner l’Histoire derrière son histoire, celle de Divko, Lucija, Azra et Martin.

Le film est attachant comme ses personnages qui semblent des stéréotypes antipathiques, mais qui, au bout du compte, vont devenir autre chose : le puceau devient amant responsable, la mégère intransigeante devient femme douce, l’opportuniste bourré de fric devient un père héroïque et… la vamp écervelée devient une femme amoureuse.

On a beaucoup comparé Tanovic à Kusturica (évidemment !), en rappelant toutefois que Tanovic serait un Kusturica sans le style baroque et sans la musique de Bregovic. En dehors du fait qu’ils sont tous deux natifs de Bosnie-Herzégovine, il n’y a pas grand-chose de commun à leurs talents cinématographiques respectifs si ce n’est qu’ils en ont beaucoup.

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