lundi 30 mars 2026

La Sociologue et l’ourson


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La Sociologue et l’ourson (2015)de Etienne Chaillou et Mathias Théry

Le projet de loi portant sur « le mariage pour tous » est présenté au conseil des ministres le 7 novembre 2012. La loi sera promulguée le 18 mai 2013.

Entretemps, ce seront six mois de débat, de manifestations, principalement des opposants à la loi.

Mathias Théry, un des deux réalisateurs, demande à sa mère, Irène Théry, sociologue, de revenir sur les différents évènements qui ont émaillé ces six mois de « guerre civile (à peine) feutrée ».

Et toute l’histoire est transposée dans un univers de peluches et de cartons.

On l’a beaucoup dit : la loi sur le mariage pour tous a libéré la parole homophobe.

Marqueur « de gauche », cette mesure faisait partie des promesses électorales du candidat Hollande. Ce fut l’une des rares qui fut tenues : certaines mauvaises langues -dont je suis- prétendent même que ce fut la seule. Et comme d’autres mesures de gauche (par le passé, parce que pour ce qui est du présent… !), la loi sur le mariage pour tous a aussi libéré la parole réactionnaire, l’intégrisme cul-béni et le proto-fascisme.

Le débat dura six mois et fut houleux. Certains cathos intégristes découvrirent ce que c’était que de manifester et découvrirent avec stupeur (mais sans délice) les joies des gaz lacrymogènes.

Mathias Théry joue les faux ingénus auprès de sa mère Irène Théry qui défendit la loi et lui raconte, un peu comme on raconte à un enfant (c’est normal : c’est son fils !), les manifs, les débats, les antagonismes, principalement avec celle qui fut l’égérie de la manif pour tous, Virginie Merle alias Frigide Barjot. C’est un peu, en quelque sorte, « le mariage pour tous » pour les nuls.

Bien sûr, trois ans plus tard, « la manif pour tous » ressemble aujourd’hui à un combat d’arrière-garde, au même titre que le combat contre l’avortement, la restauration de la peine de mort en France, voire la restauration de la monarchie.

Tous ces personnages (Barjot comprise) ont, dans le film, un avatar sous la forme d’un ourson en peluche. Du réalisateur, nous ne verrons d’ailleurs que cet avatar.

Réalisé avec talent et beaucoup d’intelligence, La Sociologue et l’ourson fait constamment preuve d’un humour décapant en jouant souvent sur le contraste du propos sérieux que tient la sociologue avec son fils et l’image la représentant en « oursonne », ce qui permet à Mathias Théry de nous plonger dans son intimité familiale sans jamais être indécent ou impudique.

Mais l’humour est également présent dans le simple télescopage des images « réelles » de la manif pour tous.

Mathias Théry nous livre ses conversations (souvent téléphoniques) in extenso ce qui lui permet une très réjouissante mise à distance.

L’entreprise était risquée : elle est intelligente, pédagogique et drôle et elle est couronnée de succès.

Une vraie réussite !

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