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Chez nous (2017) de Lucas Belvaux
Pauline Duhez élève seule ses deux enfants. Elle est infirmière entre Lens et Lille.
Elle s’occupe aussi de son père veuf et retraité de la métallurgie, syndicaliste et communiste.
Comme elle jouit d’une grande popularité auprès de ses patients, Philippe Berthier, le médecin qui a soigné la défunte mère de Pauline, lui propose de briguer la mairie d’Hénard, le village qu’elle habite et où elle est née.
Or, Philippe Berthier ne cache pas ses amitiés politiques qui se situe plutôt « à droite de la droite » : il est cadre du « Bloc Patriotique » sous l’étiquette duquel serait présentée la candidature de Pauline.
Il y a fort à parier qu’aucun membre actif du Front National n’est allé voir le film.
Je ne dis pas ça parce que ledit Front est (presque) clairement désigné sous le « pseudonyme » de « Bloc Patriotique » qui ne trompe personne, mais parce qu’après une protestation de principe, les cadres du parti n’en ont plus parlé, sans doute aussi pour ne surtout pas lui faire de publicité.
« Bloc » au lieu de « Front », « patriotique » au lieu de « national », nous sommes bien loin de la simple « allusion » vacharde.
Bien sûr, le film est une fiction, il ne prétend pas être un documentaire. Mais certaines scènes sont troublantes comme celle du « barbeuq » où se lâchent ceux qui « ne sont pas racistes, mais… » ou, plus encore, cette séquence qu’on pourrait presque, pour le coup, qualifier de « documentaire » de la réunion de formation qu’on imagine… bien documentée : « N’employez jamais les termes “Bicot”, “Melon” ou “nègre”, mais restez silencieux si on les emploie devant vous », ou « Souriez, parlez doucement » ou encore « Soyez partout » où on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée (c’est probablement voulu par Belvaux) pour le sinistre torche-cul de triste mémoire qui sévit de 1930 à 1944 et fut particulièrement nocif sous la direction du minable collabo Brasillach pendant les trois dernières années de sa parution.
Evidemment, ce qui aurait pu choquer les cadres éminents de l’épicerie Le Pen, c’est que le film insiste sur la crasse brune qu’on trouve sans avoir à gratter très fort sous le ripolinage que la fille du vieil épicier a imposé au magasin quand elle a eu réussi à lourder le vieux maréchaliste : on a rafraîchi les gondoles, mais l’épicerie vend toujours la même merde.
Et c’est tout le sujet du film de Belvaux : les rapports troubles que ce parti « respectable » entretient avec la peste brune, que ce soit celle du présent à travers le personnage de Stanko ou celle du passé (on entrevoit un portrait d’Alphonse de Chateaubriant, président du groupe Collaboration pendant l’occupation et directeur de La Gerbe, l’autre torche-cul collabo avec… Je suis partout sur le manteau de la cheminée de Berthier).
Il est aussi question dans le film de « garder les mains propres et la tête haute », même quand on sait que, si la tête est restée invraisemblablement « haute », les mains ne sont franchement pas « propres ».
Bien sûr, Chez nous n’évite pas, par moments, les lourdeurs du film-thèse où chaque personnage est un symbole : Pauline (Émilie Dequenne) est la « nouvelle recrue », pas vraiment impliquée idéologiquement, alors que sa « copine » Nathalie (Anne Marivin) est une vraie militante bien qu’ayant rejoint le parti après Pauline. Nadia (Charlotte Talpaert) est, au contraire, la vraie passionaria de gauche, l’exacte opposée de Nathalie.
Philippe Berthier (André Dussolier) est le politicard gluant, mais avec de vraies convictions proto-fascistes et juste ce qu’il faut de mépris pour son propre électorat.
Jacques (Patrick Descamps), le père de Pauline, c’est le vieux cégétiste de la métallurgie, resté communiste alors qu’il a vu ses compagnons de lutte déserter pour grossir les rangs du « Bloc patriotique ».
Stanko (Guillaume Gouix), c’est le petit faf, très marqué par la proximité de la Belgique et du Vlam Block (Belvaux est Belge, ne l’oublions pas !).
Quant à Agnès Dorzelle, la femme forte blonde qui a succédé à son papa à la tête du parti qu’elle a voulu « rafraichir », si elle vous rappelle quelqu’un, n’hésitez pas à me le faire savoir ! Dans les réserves qu’on a pu émettre sur le film, il était beaucoup question d’une Catherine Jacob qui ne serait pas convaincante. Or, il est quasiment impossible d’être crédible dans le rôle d’une personne que tout le monde connaît, toujours vivante et, pour notre malheur, très « présente » en ces temps pré-électoraux. A l’impossible nul(le) n’est tenu(e) et j’estime que Catherine Jacob ne s’en tire pas mal.
Sans doute aurait-il fallu que Belvaux lui donne un peu plus de distance par rapport au « personnage original ».
Encore une fois, il est bien dommage que le FN par ses cris d’orfraie n’ait pas plus assuré la publicité de ce film salutaire pour contribuer à nous éviter « un président grave ». Pour une fois, le FN aurait pu servir à quelque chose !

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