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Stan and Ollie (Stan et
Ollie)
de Jon S. Baird (2018)
En 1937, Stan Laurel et Oliver Hardy sont au faîte de
leur gloire. Ils rapportent à leur producteur Hal Roach plus d’argent que n’en
rapportent Chaplin ou Keaton.
Du
coup, Stan voudrait négocier une « augmentation substantielle » et
menace Hal Roach de le quitter.
16
ans plus tard, le duo est un peu oublié et un producteur veut leur faire faire
une tournée théâtrale en Angleterre.
Mais ils ont
beaucoup de mal à remplir une salle et le plaisir de jouer de nouveau ensemble
est bien souvent troublé par la réapparition des vieilles rancœurs.
Au
temps de ma lointaine jeunesse, Laurel et Hardy étaient encore des stars. Oliver
Hardy est mort en 1957 et Stan Laurel en 1965, mais on voyait leurs films à la
télévision qui, à l’époque en noir et blanc, se jetait encore sur les films des
années 30.
De plus, comme tous les duos célèbres
(Fred Astaire-Ginger Rogers, Abbott et Costello et, en France, Poiret et
Serrault, les Frères Ennemis, etc…), ils ont été l’objet des rumeurs, souvent
mensongères : ils se détestaient, Laurel était « le cerveau »
(ça, c’est vrai !), etc…
Pour ce qui est de la détestation
mutuelle, ça, c’est le lot de tous les duos. Le public veut toujours avoir
l’air de savoir ce qui se passe en coulisse et c’est toujours le contraire de
l’image public de l’artiste ou, en l’occurrence, des artistes.
Bien sûr lorsqu’on travaille pendant
des décennies ensemble, il y a des heurts, des moments où on ne peut plus se
supporter, surtout dans un métier où l’image qu’on renvoie de soi est
primordiale et où il est difficile de partager l’affiche.
Il est plus que probable que nos
duettistes ont connu ça, mais Stan Laurel, pendant les huit ans durant lesquels
il a survécu à Oliver Hardy, continua à écrire des sketches pour eux deux.
« Je
nous aimais ! » dit Stan,
désespéré, à Oliver au moment de leur rupture (temporaire).
Cette réplique et l’écriture de
« gags posthumes » par Laurel ouvrent une brèche vers une
problématique que le film ne fait qu’effleurer : le duo, c’était leur vie,
leur passion. Ce qui les liait, ce n’était pas Stanley Laurel pour Oliver Hardy
et réciproquement, c’est Stan et Ollie (Laurel et Hardy, pour nous français),
les personnages publics du petit maigre un peu débile et très ahuri et du grand
gros maladroit, ce qu’ils n’étaient ni l’un, ni l’autre.
Et c’est le principal défaut de ce
film, pas déshonorant du reste. En revanche, d’avoir mis en avant les rôles de
leurs épouses respectives s’entendant, apparemment, comme chien et chat, mais
liées par une amitié réelle, au bout du compte, correspondant bien à celle de
leurs maris. Elle est à mettre au crédit de ce biopic agréable, mais qui eut
mérité d’être un peu plus fouillé au niveau psychologie des personnages.
Steve Coogan et John C. Reilly sont les
héros éponymes, le premier anglais, le second américain comme leurs personnages,
et ils sont excellents, allant jusqu’à faire oublier qu’ils ne ressemblent pas
vraiment aux deux fantaisistes, bien que le maquillage s’ingénie un peu
lourdement à vouloir faire oublier cette dissemblance surtout dans le cas de
Hardy/Reilly.
Nina Arianda est la volcanique Ida Laurel tandis que
Shirley Henderson est la « sèche » Lucille Hardy et leurs
interprétations sont au moins aussi réussies que celles de leurs « maris » !