vendredi 9 janvier 2026

Le Charme discret de la bourgeoisie


 ***

Le Charme discret de la bourgeoisie (1972) de Luis Buñuel


Les Thévenet, Florence et l’ambassadeur de Miranda arrivent chez les Sénéchal pour dîner, mais l’invitation était pour le lendemain. Ils décident tous d’aller dans une auberge proche, mais elle est fermée, car le patron vient de mourir.

Thévenot, l’ambassadeur et Sénéchal font des affaires louches, du trafic de drogues. Sénéchal invite Thévenot et l’ambassadeur à déjeuner  le samedi. Pendant ce temps, ces dames vont au salon de thé, mais il n’y a plus de thé.

Le samedi, les Sénéchal décident de faire une petite escapade amoureuse dans leur jardin alors que les invités arrivent. Du coup, Thévenot et l’ambassadeur, craignant une descente de police, s’en vont.

Un nouveau dîner chez les Thévenot est décidé. Mais les grandes manœuvres ont débuté et l’intrusion des officiers interrompt le repas. Le colonel invite tout le monde à dîner chez lui quelques jours plus tard…

… Et personne ne mangera sauf Rafael, l’ignoble ambassadeur du Miranda qui engloutira, seul dans sa cuisine, un rôti de porc à la fin du film.

Entretemps, un militaire aura raconté sa jeunesse, un autre son rêve et un étrange évêque-jardinier aura assouvi sa vengeance, alors qu’un commissaire de police fera, lui aussi, un cauchemar.

Tous ces bourgeois sont insupportables et chichiteux avec leurs rites stupides sur la découpe d’un gigot, sur la préparation et la consommation d’un Dry Martini ou encore sur la façon de servir à ses invités un potage fait « avec les herbes du jardin ».

La charge est excessive, mais plaisante, d’autant que le premier devoir d’un invité est de manger ce que lui a préparé son hôte. Or, ici, personne ne mange jamais.

Le jeu des comédiens est apprêté, lui aussi chichiteux et souvent faux, donc juste au milieu de ces messes stupides que sont les invitations à dîner chez les bourgeois. Cela donne une ambiance feutrée et glacée que vient briser l’ambiance des récits d’enfance ou de rêve où il n’est question que de morts violentes jusqu’au rêve de Sénéchal (à l’intérieur du rêve de Thévenot) dans ce faux dîner de théâtre où ils se retrouvent obligés de jouer la fin du Dom Juan de Molière, le dîner du commandeur. Ces rêves cathartiques qui viennent purger ces humains dégénérés, leurs permettent de retourner sereinement dans leur univers tout à la fois pourri et aseptisé.

jeudi 8 janvier 2026

On sourit pour la photo


 =

On sourit pour la photo (2021) de François Uzan

Lorsque Claire annonce à Thierry qu’elle le quitte, celui-ci est pris de panique.

Et comme, depuis un moment, il feuillette son album photos, il voudrait bien recréer « l’atmosphère magique » du voyage que la famille fit en Grèce en 1998, Thierry, Claire et leurs enfants Antoine et Karine.

Thierry espère avec ce voyage reconquérir Claire. Mais ce sera d’autant moins facile que leurs « bambins » sont devenus adultes.

Naturellement, rien ne se passe comme Thierry l’avait prévu.

C’est un peu Une petite zone de turbulences version bête et ratée. Là où on avait une certaine tendresse pour le personnage incarné par Michel Blanc, on n’a envie que de tarter le personnage de Gamblin pendant tout le film.

Dans le style petite comédie « à la française » de type « turpitudes de la vie de famille », le cinéma français, qui en est friand, peut afficher quelques réussites, mais aussi tenter de mettre sous le tapis des ratages plus ou moins complets.

Celui-en est un assez monumental avec les aventures lourdingues d’un beauf qui veut « reconquérir sa femme » (on se demande pendant tout le film comment il a pu la « conquérir » une première fois).

Et, le croirez-vous, le film est tellement mauvais qu’il y réussit.

C’est navrant de platitude et de bêtise !

Les Folies fermières


 ***

Les Folies fermières (2021) de Jean-Pierre Ameris

David ne va pas fort : son exploitation d’élevage bovin du Tarn est en train de couler.

Avec l’énergie du désespoir, il lance avec son épouse le premier « cabaret à la ferme » qu’il intitule fièrement « Les Folies fermières ».

Très rapidement, le cabaret remporte un succès foudroyant malgré le scepticisme d’une partie de l’entourage et, particulièrement, mes tentatives de sabotage du grand-père de David, Léo.

En 2011, David Courmette, un éleveur bovin du Tarn, après avoir vainement tenté de sauver son cheptel pendant huit ans d’une galère pas possible, lance avec son épouse le premier « cabaret à la ferme » qu’il intitule « Les Folies fermières ».

Dix ans plus tard, Jean-Pierre Ameris s’empare du sujet pour réaliser un Feel Good Movie.

Au milieu du marasme cinématographique actuel, le film est une sympathique surprise.

Alban Ivanov, Sabrina Ouazani, Michèle Bernier et Bérengère Krief sont excellents, sans oublier le regretté Guy Marchand dans le rôle de Léo, le grand père.

mardi 6 janvier 2026

Restez à l’écoute

 


***

Stay Tuned (Restez à l’écoute) de Peter Hyams (1992)

(Ciné-Cinémas – 27/04/98)

Roy Knabble est un « téléphage » fou. Sa femme Helen ne supporte plus de le voir vivre devant sa télé et elle est sur le point de le quitter. Alors que leur fils et leur fille sont allés passer la nuit ailleurs pour les laisser seuls, Roy reçoit la visite d’un étrange vendeur de télé, Mr Spike, qui laisse à Roy « à titre d’essai » son fantastique matériel qui permet de recevoir 666 chaînes (le chiffre est important).

 

De fait, pendant une dispute dans le jardin, Roy et Helen sont « aspirés »  par la parabole de Mr Spike et se retrouve dans un jeu TV « Vous ne pouvez pas gagner ». Et ça ne fait que commencer, car ils doivent subir 24 heures d’épreuves diverses avant de retourner dans la réalité, s’ils réussissent. Mais Mr Spike, le « Méphisto cathodique », va s’acharner à les faire perdre pour récupérer leurs âmes.

Pourquoi ce film truculent n’est-il jamais sorti en salle en France ? D’autant que la cinéphilie galopante, pathologique et quelquefois cuistre du public français aurait pu assurer au film un succès honorable dans notre beau pays.

En effet, les aventures « polymorphes » de Roy et Helen sont entrecoupées de pubs (Normal, on est à la télé). Et quelles pubs ! De la gym aérobic L’Exorciste (où on vous apprend à tourner la tête à 180°) à la muselière pour enfants en voiture Le Silence des agneaux, en passant par les citations de Miss Daisy et son chauffeur, 3h10 pour Yuma, Star Trek, les soap et les sitcom.

C’est mené à un train d’enfer (c’est le cas de le dire !) et on s’amuse probablement autant que ceux qui l’ont fait.

Une comédie comme on ne sait plus trop en faire et surtout, un petit bijou à redécouvrir.