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La Cour de Babel (2013) de Julie Bertucelli
Une C.L.A.D., c’est une classe d’accueil, une classe de transition où on place des jeunes immigrés pour leur apprendre à s’exprimer en français avant de gagner les classes « normales » des collèges et des lycées.
Ils sont serbes, guinéens, irlandais, chinois. Ils ont entre 12 et 16 ans et sont arrivés en France récemment. Ils s’expriment mal en français.
Ils ont quelque fois vécu des drames, parfois rien de grave, ils espèrent rester en France pour la plupart.
Nous allons voir vivre dans cette classe pendant une année Alassane, Abir, Eduardo, Luca, Naminata, Marko et les autres.
Alors que les séries télévisées envahissent la fiction au détriment de films très chers (et très déjà vus), le documentaire grignote de plus en plus la place de la fiction sur « grand écran », termes désormais un peu vieillot dans la mesure où les écrans dits « petits » sont de plus en plus grands.
Et ce n’est que justice ! Car les documentaires sont parsemés de moments d’une grâce « de hasard » qu’aucun scénariste n’aurait pu lourdement élaborer.
Le magnifique Au bord du monde en est un exemple éclatant. Cette Cour de Babel aussi.
Certains spectateurs, ont objecté que La Cour de Babel était un « Feel Good Movie » sur une école dont, en réalité, on dit le plus grand mal puisque situé dans une Z.E.P. (Zone d’Education Priorité), foyer d’une certaine délinquance qui fait fuir tous les bourgeois (bobos et autres...).
C’est peut-être un peu vrai, mais c’est, en tous cas, une toute petite compensation par rapport aux émissions alarmistes et sécuritaires qu’on voit fleurir sur « les petites chaînes » de la T.N.T. et qu’on dirait coproduites par le F.N. et l’U.M.P.
Contrairement à ces « pseudos » documentaires stressants, La Cour de Babel est un film qui apaise, fait sourire et attendrit. Et il ya de quoi entre Youssef, le Marocain, qui trouve que « les autres », ceux des classes « normales », se prennent « pour des stars », Ramatoulaye, la Mauritanienne butée « qui ne s’entend bien qu’avec Dieu » (« Dieu n’est pas dans la classe ! » répond l’enseignante Brigitte Cervoni, remarquable prof d’une école républicaine et laïque), ou encore Alassane, la Malienne, remarquable petite nana rigolote qui voudrait faire du théâtre et raconte de façon (volontairement ?) décousue mais hilarante, comment sa famille l’a fait passer de la mosquée à l’église.
Certains de ces enfants ont quitté leurs pays un fusil dans le dos, mais ils n’en parlent pas : les grandes douleurs sont muettes !
On rit avec eux, on leur tient la main et on filme avec eux quand Brigitte Cervoni (dont c’est la dernière année d’enseignante puisque, promue, elle devient inspectrice des écoles) leur déclare, les larmes aux yeux, que, dans la carrière d’un professeur, on n’oublie jamais, ni les premiers élèves qu’on a eus, ni les derniers.
Et quand la même madame Cervoni fait dire à une jeune musulmane qui porte le foulard qu’elle fait ça pour être, enfin, une grande personne (le port du voile n’est pas obligatoire pour les petites filles), elle donne ce qui pourrait bien être souvent la réponse simple à une question que les populistes gluants nous présentent, depuis des années, comme le signe ostentatoire d’un repli communautaire.
Pour ce moment de grâce et tant d’autres moments, Julie Bertucelli, avec la complicité bienveillante de la formidable Brigitte Cervoni, nous fait un superbe cadeau en nous offrant ce film qui devrait être diffusé à la place de tous ces « documents pris sur le vif » où des écrivaillions besogneux au service d’une idéologie populiste et crapuleuse (peut-être bien celle de certains des détracteurs dont je parlais), filment en se collant de façon totalement obscène au cul de la B.A.C. (Brigade Anti Criminalité).

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