mercredi 10 juin 2026

Ces messieurs-dames

 


Signore e signori (Ces messieurs-dames) de Pietro Germi (1966)


Les turpitudes de la respectabilité bourgeoise dans une petite ville de Vénétie.

-                  Gasparini, époux de la terrible Ippolita, dame patronnesse vertueuse et très avisée, vient consulter son ami médecin et lui avoue, désespéré, qu’il est impuissant. Le médecin rit beaucoup et fait profiter toutes ses relations de l’aimable plaisanterie que représentent les dysfonctionnements sexuels de son ami. Lorsqu’il apprendra que l’impuissance de celui-ci n’était qu’un leurre qui permit à Gasparini de coucher avec sa femme, il sera beaucoup plus discret.

-                  Le caissier de la banque est marié depuis plus de vingt ans avec une femme acariâtre. Il a deux enfants qui ne l’aiment pas et qu’il n’aime pas. Il est amoureux depuis quelque temps de la caissière du café dont il est habitué.

-                  Une jeune paysanne, venue acheter un tuyau d’arrosage pour son père, se fait abuser successivement par le marchand de chaussures, l’agent immobilier, le fils à papa, l’architecte, le pharmacien et le médecin. Son père viendra porter plainte, mais aura le tort d’accepter l’argent pour abandonner sa plainte. Du coup, il fera, à son tour, l’objet d’une plainte en diffamation.

Plus encore qu’en France, ce qui fait le plus rire le bourgeois italien, ce sont les deux plus grands malheurs qui peuvent arriver à ses congénères : être impuissant et être cocu. La dénonciation rageuse et, sinon suspecte tout au moins roublarde, de Pietro Germi à l’endroit de ladite bourgeoisie frappe tous azimuts et se réduit à de banales histoires de cul. La première de ces histoires est celle d’un homme qui confie sa pseudo-impuissance à un ami pour pouvoir faire de celui-ci un cocu. La deuxième est celle d’un petit bourgeois qui se révolte contre l’hypocrisie de son milieu et qui sera détruit pour ne pas avoir respecté ce que Renoir appelait La Règle du jeu. La troisième est celle de turpitudes sexuelles qui seront réglées par l’argent. Malheureusement on est très loin de Renoir et les caricatures qu’on nous inflige ici réduisent complètement le discours, par ailleurs simpliste, et enfoncent des portes ouvertes.

Le résultat est une comédie poussive et passablement crispante. Les personnages sont tous plus antipathiques les uns que les autres et c’est, curieusement, l’intraitable Ippolita Gasparini, gardienne inflexible de l’ordre bourgeois qui est la plus sympathique. On pense un peu au Vitelloni de Fellini, mais sans la tendresse pour les personnages dont la veulerie n’a, ici, rien de sympathique : on retrouve d’ailleurs Franco Fabrizi, l’interprète de l’un des « vitelloni » (d’ailleurs le pire !).

Le Festival de Cannes a eu ses bonnes années : 1966 n’en était certainement pas une qui « palmait » deux de ses plus mauvais grands prix. On y célébrait le triomphe de ce sous-produit de la comédie italienne qui ressemblait furieusement à du sous-Dino Risi et de la Palme d’or la plus calamiteuse du Festival de Cannes au titre assez voisin de celui de ce film-ci : face à ces Messieurs-dames, on trouvait, hélas, Un homme et une femme du lamentable Lelouch. C’est peut-être cette similitude de titre qui poussa un jury peu inspiré à donner une double palme à ses deux nanars.

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