lundi 15 juin 2026

Sieranevada


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Sieranevada (2016) de Cristi Puiu

Dans les rites funéraires orthodoxes, quarante jours après le décès, on se rend dans ce qui fut le domicile du décédé pour lui rendre un dernier hommage le jour où, selon la croyance, Dieu décide du sort de l’âme : paradis ou enfer. Ce jour-là, le pope vient bénir la maison du mort.

Et la tradition exige qu’on ne mange pas avant cette bénédiction. C’est pourquoi, ce 10 janvier 2015, Lary, accompagné de sa femme, se rend au domicile de son père, décédé quarante jours auparavant.

Toute la famille et quelques amis sont là. Mais on apprend que le pope a été retardé. Les conversations vont bon train et, la faim aidant, les esprits s’échauffent.

Ce qui frappe tout d’abord et ce qu’on retient de Sieranevada, c’est la longueur et la composition des plans.

La caméra sait être mobile quand il faut, mais elle est surtout immobile captant une action qui se situe hors champ et ne nous parviennent que des bribes et le dialogue.

Bien sûr, le coup de la réunion de famille qui va tourner à l’aigre, on nous l’a fait mille fois et l’argument n’a donc rien d’original.

Mais ici, ce qui frappe, c’est la maestria de la réalisation. Tout est fluide et tout passe, même lorsque le personnage qui parle (et, par voie de conséquence, le comédien qui le joue) est hors champ ainsi que celui qui l’entend et de cette action, nous n’aurons que des bribes à travers un plan tronqué. On pense assez souvent aux premiers films en scope, tournés par des réalisateurs chevronnés qui avaient beaucoup de mal à se faire à ce format qu’on leur avait imposé et qu’il s’acharnait à recadrer grâce à des éléments de décor, comme dans certains plans, d’ailleurs sublimes, de Lola Montès. Et Sieranevada est en scope.

Evidemment, les dissensions vont s’exacerber entre tous les membres de la famille d’autant plus facilement que tout le monde a faim et que les mœurs curetonnes les empêchent de se nourrir avant l’arrivée du pope. Et (presque) tout le monde va « tricher », sauf les plus religieux dont la fille pour qui la pratique de la religion tient lieu de discours politique, ce qui va la faire s’opposer lors d’une crise d’hystérie assez drôle à une vieille dame nostalgique de l’ère Ceausescu.

Les interprètes sont tous d’autant plus remarquables qu’ils doivent jouer dans la durée de plans-séquences souvent très longs.

Le film a cependant deux défauts : peut-être est-il un petit peu trop long (173mn) et, surtout, à quoi rime le titre ?

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