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El Silencio de Otros (Le Silence des autres) d’Almudena Carracedo et Robert Bahar (2018)
À la suite des élections, la seconde République Espagnole est proclamée le 14 avril 1931. Cinq ans plus tard, de nouvelles élections portent le Fronte Popular au pouvoir. Mais le 17 juillet 1936, les militaires menés par la général Francisco Franco entre en rébellion et, au terme de trois ans de guerre civile, ils remettent la monarchie sur le trône avec l’aide de Mussolini et Hitler.
Franco restera au pouvoir du 1er avril 1939 au 20 novembre 1975, date de sa mort. Il se fera nommé « Caudillo » (chef de guerre en espagnol).
La dictature franquiste est responsable de 200 000 morts sur la période de 1939 à 1959.
Dans toute l’Espagne, il y a des fosses communes et les descendants des victimes du franquisme exigent de « récupérer leurs morts ».
Mais les lois d’amnistie votés par la majorité du Parti Populaire (rien à voir avec le Front du même nom !) à l’égard des nervis franquistes ne facilitent pas les choses.
Et c’est une juge argentine qui va porter plainte au nom de citoyens espagnols ou argentins d’origine espagnole, fils et filles de suppliciés du franquisme.
La force des ganaches qui ont asservis des populations civiles pendant un temps plus ou moins long (7 ans pour l’Argentine, 16 ans pour le Chili, mais 36 ans pour l’Espagne), c’est qu’elles ont suffisamment de complices, toujours au pouvoir après le retour de la démocratie, pour se faire voter des lois d’amnistie.
Mais lorsque certains de ces crimes relèvent (et c’est souvent le cas !) du crime contre l’humanité, une loi d’amnistie nationale ne peut rien contre des lois internationales et leur imprescriptibilité.
C’est pourquoi la juge argentine Servini a pu attaquer l’Espagne au nom de plaintes portées en Argentine par des victimes ou des descendants de victimes du franquisme.
C’est cette plainte qui relança le débat sur les crimes de la période et, par voie de conséquence, qui fut à l’origine de ce passionnant documentaire produit par Pedro Almodovar.
Sans pathos, sans esprit revanchard, il nous montre les victimes et leur chagrin, un chagrin ancien, mais qui visiblement ne s’éteindra qu’avec ceux qui l’éprouvent !
Et même au-delà, comme dans le cas de María Martín, cette très vieille dame (qui décédera au cours du tournage) qui vient fleurir une bretelle d’autoroute qui a été construite sur un des nombreux charniers franquistes dans lequel a été jeté la dépouille de sa mère.
La force de ce film, c’est que lui aussi demande justice au nom de toutes ces victimes qu’une loi inique (la loi d’amnistie de 1977) a privé de tout recours. Il leur laisse la parole, ce que personne n’a jamais voulu faire.
Tels que, tous ces témoignages bouleversants (encore un mot galvaudé et qui, pour une fois, ne l’est pas !) se succèdent en un montage d’une intelligence et d’une sensibilité rares.

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