Affichage des articles dont le libellé est rédigé le 15 février 2011. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rédigé le 15 février 2011. Afficher tous les articles

jeudi 24 septembre 2026

Shahada


***

Shahada (2009) de Burhan Gurbani

 Dans une boîte de nuit de Berlin, Maryam, jeune allemande d’origine turque, avorte dans les toilettes.

Sammi travaille dans une conserverie. Il est Nigérien et musulman. Il a une aventure passionnelle avec son collègue Daniel, mais son entourage, et tout particulièrement sa mère, l’exhorte à suivre les préceptes de sa religion.

Ismaël, un jeune officier de police, abandonne sa femme (allemande) et son fils pour vivre un grand amour avec Leyla, une jeune clandestine musulmane très pratiquante.

La « Shahada » (« témoignage de foi » en arabe) est le premier pilier de l’Islam : « Il n’y a d’autre dieu que Dieu et Mahomet est son prophète ».

Pourtant, nous ne sommes ni dans un film religieux, ni dans un film qui raconterait une recherche ou une rencontre avec une quelconque spiritualité.

Shahada est un témoignage sur une rencontre, certes, mais avec une religion (et non une spiritualité) et, dans les trois cas cette rencontre s’avérera brève : la crise mystique de Maryam tient beaucoup du délire qui pourrait être dû à une forte fièvre, consécutive à son avortement « sauvage » et le bref rapprochement que tente Ismaël avec la religion se fait par Leyla interposée. Seul Sammi se pose réellement des questions sur sa foi, mais comme il s’agit d’homosexualité (sujet sensible dans la religion en général et dans la religion musulmane en particulier), on est en droit de poser qu’il est victime du prosélytisme « anti-pédé » très en vogue chez les Mollahs.

Au niveau du scénario, on est tout de même un peu gêné : le titre renvoie à l’essence même de la croyance musulmane, mais Sammi et Maryam semble plus vouloir se montrer plus musulman que les autres « comme ceux qui ont quelque chose à cacher ». Quant à Ismaël, il ne semble à aucun moment succomber au prosélytisme de Leyla.

J’ai toute forme de religion en horreur, mais si je suis à même de comprendre qu’on puisse s’interroger sur une croyance ou dans le cadre d’une recherche spirituelle, je vomis tout particulièrement la bigoterie.

Or, Maryam, Leyla et la mère de Sammi sombrent dans la bigoterie et il s’agit de trois femmes. Le père de Maryam, pourtant Immam, représente la tolérance et la « vraie religion ». Et c’est un homme. Je ne pense pas que Gurbani ait voulu réellement faire un film sexiste, mais on y pense tout de même.

Bien sûr, il y a le personnage de Sinan, tout à la fois crétin prêt à en découdre avec tout ce qui n’est pas musulman, personnage creux qui pourrait provoquer des drames avec de simples racontars et surtout, géniteur de l’avorton de Maryam et, par là même, responsable de son délire mystique.

Mais on sent bien que tout cela n’est pas très maîtrisé au niveau du scénario.

En revanche, la maîtrise de la réalisation dans ce qui est tout de même le premier long métrage d’un réalisateur allemand d’origine afghane de trente ans laisse assez admiratif.

La mise en scène et la direction d’acteurs sont d’autant plus remarquables que tout est filmé en longue focale et gros plans. La précision, tant de la réalisation que de l’interprétation sont stupéfiants.

Un excellent film donc, malgré quelques erreurs scénaristiques qu’on oublie vite quand on repense à l’œuvre dans sa globalité.

mardi 14 mars 2023

Même la pluie

****

Tambien la lluvia (Même la pluie) d’Iciar Bollain (2010)

 Sebastiàn réalise un film sur les conquistadors espagnols. Le budget étant très serré, le tournage a lieu en Bolivie.

Lorsque Sebastiàn et son producteur Costa choisissent quelques Indiens Quechua censés interpréter des Aztèques, il remarque particulièrement Daniel, un « emmerdeur », à qui Sebastiàn, contre l’avis de Costa, confie le rôle de Hatuey, un chef indien qui fut brûlé vif par les conquistadors pour avoir refusé la domination du roi d’Espagne et la foi chrétienne.

Mais parallèlement, Daniel est également à la tête d’un groupe de ses concitoyens qui refusent la privatisation du service des eaux décidé par le gouvernement bolivien, privatisation qui  provoque des troubles dans tout le pays.

A Cochabamba, en Bolivie, une série de manifestations de plus en plus violentes avait eu lieu en avril 2000 et le président bolivien avait dû déclarer l’état d’urgence. Dans ces manifestations, un jeune homme avait trouvé la mort. La raison de ces troubles, c’était le manque d’eau, prétexte commode pour accorder à une seule entreprise privée américaine la gestion de toutes les eaux (« Même la pluie »). Devant le risque d’embrasement l’entreprise avait abandonné et le gouvernement bolivien avait bien été obligé de reculer.

Ce sont un peu ces évènements que raconte le quatrième film d’Iciar Bollain. Mais l’extrême habileté du scénario, c’est d’avoir placé ces évènements dans une ville où se tourne un film sur l’histoire des conquistadors et la tentative de révolte des Indiens spoliés, tentative qui se soldera par leur destruction pure et simple.

Avec beaucoup plus de finesse qu’il n’y paraît, le film joue sur la correspondance entre les deux époques et les deux conflits : lorsque le réalisateur demande aux femmes de faire semblant de noyer leurs enfants, celles-ci refusent car, pour elle, la violence induite par l’ébauche seule du geste est aussi intolérable que le geste lui-même.

Et la scène du bûcher où Hatuey exhorte son peuple et maudit ses bourreaux en mourant dans les flammes est pour Daniel, son interprète, la sinistre répétition de la répression qui va s’abattre sur lui.

Le film est d’une grande facture et les interprètes sont au niveau : Gael Garcia Bernal est Sebastiàn, le réalisateur plutôt de gauche, mais dont l’empathie pour ses interprètes se limite au cadre de son film ; Luis Tosar est Costa, le producteur, l’exact contraire de Sebastiàn, celui qui n’a pas de grands principes à la base, mais sera prêt à tout pour sauver Daniel et sa famille. Alberto (Carlos Santos) interprète du rôle de Bartolomeo de Las Casas, le moine qui rendit compte pour la postérité des atrocités commises par les conquistadors contre les Indiens, sera pas plus à la hauteur du personnage qu’il interprète que Sebastiàn n’est à la hauteur des idées qu’il affiche comme les siennes.

Toutes ces correspondances, tous ces ponts entre une fiction en train de se faire et des évènements sociaux dramatiques inspirés par des évènements tragiquement réels sont autant de jeux de miroirs passionnants dans un scénario remarquable et un film superbement maîtrisé.