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vendredi 1 mai 2026

Le Skylab

 


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Le Skylab (2011) de Julie Delpy

 Dans l’Eurostar qui la ramène à Paris avec son mari et ses deux enfants, Albertine se souvient de l’anniversaire de sa grand-mère qui fêtait ses 67 ans en ce beau mois de juillet 1979.

Les relations ne sont pas toujours évidentes entre ses parents Jean et Anna, gauchistes, ex-soixante-huitards (on ne disait pas encore « babas » à l’époque), hippies, acteurs de rue et les oncles et tantes plutôt militaires dans la coloniale, tendance à droite de l’extrême-droite, du moins pour deux d’entre eux.

Il y a aussi ses deux grands–mères et son grand-oncle Hubert qui n’a plus toute sa tête.

Encore un « film choral », ces fameuses « comédies dramatiques » qui réunissent une nombreuse famille autour d’un évènement : il y a eu l’enterrement (Ceux qui m’aiment prendront le train), le mariage (Pièce montée et son modèle américain Un mariage), les vacances (Les Petits mouchoirs) … La liste est très loin d’être exhaustive.

 Ici, nous sommes à l’anniversaire de la « Mamie » (Bernadette Lafont). Il fait beau (malgré deux averses) et toute la famille est réunie. C’est le propre du genre. Mais Julie Delpy réussit (un peu) à le renouveler.

Il y a toujours les engueulades (autour de la politique) entre frères, beaux-frères et belles sœurs (qui vont de l’extrême droite à l’extrême gauche), arbitrées par les crises d’hystérie de la mamie qui menace de mourir s’ils n’arrêtent pas immédiatement, mais il y a quelques petits plus, principalement dans le comportement des enfants avec le petit cousin facétieux qui raconte des histoires de cul et que le sujet préoccupe beaucoup comme il préoccupe Albertine (la scène des poupées Barbie est hilarante) ou le « grand » cousin (Vincent Lacoste), frère du précédent, boutonneux de 17 ans, « qui s’la pête » avec son paquet de Rothmans glissé dans son maillot de bain : le personnage est très caricatural, mais tout à fait authentique et tellement drôle…

Et puis, il y a les cadavres dans le placard : le tonton facho, perdu et dépressif depuis qu’il n’a plus personne à torturer, la tante qui veut bien que la gauche passe « à condition qu’on ne touche pas à [SA] peine de mort » dont la suppression « entraînerait l’anarchie ».

Tout ça est délicieusement (à peine) exagéré et prétexte à de savoureux numéros d’acteurs : Bernadette Lafont, la grand-mère volontaire, Emmanuelle Riva, la grand-mère un peu perdue, Aure Atika, la tante « de droite », Valérie Bonneton, l’épouse du fasciste dépressif, elle-même pas très bien, bègue et dépassée et Noémie Lvovsky, la tante un peu naïve et très attachante (et très dépassée, elle aussi !) sont toutes remarquables.

Les rôles des hommes sont moins intéressants, ce qui rend les comédiens également moins intéressants. Quant à Julie Delpy elle-même et Eric Elmosnino, ils forment un couple de « babas » assez convenus. C’est Albert Delpy, le papa de Julie, qui incarne l’oncle Hubert, doux dingue de service, qui s’en sort le mieux.

Bref, tout est très convenu, mais un convenu qui peut surprendre et n’est pas déplaisant.

vendredi 20 novembre 2020

We Need to Talk About Kevin

 

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We Need to Talk About Kevin (2011) de Lynne Ramsay

 Eva vit seule dans une maison délabrée, régulièrement aspergée de peinture rouge. Tout le monde semble détester Eva, y compris son fils Kevin qu’elle va voir le dimanche en prison.

Mais si tout le monde déteste Eva, c’est à cause de ce qu’a fait Kevin, le jour de ses seize ans.

Dès sa naissance, Kevin a fait de la vie de sa mère un enfer.

Un critique a écrit de ce film pour le vanter « Attention, film méchant ! ». Et un autre, toujours élogieux, s’ébahit sur le fait que le film « laisse le spectateur s’interroger jusqu’au bout sur les racines du mal qui ronge l’adolescent ».

Un autre qui ferait sans doute mieux de changer de métier pérore : « C’est du Haneke sans la lourdeur démonstrative et la morale de maton ».

Décryptons : « Film méchant », oui, mais pourquoi et pourquoi faire ? « S’interroger sur les racines du mal », ça, c’est de la morale de maton !!! Le film ne s’interroge sur rien du tout, il nous impose la vision d’un « enfant vicieux » comme on disait il n’y a pas si longtemps ou, mieux encore, d’un enfant « foncièrement mauvais ».

Quant à l’allusion à Haneke et, je suppose, à son Ruban blanc, c’est oublier un peu vite, jeune homme, que les enfants du Ruban blanc ne sont (encore) coupables de rien, mais que leur (future) « perversion » sera très exactement le résultat d’une éducation « à la Prussienne » (et passablement curetonne) qui fera quelques dégâts quelques années plus tard, très exactement entre 1933 et 1945.

Ici, nous avons un enfant, puis un adolescent qui, très probablement, hait sa mère et veut faire de sa vie un enfer, quitte à rendre la sienne propre également infernale. Malheureusement, le style chichiteux, « crâneur et condescendant » (selon un autre critique un peu plus inspiré que ses collègues.) de Lynne Ramsay nous impose une sorte de vision simpliste d’un individu « né mauvais ».

Et ce genre d’idéologie malsaine est égrené dans un film prétentieux.

Un autre critique parle d’un mauvais remake de Damien : la malédiction 2. Ce n’est pas faux, mais Damien avait au moins « l’excuse » d’être l’Antéchrist, fils de Satan.

Quant à Tilda Swinton (dont on n’a pas le droit de dire du mal sous peine d’excommunication), on a quand même envie pendant tout le film (je vous prie de pardonner la trivialité du style !), sinon de lui latter la gueule, tout au moins de la secouer comme un prunier. Ezra Miller, dans le rôle de Kevin, est quand même beaucoup plus intéressant.

Ce film, cinématographiquement raté et idéologiquement douteux est à fuir pour tous ceux (et, heureusement, ils sont nombreux !) qui ne l’ont pas vu et à oublier pour les pauvres âmes égarées qui ont eu le malheur de se l’infuser. Mais peut-on oublier une purge !?

PS : Pour les gogols incultes de la distribution : We Need to Talk about Kevin, ça veut dire Nous devons parler de Kevin, titre tout aussi crétin et prétentieux en français qu’en anglais. Comme le film !