***
Le Charme discret de la bourgeoisie (1972) de Luis Buñuel
Les Thévenet, Florence et l’ambassadeur de Miranda arrivent chez les Sénéchal pour dîner, mais l’invitation était pour le lendemain. Ils décident tous d’aller dans une auberge proche, mais elle est fermée, car le patron vient de mourir.
Thévenot, l’ambassadeur et Sénéchal font des affaires louches, du trafic de drogues. Sénéchal invite Thévenot et l’ambassadeur à déjeuner le samedi. Pendant ce temps, ces dames vont au salon de thé, mais il n’y a plus de thé.
Le samedi, les Sénéchal décident de faire une petite escapade amoureuse dans leur jardin alors que les invités arrivent. Du coup, Thévenot et l’ambassadeur, craignant une descente de police, s’en vont.
Un nouveau dîner chez les Thévenot est décidé. Mais les grandes manœuvres ont débuté et l’intrusion des officiers interrompt le repas. Le colonel invite tout le monde à dîner chez lui quelques jours plus tard…
… Et personne ne mangera sauf Rafael, l’ignoble ambassadeur du Miranda qui engloutira, seul dans sa cuisine, un rôti de porc à la fin du film.
Entretemps, un militaire aura raconté sa jeunesse, un autre son rêve et un étrange évêque-jardinier aura assouvi sa vengeance, alors qu’un commissaire de police fera, lui aussi, un cauchemar.
Tous ces bourgeois sont insupportables et chichiteux avec leurs rites stupides sur la découpe d’un gigot, sur la préparation et la consommation d’un Dry Martini ou encore sur la façon de servir à ses invités un potage fait « avec les herbes du jardin ».
La charge est excessive, mais plaisante, d’autant que le premier devoir d’un invité est de manger ce que lui a préparé son hôte. Or, ici, personne ne mange jamais.
Le jeu des comédiens est apprêté, lui aussi chichiteux et souvent faux, donc juste au milieu de ces messes stupides que sont les invitations à dîner chez les bourgeois. Cela donne une ambiance feutrée et glacée que vient briser l’ambiance des récits d’enfance ou de rêve où il n’est question que de morts violentes jusqu’au rêve de Sénéchal (à l’intérieur du rêve de Thévenot) dans ce faux dîner de théâtre où ils se retrouvent obligés de jouer la fin du Dom Juan de Molière, le dîner du commandeur. Ces rêves cathartiques qui viennent purger ces humains dégénérés, leurs permettent de retourner sereinement dans leur univers tout à la fois pourri et aseptisé.



